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Imagine ce jardin
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 Article publié le 20 juillet 2025.

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Imagine ce jardin, un jardin de pierres

Imagine ce jardin, au milieu du cimetière

Imagine le jeu de l’ombre et de la lumière

Imagine les oiseaux, les insectes et ces tapis de fleurs,

Et la profondeur des verts du printemps avant l’hiver.

Imagine ce jardin, ton seul repère car ce monde

a perdu l’équilibre, car oui ce monde est si blessant à vivre

Imagine ces nuances , imagine ce jardin en bord de mer

Ce jardin de granit et de calcaire

Imagine ce jardin les yeux fermés

Imagine nous : funambules

Dans ce jardin serti de pierres de lune

Toi, tu danses libre de ces chaines

Que l’on ta mises, tu les défais une à une

Tu danses libre dans ces allées qui te semblent infinies

Ici , tu peux apprendre à enfin revivre

Et tu peux savoir que ce monde est parfois beau,

Malgré tout

Que c’est aussi important de pouvoir juste humer l’air

Après tout

Que c’est aussi important de pouvoir sentir

De temps en temps le pouvoir de ces prières

Même si dans ce jardin de pierres

La mort a toute sa place

Tu sais que tu as tout cet espace pour toi

Imagine les yeux fermés,

Ce jardin minuscule sur la mappemonde

Comme tout le monde,

Tu as besoin de rêver

De t’évader pour t’inventer

Ces moments magiques

Fuir un instant ces illusions

Ici tu peux vivre en mille versions

Entre ici dans ce royaume végétal

Envahie le avec ta grâce

Envahie le tout cet espace

Il y a ce lierre autour de ces colonnes en porphyre

Il y a ici ce seul empire où les reines écrivent des poèmes

Aux lignes régulières, aux vers incandescents

 

Imagine ce jardin, quand la nuit frappe à la porte

Remplie de violettes et de lys bleus obscurs

Ici , les pivoines encloses s’ouvrent doucement

Au lever du jour puis elles se fanent

Sous ce poids trop lourd celui du temps

Qui passe

Sous le poids trop vif de tout ce qui laisse sa trace

De tout ce qui étrangle les roses et leur pâleur

Et ce flot incessant de douleur

Envahi nos cœurs en deuil

Parfum de réséda.

Mais y crois –tu, encore toi ?

À ces histoires là,

Celles que l’on oublie pas

Celles que l’on oublie jamais

Imagine ce jardin où les anges sont de pierres

Imagine ce jardin , imagine ce labyrinthe

Imagine que tu foules ses sentiers

Imagine encore toutes ces fleurs que ta main

A plantée ici et ailleurs

Imagine que dans leurs pétales,

Il y a l’ombre à l’abri de la chaleur

Il y a la paix à l’abri de la violence

Qui résonne au plus profond de nous.

 

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Commentaires :

  Imagine ce jardin par Lalande patrick


  Imagine ce jardin par Catherine Andrieu

Aude Gorce, dans ce poème comme une respiration lente et blessée, nous tend la main vers un lieu à la fois minuscule et immense : un jardin de pierres, entre vie et cendre, entre l’exil de soi et la persistance d’un rêve. Ce lieu n’est pas un lieu. C’est un chant. Un royaume végétal inscrit dans l’ombre du deuil et pourtant invinciblement tourné vers l’éveil.

Elle ne dit pas : viens. Elle dit : imagine. Comme on souffle à l’oreille d’un être au bord du gouffre une image pour le retenir. Comme on dit à un enfant qui a trop pleuré : ferme les yeux et rêve. Et ce rêve est un jardin, mais ce jardin est un cri silencieux, un refuge face à l’étrangeté d’un monde “si blessant à vivre”. Une prière païenne, charnelle, enracinée dans la pierre et le lierre, qui réinvente le sacré là où la mort semble avoir déjà tout pris.

Le poème tout entier avance comme une procession de silences. Il est tissé d’un refrain : imagine. Ce mot revient comme un battement de cœur, comme une incantation douce mais ferme. Il ne s’agit pas de fuir. Il s’agit de résister par l’intérieur. D’habiter l’invisible. Ce jardin, on y marche à tâtons, entre des colonnes de porphyre et des pivoines closes, sous le poids du temps qui fane. Et pourtant, on y danse aussi, funambule affranchie, délivrée de ses chaînes, dans l’allée infinie des possibles.

Chaque strophe est un seuil. Et le souffle d’Aude Gorce ne construit pas un paysage : il élève un lieu de transfiguration. Entre l’automne des corps et le printemps des âmes. Ce jardin devient peu à peu un tombeau ouvert, un chant d’amour pour les morts et pour les vivants, un lieu où l’on n’a plus honte d’être vulnérable, ni d’espérer.

C’est un cimetière, dit-elle. Mais ce cimetière est un monde. “Tu sais que tu as tout cet espace pour toi.” Il y a dans cette phrase une dignité lumineuse, une tendresse offerte à toutes celles et ceux que la douleur a repliés. Ce poème parle à ceux qui n’en peuvent plus. Mais il ne les tire pas vers la lumière par la force. Il leur offre un sentier, avec des pivoines pour seuls flambeaux.

Le jardin est minuscule sur la mappemonde, nous dit-elle encore. Et pourtant il déborde de la page. Parce qu’il est un royaume dont les reines sont poètes. Parce qu’il est un empire tissé de prières, de parfums, de fleurs qu’on a plantées ici et ailleurs. Le jardin est mémoire, mais pas seulement mémoire des morts — aussi celle des gestes d’amour, de toutes ces graines confiées au monde malgré lui.

La dernière strophe est un repli sacré : “Il y a la paix à l’abri de la violence / Qui résonne au plus profond de nous.” Cette paix, c’est peut-être cela qu’on vient chercher en lisant Aude Gorce. Une paix qui ne nie pas la violence, mais qui s’obstine à croire qu’il y a encore des fleurs à faire éclore dans les recoins du cœur en deuil. Une paix nue, à hauteur d’âme.

“Mais y crois-tu encore, toi ?” demande-t-elle.

Oui. Parce qu’il y a des poèmes comme celui-ci pour nous y aider. Parce qu’il suffit parfois d’un jardin pour tout recommencer.


 

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