Il y a, dans ces espaces vides de la nostalgie, quelque chose qui refuse la plainte. La nostalgie, ici, n’est pas la maladie du passé ; elle est une architecture inachevée, une chambre laissée volontairement ouverte pour que l’air circule encore. Le vide n’est pas manque : il est tension, attente, respiration. Ce poème le sait. Il le pense.
Car tout commence par un geste de conscience : vouloir donner une place. Le puzzle n’est pas un jeu — il est une ontologie. Chercher la place de chaque pièce, c’est refuser le chaos sans pour autant abolir le mystère. Le « tu » du poème ne cherche pas l’ordre pour dominer, mais pour ne rien perdre. Rien laisser tomber du monde. Rien de soi. Cette exigence est éthique avant d’être esthétique.
La carte du microcosme dit alors quelque chose de décisif : le monde n’est pas immense ici, il est intime. Le poème ne regarde pas l’univers ; il le replie dans une conscience capable de l’accueillir. Tout se joue à petite échelle, mais avec une rigueur absolue. Chaque fragment compte. Chaque pièce manquante serait une blessure de l’être.
Et pourtant, une fois la complétion tentée — jamais totalement atteinte, mais assez approchée — survient le basculement. La complétion de soi ne ferme pas, elle ouvre. Elle ne clôt pas, elle déploie. Elle étend ses ailes de plaisir. Expression remarquable : le plaisir n’est pas ici jouissance brute, mais mouvement, élévation, déploiement de l’être vers plus vaste que lui. Le plaisir devient une force métaphysique.
Alors le ciel apparaît. Non pas comme un décor, mais comme une zone de résonance. Le sourire des Dieux n’est pas une croyance naïve ; c’est une intuition poétique du consentement du monde. Quelque chose répond. Quelque chose acquiesce. Les Dieux ne parlent pas : ils sourient. Et ce sourire se glisse entre les nuages, dans cet entre-deux si cher au poème — ni plein ni vide, ni terre ni ciel, mais passage.
Les rayons chauds qui descendent ne sont pas une illumination spectaculaire. Ils sont doux, presque discrets. Ils ne frappent pas : ils touchent. Le poème se termine là où il fallait : dans la sensation. Après la cartographie, après la pensée, après l’élévation, il reste le corps sensible, capable de sentir la chaleur du monde sur lui.
Ce texte de Mirela Leka Xhava est d’une intelligence rare parce qu’il ne sépare jamais la pensée de l’expérience, le spirituel du concret, le vide de la plénitude. Il ne cherche pas à expliquer : il organise une traversée. Il propose une manière d’habiter le manque sans s’y dissoudre, de rassembler sans enfermer, de croire sans dogme.
Un poème bref, oui — mais d’une densité telle qu’il agit comme une chambre d’écho. On y entre, et quelque chose en nous cherche aussitôt sa place.
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Commentaires :
Il y a, dans ces espaces vides de la nostalgie, quelque chose qui refuse la plainte. La nostalgie, ici, n’est pas la maladie du passé ; elle est une architecture inachevée, une chambre laissée volontairement ouverte pour que l’air circule encore. Le vide n’est pas manque : il est tension, attente, respiration. Ce poème le sait. Il le pense.
Car tout commence par un geste de conscience : vouloir donner une place. Le puzzle n’est pas un jeu — il est une ontologie. Chercher la place de chaque pièce, c’est refuser le chaos sans pour autant abolir le mystère. Le « tu » du poème ne cherche pas l’ordre pour dominer, mais pour ne rien perdre. Rien laisser tomber du monde. Rien de soi. Cette exigence est éthique avant d’être esthétique.
La carte du microcosme dit alors quelque chose de décisif : le monde n’est pas immense ici, il est intime. Le poème ne regarde pas l’univers ; il le replie dans une conscience capable de l’accueillir. Tout se joue à petite échelle, mais avec une rigueur absolue. Chaque fragment compte. Chaque pièce manquante serait une blessure de l’être.
Et pourtant, une fois la complétion tentée — jamais totalement atteinte, mais assez approchée — survient le basculement. La complétion de soi ne ferme pas, elle ouvre. Elle ne clôt pas, elle déploie. Elle étend ses ailes de plaisir. Expression remarquable : le plaisir n’est pas ici jouissance brute, mais mouvement, élévation, déploiement de l’être vers plus vaste que lui. Le plaisir devient une force métaphysique.
Alors le ciel apparaît. Non pas comme un décor, mais comme une zone de résonance. Le sourire des Dieux n’est pas une croyance naïve ; c’est une intuition poétique du consentement du monde. Quelque chose répond. Quelque chose acquiesce. Les Dieux ne parlent pas : ils sourient. Et ce sourire se glisse entre les nuages, dans cet entre-deux si cher au poème — ni plein ni vide, ni terre ni ciel, mais passage.
Les rayons chauds qui descendent ne sont pas une illumination spectaculaire. Ils sont doux, presque discrets. Ils ne frappent pas : ils touchent. Le poème se termine là où il fallait : dans la sensation. Après la cartographie, après la pensée, après l’élévation, il reste le corps sensible, capable de sentir la chaleur du monde sur lui.
Ce texte de Mirela Leka Xhava est d’une intelligence rare parce qu’il ne sépare jamais la pensée de l’expérience, le spirituel du concret, le vide de la plénitude. Il ne cherche pas à expliquer : il organise une traversée. Il propose une manière d’habiter le manque sans s’y dissoudre, de rassembler sans enfermer, de croire sans dogme.
Un poème bref, oui — mais d’une densité telle qu’il agit comme une chambre d’écho. On y entre, et quelque chose en nous cherche aussitôt sa place.
Catherine Andrieu
Lecture dans le silence. https://youtube.com/shorts/mLcxKj03nWU?si=w4UAwRiHqAmovOb3