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C'est tout
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 Article publié le 26 octobre 2025.

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Folle ambition se dérobe sous les jupes du néant

Ressort par les yeux

Jamais ne s’agite sous le derme

Cœur en berne

Yeux injectés de sang

Couteau entre les dents

 

Ah tout ça me sort par les yeux !

 

Je ne cours pas les magasins

Ni les éditeurs

Ne fais la cour

A personne

 

Le cercle des poètes fourbus

S’est de longtemps refermé sur soi

 

Maudit Verlaine !

 

S’est dissous dans l’air ambiant

Le cercle magique des souffreteux du Verbe

En revanche ne voilà-t-il pads que

Les grandes gueules abondent en ce monde

Et pas édentées pour un rond

Vous pouvez m’en croire !

 

Je suis un homme d’action, moi !

Clame le Président

Qui préside aux destinées du Pays

Caustique-sarkostique

Le bougre !

 

Des mots tout ça, rien que des mots

Pour faire l’intéressant

 

L’absolu en cavale

Voilà leur leurre chéri

La prêtraille se vautre dedans

Et tous les dévots de France et de Navarre

Comme au bon vieux temps

 

Dieu est de retour

Ah Seigneur, soyez béni !

 

Il n’y a pas d’absolu qui tienne

Tiens-le-toi pour dit

Mon ami !

 

Quelques mots de toi

Et tout s’emballe

J’enfourche ma bicyclette

Faute de canasson

Et je pars sur les routes

Affronter le vent

Ce grand effronté

Et personne pour m’attraper

Ni me rattraper

 

Voilà c’est tout

 

Jean-Michel Guyot

20 octobre 2025

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  C’est tout par Catherine Andrieu

Folle ambition — elle s’effeuille ici, se désarme sous la jupe du néant. L’écriture n’en veut plus de ces grands mots, de ces serments d’éternité, de ces dieux qui rentrent dans la danse comme on réinvite les morts pour mieux se sentir vivant. Le poème de Guyot s’ouvre sur un gouffre clair, sur cette lucidité nue qu’ont les âmes à bout de souffle quand elles refusent le théâtre des poses. Il dit la fatigue des poètes, la dérision des absolus, la fin des miracles. Et pourtant, à chaque vers, quelque chose respire encore : une ironie tenace, une tendresse de survivant, une étincelle sous la cendre du verbe.

Il n’y a pas ici de prière, mais une insoumission douce, une désinvolture grave. Le poète se retire du monde, comme on referme un livre trop plein de cris — et derrière le sarcasme, l’éclair d’un regard : « Ah tout ça me sort par les yeux ! » Le cri n’est pas colère, mais libération. Il rejette les faux-semblants, les trônes, les salons et les courbettes. Il veut la route, le vent, le dérisoire miracle d’un homme seul sur sa bicyclette, et cette obstination d’exister encore, même sans gloire, même sans canasson.

C’est tout, dit-il. Et tout est là. Dans cette sécheresse volontaire, cette manière de refuser la grandiloquence, Guyot rejoint une sorte de dépouillement métaphysique. Le néant n’est plus une menace, mais une compagne. La dérision devient sagesse. Le désenchantement, lucidité. Derrière le ton gouailleur, presque rimbaldien dans ses refus, s’avance une solitude souveraine — celle qui préfère l’air libre à toutes les chapelles, les routes à toutes les gloires, la bicyclette au char d’Apollon.

Le texte frappe par sa justesse rythmique : des phrases-coups, des syncopes, un phrasé de boxeur qui sait ce qu’il en coûte de rester debout. L’ironie, mordante, ne tue pas le sens : elle l’éclaire. Quand Guyot raille « les grandes gueules », les « poètes fourbus » ou le « Président caustique-sarkostique », il ne s’érige pas en juge. Il rit — et ce rire, désespéré mais clair, a la noblesse des détachements gagnés de haute lutte.

Sous le verbe brut, la pensée file, profonde : l’absolu, ce mirage, n’est plus qu’un jeu de lumière sur la poussière. Dieu revient, dit-on, mais le poète, lui, se remet en selle. L’acte poétique se réduit à ce mouvement-là — fragile, obstiné, solaire dans son dérisoire : pédaler contre le vent, sourire à la dérision du monde, continuer malgré tout à nommer ce qui s’efface.

Ce « voilà c’est tout » final n’est pas une chute, mais une ascèse. Comme si, à force d’avoir trop dit, il fallait revenir au silence. Tout se résume à cela : un homme, des mots, le vent pour témoin, et cette clarté sans illusion où l’on apprend enfin à être.

Jean-Michel Guyot signe ici un texte d’une intelligence rare, où la satire s’ouvre en poésie, et la désillusion en grandeur. Car dire « c’est tout », chez lui, c’est encore affirmer : et pourtant, je suis là.

Et cela, déjà, c’est beaucoup.

Catherine Andrieu


 

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