Une adresse reçue ce matin chue du ciel
est tout un horizon de cimes d’ombres d’or
dans le silence ultime de toute parole
au peuplier de neige qui sourd du chemin
d’une lèvre à une autre s’active un envol
de petits soleils noirs plus clairs que les écailles
de la solitude dont on ont fait son aube
et sa frileuse étoile. Les mots échangés
autour de ce puits blanc qui nous sert de verger
ou de clocher bruissant de signes présomptueux
et désireux de l’être plus choses que choses
et plus que l’empyrée mais vague plénitude
de ce tout petit tout, lequel emplit le monde
à plein mots dans les eaux où frétillent nos vies.
Une adresse reçue ce matin chue du ciel... par Catherine Andrieu
Tout petit tout, l’éclair du verger
Il est des poèmes qui tombent, comme la neige, sans bruit — sans fracas ni drapeau. Ils glissent, plus légers que l’aube, sur le bord de l’âme, et s’installent là où l’on ne pensait pas qu’il y avait place. Le poème de Gilbert Bourson, « ?Une adresse reçue ce matin chue du ciel ? », est de cette nature aérienne ? : une plongée dans l’infime qui pourtant élargit les horizons, fait lever les cimes d’ombres et d’or, là où la parole se tait.
Ce poème s’ouvre sur une offrande ? : l’adresse, tombée du ciel. On croirait presque une missive divine, une destination dont on ignorait l’existence, et qui soudain donne sens. Mais ce sens n’est pas un poids ? ; il est silence. Il est le peuplier de neige — image fragile, tendue, frémissante — qui surgit au détour du chemin. Et sur ce chemin, d’une lèvre à l’autre, une transmission s’opère, un envol ? : non pas d’oiseaux, mais de « ?petits soleils noirs ? », oxymore splendide qui inverse les clartés et les ténèbres.
Gilbert Bourson sait, dans ses vers, donner corps à la solitude. Mais ce n’est pas une solitude close, repliée, tragique. C’est celle dont on fait une aube ? : ce lieu encore humide d’indécision, où tout palpite entre l’effroi et la naissance. Et voici que le poème se déploie autour d’un puits blanc — image saisissante, qui condense le mystère, la profondeur, mais aussi le verger, le clocher, le bruissement. Tout est là ? : la nature et le sacré, la parole qui se cherche et se doute, les signes qui veulent être plus que signes, « ?plus choses que choses ? », c’est-à-dire devenir eux-mêmes un monde, une vague plénitude, une petite totalité.
Car c’est cela, au fond, le cœur battant du poème ? : ce « ?tout petit tout ? » qui emplit le monde. Gilbert Bourson ne parle pas de grandes vérités, de grands éclats. Il nous tend l’infime, l’imperceptible, mais il nous le tend à pleine main, à plein mots. Et de ce minuscule surgit le grand ? : les eaux où frétillent nos vies, où la parole n’est plus domination, mais effleurement.
Lire ce poème, c’est accepter d’entrer dans un verger sans fruits, un clocher sans cloche, un puits sans eau, mais où pourtant tout bruisse, où tout résonne, où tout devient plus. Là où l’on pensait ne rien trouver, Gilbert Bourson déploie un chant silencieux, un horizon d’ombres et d’or, une adresse précieuse pour celles et ceux qui savent que c’est dans l’aube incertaine que l’on trouve les soleils noirs les plus lumineux.
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Tout petit tout, l’éclair du verger
Il est des poèmes qui tombent, comme la neige, sans bruit — sans fracas ni drapeau. Ils glissent, plus légers que l’aube, sur le bord de l’âme, et s’installent là où l’on ne pensait pas qu’il y avait place. Le poème de Gilbert Bourson, « ?Une adresse reçue ce matin chue du ciel ? », est de cette nature aérienne ? : une plongée dans l’infime qui pourtant élargit les horizons, fait lever les cimes d’ombres et d’or, là où la parole se tait.
Ce poème s’ouvre sur une offrande ? : l’adresse, tombée du ciel. On croirait presque une missive divine, une destination dont on ignorait l’existence, et qui soudain donne sens. Mais ce sens n’est pas un poids ? ; il est silence. Il est le peuplier de neige — image fragile, tendue, frémissante — qui surgit au détour du chemin. Et sur ce chemin, d’une lèvre à l’autre, une transmission s’opère, un envol ? : non pas d’oiseaux, mais de « ?petits soleils noirs ? », oxymore splendide qui inverse les clartés et les ténèbres.
Gilbert Bourson sait, dans ses vers, donner corps à la solitude. Mais ce n’est pas une solitude close, repliée, tragique. C’est celle dont on fait une aube ? : ce lieu encore humide d’indécision, où tout palpite entre l’effroi et la naissance. Et voici que le poème se déploie autour d’un puits blanc — image saisissante, qui condense le mystère, la profondeur, mais aussi le verger, le clocher, le bruissement. Tout est là ? : la nature et le sacré, la parole qui se cherche et se doute, les signes qui veulent être plus que signes, « ?plus choses que choses ? », c’est-à-dire devenir eux-mêmes un monde, une vague plénitude, une petite totalité.
Car c’est cela, au fond, le cœur battant du poème ? : ce « ?tout petit tout ? » qui emplit le monde. Gilbert Bourson ne parle pas de grandes vérités, de grands éclats. Il nous tend l’infime, l’imperceptible, mais il nous le tend à pleine main, à plein mots. Et de ce minuscule surgit le grand ? : les eaux où frétillent nos vies, où la parole n’est plus domination, mais effleurement.
Lire ce poème, c’est accepter d’entrer dans un verger sans fruits, un clocher sans cloche, un puits sans eau, mais où pourtant tout bruisse, où tout résonne, où tout devient plus. Là où l’on pensait ne rien trouver, Gilbert Bourson déploie un chant silencieux, un horizon d’ombres et d’or, une adresse précieuse pour celles et ceux qui savent que c’est dans l’aube incertaine que l’on trouve les soleils noirs les plus lumineux.