Dans ce très bref poème de Mirela Leka Xhava, quelque chose de fondamental se joue sous l’apparente simplicité des images. Quelques fleurs, un ciel, la chaleur du soleil, le givre du matin : tout semble d’abord appartenir à cette poésie de l’évidence où le monde se donne sans résistance. Pourtant, très vite, une faille s’ouvre. Le poème glisse de la contemplation vers une méditation beaucoup plus vaste sur ce qui soutient secrètement l’existence.
Les fleurs apparaissent d’abord comme des êtres de lumière. Elles synchronisent leur sourire avec le ciel. L’image est magnifique parce qu’elle renverse la relation habituelle entre l’homme et la nature : ici, les fleurs ne décorent pas le paysage, elles participent à une forme de dialogue cosmique. Leur sourire n’est pas métaphorique seulement ; il devient une manière d’habiter le monde, de répondre à la lumière par la lumière. Elles reçoivent alors, en échange, le soleil et le givre. La chaleur et le froid. La caresse et l’épreuve. Comme si toute croissance véritable impliquait déjà cette double appartenance à la douceur et à la blessure.
Puis survient l’ombre.
L’anaphore de « Quelque part » agit comme un battement inquiétant. Le poème quitte l’espace immédiat du jardin pour rejoindre celui du monde. Quelque part, le ciel s’assombrit. Quelque part, des cris semblables à ceux du peintre Edvard Munch traversent l’air. Quelque part, les fleurs tombent. Derrière ces fleurs, il est difficile de ne pas apercevoir les êtres humains eux-mêmes : nos fragilités, nos guerres, nos désastres intérieurs, nos découragements. Le poème devient soudain universel. Il parle de toutes les chutes.
Mais ce qui frappe surtout est l’absence de pathos. Les fleurs tombent. Puis elles se relèvent. Le geste est presque naturel, presque inconscient. Elles ignorent même d’où leur vient cette capacité de recommencer. Voilà sans doute le cœur du texte. Nous croyons souvent que notre force naît de notre volonté, de notre courage ou de notre conscience. La poète suggère au contraire que ce qui nous sauve demeure invisible.
Les racines.
Le titre éclaire alors tout le poème. Les fleurs, si éclatantes soient-elles, ne sont que la partie visible d’une réalité plus profonde. Les racines travaillent dans l’obscurité. Elles ne se montrent jamais. Elles ne fleurissent pas. Elles ne reçoivent ni les regards ni les louanges. Pourtant, elles portent le monde vivant. Elles sont la mémoire souterraine de l’être.
On peut lire ces racines de multiples façons : les ancêtres, l’enfance, l’amour reçu, la culture, la foi, la mémoire collective, ou encore cette mystérieuse énergie intérieure qui nous maintient debout lorsque tout semble perdu. Mirela Leka Xhava laisse volontairement le symbole ouvert. C’est ce qui lui donne sa force. Chaque lecteur peut y reconnaître sa propre source.
La dernière image élargit encore cette intuition. La force ne remonte pas seulement des racines vers la fleur ; elle se propage dans l’Univers. Le mouvement est vertigineux. Ce qui semblait appartenir à un simple cycle végétal rejoint soudain une vision cosmique. Le poème affirme discrètement l’unité profonde du vivant. Rien n’est isolé. Les racines plongent dans la terre mais leur énergie circule jusqu’aux étoiles.
Cette brièveté est sans doute l’une des réussites du texte. En quelques vers seulement, Mirela Leka Xhava dessine une philosophie entière de l’existence : la beauté n’ignore pas la souffrance ; la chute n’est pas la fin ; et ce qui nous permet de nous relever demeure souvent caché sous la surface visible de nos vies.
« Sans se rendre compte que la force restante,
Vient des racines,
Et se propage dans l’Univers ! »
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Dans ce très bref poème de Mirela Leka Xhava, quelque chose de fondamental se joue sous l’apparente simplicité des images. Quelques fleurs, un ciel, la chaleur du soleil, le givre du matin : tout semble d’abord appartenir à cette poésie de l’évidence où le monde se donne sans résistance. Pourtant, très vite, une faille s’ouvre. Le poème glisse de la contemplation vers une méditation beaucoup plus vaste sur ce qui soutient secrètement l’existence.
Les fleurs apparaissent d’abord comme des êtres de lumière. Elles synchronisent leur sourire avec le ciel. L’image est magnifique parce qu’elle renverse la relation habituelle entre l’homme et la nature : ici, les fleurs ne décorent pas le paysage, elles participent à une forme de dialogue cosmique. Leur sourire n’est pas métaphorique seulement ; il devient une manière d’habiter le monde, de répondre à la lumière par la lumière. Elles reçoivent alors, en échange, le soleil et le givre. La chaleur et le froid. La caresse et l’épreuve. Comme si toute croissance véritable impliquait déjà cette double appartenance à la douceur et à la blessure.
Puis survient l’ombre.
L’anaphore de « Quelque part » agit comme un battement inquiétant. Le poème quitte l’espace immédiat du jardin pour rejoindre celui du monde. Quelque part, le ciel s’assombrit. Quelque part, des cris semblables à ceux du peintre Edvard Munch traversent l’air. Quelque part, les fleurs tombent. Derrière ces fleurs, il est difficile de ne pas apercevoir les êtres humains eux-mêmes : nos fragilités, nos guerres, nos désastres intérieurs, nos découragements. Le poème devient soudain universel. Il parle de toutes les chutes.
Mais ce qui frappe surtout est l’absence de pathos. Les fleurs tombent. Puis elles se relèvent. Le geste est presque naturel, presque inconscient. Elles ignorent même d’où leur vient cette capacité de recommencer. Voilà sans doute le cœur du texte. Nous croyons souvent que notre force naît de notre volonté, de notre courage ou de notre conscience. La poète suggère au contraire que ce qui nous sauve demeure invisible.
Les racines.
Le titre éclaire alors tout le poème. Les fleurs, si éclatantes soient-elles, ne sont que la partie visible d’une réalité plus profonde. Les racines travaillent dans l’obscurité. Elles ne se montrent jamais. Elles ne fleurissent pas. Elles ne reçoivent ni les regards ni les louanges. Pourtant, elles portent le monde vivant. Elles sont la mémoire souterraine de l’être.
On peut lire ces racines de multiples façons : les ancêtres, l’enfance, l’amour reçu, la culture, la foi, la mémoire collective, ou encore cette mystérieuse énergie intérieure qui nous maintient debout lorsque tout semble perdu. Mirela Leka Xhava laisse volontairement le symbole ouvert. C’est ce qui lui donne sa force. Chaque lecteur peut y reconnaître sa propre source.
La dernière image élargit encore cette intuition. La force ne remonte pas seulement des racines vers la fleur ; elle se propage dans l’Univers. Le mouvement est vertigineux. Ce qui semblait appartenir à un simple cycle végétal rejoint soudain une vision cosmique. Le poème affirme discrètement l’unité profonde du vivant. Rien n’est isolé. Les racines plongent dans la terre mais leur énergie circule jusqu’aux étoiles.
Cette brièveté est sans doute l’une des réussites du texte. En quelques vers seulement, Mirela Leka Xhava dessine une philosophie entière de l’existence : la beauté n’ignore pas la souffrance ; la chute n’est pas la fin ; et ce qui nous permet de nous relever demeure souvent caché sous la surface visible de nos vies.
« Sans se rendre compte que la force restante, Vient des racines, Et se propage dans l’Univers ! »