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L'enfant du silence – à Pascal Leray
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 Article publié le 28 septembre 2025.

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en écho à Le canton de Chymonire

 

Il n’y a pas de carte pour l’exil.

Il n’y a que cette brûlure sous les paupières,

cette écharde de sable fichée dans la chair,

cette lumière trop blanche

qui me poursuit jusque dans la gorge.

 

Chaque pas que je fais m’ouvre un désert,

chaque souffle arrache une poignée de poussière au silence.

Et pourtant le silence ne cède pas,

il se referme sur moi comme une eau sans rive,

il m’ensevelit de clarté.

 

Je ne marche pas vers un horizon.

Je marche dans la mémoire du feu.

Le soleil, déchiré mille fois,

tombe en éclats secs sur mes épaules,

et je deviens son ancre, son témoin,

le corps consumé d’une étoile étrangère.

 

La folie n’est pas ailleurs.

Elle habite mon pas,

elle se couche dans mes mains,

elle me lèche les talons comme un chien fidèle.

La folie est douce, presque tendre,

mais elle me dresse contre le ciel

comme une prière inversée.

 

Je voudrais dormir.

Mais le sommeil est un crime

que personne ne pardonne.

Mes rêves, enfermés sous mes côtes,

frappent à grands coups de poings de lumière.

Ils me crèvent la poitrine.

Ils veulent jaillir,

mais je suis la digue,

l’enfant obstinée qui refuse la nuit.

 

Alors je parle,

j’invente des fleuves de paroles

pour étouffer les songes.

Chaque mot est une pierre sèche,

chaque phrase une poussière qui s’éparpille.

Et plus je parle, plus je m’efface.

Ma voix se dissout

comme une ombre sous le feu.

 

Dieu se tient dans cette clarté,

immense et proche,

trop proche.

Il me brûle la nuque de sa main invisible,

il me penche vers l’abîme

où la lumière n’a plus de visage.

Dieu n’a pas de bouche,

mais je l’entends mordre l’air,

je l’entends respirer en moi

comme une tempête arrêtée.

 

Et je comprends soudain :

l’éternité n’est pas demain.

Elle est ce désert immobile

où la faim se confond avec la poussière,

où l’on continue malgré soi

à avaler du sable pour ne pas s’effondrer.

L’éternité est une cicatrice,

un éclat de soleil enfoncé dans l’œil,

une vérité sans ombre.

 

Il n’y aura pas de retour.

Il n’y a que la mémoire —

cette plaie lumineuse

que je porte comme un talisman.

J’ai cru qu’il fallait partir.

Mais chaque pas m’enracine.

J’ai crié liberté,

mais c’était mon nom que j’appelais,

un nom perdu dans un désert sans écho.

 

Alors je m’arrête.

Je tends mes bras nus vers le ciel.

Je suis ce sable,

je suis cette clarté sans ombre,

je suis cette folie douce

qui lèche mes blessures

et cette prière qui ne trouve pas d’autel.

 

Et si quelqu’un me demande qui je suis,

je dirai seulement :

je suis la poussière qui respire,

je suis l’éclat d’une lumière trop vaste,

je suis l’enfant d’un Dieu

qui n’a jamais appris à se taire.

 

Catherine Andrieu

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