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![]() oOo Folle ambition se dérobe sous les jupes du néant Ressort par les yeux Jamais ne s’agite sous le derme Cœur en berne Yeux injectés de sang Couteau entre les dents
Ah tout ça me sort par les yeux !
Je ne cours pas les magasins Ni les éditeurs Ne fais la cour A personne
Le cercle des poètes fourbus S’est de longtemps refermé sur soi
Maudit Verlaine !
S’est dissous dans l’air ambiant Le cercle magique des souffreteux du Verbe En revanche ne voilà-t-il pads que Les grandes gueules abondent en ce monde Et pas édentées pour un rond Vous pouvez m’en croire !
Je suis un homme d’action, moi ! Clame le Président Qui préside aux destinées du Pays Caustique-sarkostique Le bougre !
Des mots tout ça, rien que des mots Pour faire l’intéressant
L’absolu en cavale Voilà leur leurre chéri La prêtraille se vautre dedans Et tous les dévots de France et de Navarre Comme au bon vieux temps
Dieu est de retour Ah Seigneur, soyez béni !
Il n’y a pas d’absolu qui tienne Tiens-le-toi pour dit Mon ami !
Quelques mots de toi Et tout s’emballe J’enfourche ma bicyclette Faute de canasson Et je pars sur les routes Affronter le vent Ce grand effronté Et personne pour m’attraper Ni me rattraper
Voilà c’est tout
Jean-Michel Guyot 20 octobre 2025 |
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Folle ambition — elle s’effeuille ici, se désarme sous la jupe du néant. L’écriture n’en veut plus de ces grands mots, de ces serments d’éternité, de ces dieux qui rentrent dans la danse comme on réinvite les morts pour mieux se sentir vivant. Le poème de Guyot s’ouvre sur un gouffre clair, sur cette lucidité nue qu’ont les âmes à bout de souffle quand elles refusent le théâtre des poses. Il dit la fatigue des poètes, la dérision des absolus, la fin des miracles. Et pourtant, à chaque vers, quelque chose respire encore : une ironie tenace, une tendresse de survivant, une étincelle sous la cendre du verbe.
Il n’y a pas ici de prière, mais une insoumission douce, une désinvolture grave. Le poète se retire du monde, comme on referme un livre trop plein de cris — et derrière le sarcasme, l’éclair d’un regard : « Ah tout ça me sort par les yeux ! » Le cri n’est pas colère, mais libération. Il rejette les faux-semblants, les trônes, les salons et les courbettes. Il veut la route, le vent, le dérisoire miracle d’un homme seul sur sa bicyclette, et cette obstination d’exister encore, même sans gloire, même sans canasson.
C’est tout, dit-il. Et tout est là. Dans cette sécheresse volontaire, cette manière de refuser la grandiloquence, Guyot rejoint une sorte de dépouillement métaphysique. Le néant n’est plus une menace, mais une compagne. La dérision devient sagesse. Le désenchantement, lucidité. Derrière le ton gouailleur, presque rimbaldien dans ses refus, s’avance une solitude souveraine — celle qui préfère l’air libre à toutes les chapelles, les routes à toutes les gloires, la bicyclette au char d’Apollon.
Le texte frappe par sa justesse rythmique : des phrases-coups, des syncopes, un phrasé de boxeur qui sait ce qu’il en coûte de rester debout. L’ironie, mordante, ne tue pas le sens : elle l’éclaire. Quand Guyot raille « les grandes gueules », les « poètes fourbus » ou le « Président caustique-sarkostique », il ne s’érige pas en juge. Il rit — et ce rire, désespéré mais clair, a la noblesse des détachements gagnés de haute lutte.
Sous le verbe brut, la pensée file, profonde : l’absolu, ce mirage, n’est plus qu’un jeu de lumière sur la poussière. Dieu revient, dit-on, mais le poète, lui, se remet en selle. L’acte poétique se réduit à ce mouvement-là — fragile, obstiné, solaire dans son dérisoire : pédaler contre le vent, sourire à la dérision du monde, continuer malgré tout à nommer ce qui s’efface.
Ce « voilà c’est tout » final n’est pas une chute, mais une ascèse. Comme si, à force d’avoir trop dit, il fallait revenir au silence. Tout se résume à cela : un homme, des mots, le vent pour témoin, et cette clarté sans illusion où l’on apprend enfin à être.
Jean-Michel Guyot signe ici un texte d’une intelligence rare, où la satire s’ouvre en poésie, et la désillusion en grandeur. Car dire « c’est tout », chez lui, c’est encore affirmer : et pourtant, je suis là.
Et cela, déjà, c’est beaucoup.
Catherine Andrieu