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![]() oOo Imagine ce jardin, un jardin de pierres Imagine ce jardin, au milieu du cimetière Imagine le jeu de l’ombre et de la lumière Imagine les oiseaux, les insectes et ces tapis de fleurs, Et la profondeur des verts du printemps avant l’hiver. Imagine ce jardin, ton seul repère car ce monde a perdu l’équilibre, car oui ce monde est si blessant à vivre Imagine ces nuances , imagine ce jardin en bord de mer Ce jardin de granit et de calcaire Imagine ce jardin les yeux fermés Imagine nous : funambules Dans ce jardin serti de pierres de lune Toi, tu danses libre de ces chaines Que l’on ta mises, tu les défais une à une Tu danses libre dans ces allées qui te semblent infinies Ici , tu peux apprendre à enfin revivre Et tu peux savoir que ce monde est parfois beau, Malgré tout Que c’est aussi important de pouvoir juste humer l’air Après tout Que c’est aussi important de pouvoir sentir De temps en temps le pouvoir de ces prières Même si dans ce jardin de pierres La mort a toute sa place Tu sais que tu as tout cet espace pour toi Imagine les yeux fermés, Ce jardin minuscule sur la mappemonde Comme tout le monde, Tu as besoin de rêver De t’évader pour t’inventer Ces moments magiques Fuir un instant ces illusions Ici tu peux vivre en mille versions Entre ici dans ce royaume végétal Envahie le avec ta grâce Envahie le tout cet espace Il y a ce lierre autour de ces colonnes en porphyre Il y a ici ce seul empire où les reines écrivent des poèmes Aux lignes régulières, aux vers incandescents
Imagine ce jardin, quand la nuit frappe à la porte Remplie de violettes et de lys bleus obscurs Ici , les pivoines encloses s’ouvrent doucement Au lever du jour puis elles se fanent Sous ce poids trop lourd celui du temps Qui passe Sous le poids trop vif de tout ce qui laisse sa trace De tout ce qui étrangle les roses et leur pâleur Et ce flot incessant de douleur Envahi nos cœurs en deuil Parfum de réséda. Mais y crois –tu, encore toi ? À ces histoires là, Celles que l’on oublie pas Celles que l’on oublie jamais Imagine ce jardin où les anges sont de pierres Imagine ce jardin , imagine ce labyrinthe Imagine que tu foules ses sentiers Imagine encore toutes ces fleurs que ta main A plantée ici et ailleurs Imagine que dans leurs pétales, Il y a l’ombre à l’abri de la chaleur Il y a la paix à l’abri de la violence Qui résonne au plus profond de nous.
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Commentaires :
Lecture dans le silence. Extrait. https://youtube.com/shorts/5LpgM8eDkq8?si=X3W4BOvsm0lDLD6g
Aude Gorce, dans ce poème comme une respiration lente et blessée, nous tend la main vers un lieu à la fois minuscule et immense : un jardin de pierres, entre vie et cendre, entre l’exil de soi et la persistance d’un rêve. Ce lieu n’est pas un lieu. C’est un chant. Un royaume végétal inscrit dans l’ombre du deuil et pourtant invinciblement tourné vers l’éveil.
Elle ne dit pas : viens. Elle dit : imagine. Comme on souffle à l’oreille d’un être au bord du gouffre une image pour le retenir. Comme on dit à un enfant qui a trop pleuré : ferme les yeux et rêve. Et ce rêve est un jardin, mais ce jardin est un cri silencieux, un refuge face à l’étrangeté d’un monde “si blessant à vivre”. Une prière païenne, charnelle, enracinée dans la pierre et le lierre, qui réinvente le sacré là où la mort semble avoir déjà tout pris.
Le poème tout entier avance comme une procession de silences. Il est tissé d’un refrain : imagine. Ce mot revient comme un battement de cœur, comme une incantation douce mais ferme. Il ne s’agit pas de fuir. Il s’agit de résister par l’intérieur. D’habiter l’invisible. Ce jardin, on y marche à tâtons, entre des colonnes de porphyre et des pivoines closes, sous le poids du temps qui fane. Et pourtant, on y danse aussi, funambule affranchie, délivrée de ses chaînes, dans l’allée infinie des possibles.
Chaque strophe est un seuil. Et le souffle d’Aude Gorce ne construit pas un paysage : il élève un lieu de transfiguration. Entre l’automne des corps et le printemps des âmes. Ce jardin devient peu à peu un tombeau ouvert, un chant d’amour pour les morts et pour les vivants, un lieu où l’on n’a plus honte d’être vulnérable, ni d’espérer.
C’est un cimetière, dit-elle. Mais ce cimetière est un monde. “Tu sais que tu as tout cet espace pour toi.” Il y a dans cette phrase une dignité lumineuse, une tendresse offerte à toutes celles et ceux que la douleur a repliés. Ce poème parle à ceux qui n’en peuvent plus. Mais il ne les tire pas vers la lumière par la force. Il leur offre un sentier, avec des pivoines pour seuls flambeaux.
Le jardin est minuscule sur la mappemonde, nous dit-elle encore. Et pourtant il déborde de la page. Parce qu’il est un royaume dont les reines sont poètes. Parce qu’il est un empire tissé de prières, de parfums, de fleurs qu’on a plantées ici et ailleurs. Le jardin est mémoire, mais pas seulement mémoire des morts — aussi celle des gestes d’amour, de toutes ces graines confiées au monde malgré lui.
La dernière strophe est un repli sacré : “Il y a la paix à l’abri de la violence / Qui résonne au plus profond de nous.” Cette paix, c’est peut-être cela qu’on vient chercher en lisant Aude Gorce. Une paix qui ne nie pas la violence, mais qui s’obstine à croire qu’il y a encore des fleurs à faire éclore dans les recoins du cœur en deuil. Une paix nue, à hauteur d’âme.
“Mais y crois-tu encore, toi ?” demande-t-elle.
Oui. Parce qu’il y a des poèmes comme celui-ci pour nous y aider. Parce qu’il suffit parfois d’un jardin pour tout recommencer.