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Sur les pentes où croît la neige...

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 Article publié le 2 novembre 2025.

oOo

Sur les pentes où croît la neige
de cristal en cristal refondue
pour que tu paraisses moins fortuné
tu choisis
Une abeille a creusé un trou avec sa dernière chaleur
De même le fruit sec d’un hêtre sous les ruches
Tu promènes ta lassitude d’ouvrier
et tes espoirs de poète
ta lassitude et tes espoirs se minant des mines stériles
Ça ne parle pas
faute d’extraire autre chose que des mots et des verbes
qui ne s’extraient pas tout seuls de la froidure
Comme il neigeait !
et comme le froid pleuvait !
les genêts se sont couchés en travers du chemin
la bruyère est muette
Des skieurs sont passés par là
..........................................
sans issue

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  Sur les pentes où croît la neige... par Catherine Andrieu

Sur les pentes où croît la neige, ce n’est pas le froid qu’on entend, c’est l’épuisement du monde. Une fatigue blanche, obstinée, qui tombe sur les mots comme une cendre qu’on n’a même plus la force de souffler. Patrick Cintas écrit depuis cet endroit-là : un versant intérieur où la langue tient encore debout par pure entêtement vital, alors même que le feu s’est retiré.

Tout commence dans l’illusion du cristal — une lumière si pure qu’elle ment. Le poète, « moins fortuné », ne possède rien que le manque. Il ne règne pas, il creuse. Son territoire n’est pas la montagne mais ce trou minuscule qu’une abeille mourante ouvre avec sa dernière chaleur. Ce trou n’est pas un détail. C’est le cœur du poème. C’est l’acte du vivant quand il sait qu’il va mourir : laisser une place, une alcôve, un passage, pour qu’autre chose que lui subsiste encore quelques secondes de plus.

Tout le poème est cela : l’extraction. L’ouvrier et le poète ne sont plus deux figures mais une seule chair. Même dos voûté. Même souffle court. Même front contre la paroi du silence. Ils frappent la neige comme on frappe à une porte qu’on sait fermée, dans l’espoir insensé qu’une étincelle jaillisse du froid lui-même. Mais « ça ne parle pas ». Et quand ça parle, ce n’est déjà plus la vie qui parle, c’est l’écho. La langue n’est plus un outil : c’est un débris de lumière ramassé après l’incendie.

Et pourtant la beauté persiste. Mais une beauté nue, maigre, sans consolation. La beauté du fruit sec du hêtre « sous les ruches », qui ne nourrit plus mais qui se souvient. Chez Cintas, la matière ne vient pas nous réchauffer : elle témoigne. Elle dit oui, il y a eu chaleur, oui, quelque chose a brûlé ici, tu n’as pas rêvé. Elle parle encore, mais à voix basse, dans la neige.

« Comme il neigeait ! et comme le froid pleuvait ! » Ce n’est pas une exclamation émerveillée. C’est le cri du témoin. Le monde ne nous est plus offert comme spectacle, il nous est imposé comme épreuve. L’homme est seul, couvert de silence, et les mots tombent comme des flocons morts — sans poids, sans direction — jusqu’à ensevelir le sens lui-même. On n’est plus dans l’actualité d’un paysage. On est dans la dépossession.

Les genêts se couchent, la bruyère se tait, les skieurs passent. Voilà la scène entière : la vie de surface continue, propre, glissante, colorée. Les corps vont vite. Ils ne sentent rien. Ils ne savent pas ce qui meurt sous eux. Ils tracent. Et le poète, lui, reste en contrebas. Il n’a pas de skis, pas d’élan, pas de fuite. Il n’a pas de vitesse pour ne pas sentir. Il habite la neige. Il vit là où ça ralentit tout, là où chaque pas dit : je reste.

Puis vient ce mot jeté comme un éclat de pierre : sans issue. Mais qu’est-ce qu’une issue, sinon une façon polie de dire qu’on veut quitter l’endroit où ça fait mal ? Cintas refuse. Il ne veut pas sortir. Il préfère l’enfouissement à l’évasion, l’obstination à la délivrance. Creuser devient une forme de loyauté. Rester devient une forme d’éthique.

Alors on comprend : ce poème n’est pas une impasse, c’est une fidélité. Fidélité à la fatigue, au travail inutile, au froid, à la beauté sans résultat. Fidélité au monde tel qu’il est quand on a retiré tout ce qui brille.

Dans cette blancheur, quelque chose tient encore. C’est presque rien. Une braise sous la neige. Une chaleur sans flammes. Une parole qui n’a plus de voix mais qui refuse le silence.

Patrick Cintas n’écrit pas pour décorer le désastre. Il écrit pour qu’il reste quelqu’un, quelque chose, une présence lucide, pour veiller le monde pendant qu’il s’éteint.

Catherine Andrieu


  Sur les pentes où croît la neige... par Lalande patrick

Lecture analyse de Catherine Andrieu. https://youtu.be/TwmHu7MhTi8?si=9ggyCzyKN8wRYI43


 

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