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![]() oOo Je marche encore vers l’avenir.
Il vacille dans l’air devant moi, pareil à ces reflets de soleil que la mer disperse sur l’eau avant de les reprendre.
Longtemps j’ai cru qu’il fallait atteindre quelque chose.
Aujourd’hui, j’apprends à demeurer sur le seuil.
À vivre dans cette chambre ouverte où demain n’a pas encore choisi son visage.
Le temps n’avance plus en ligne droite.
Il ressemble à une marée.
Il retire une poignée de sable pour en déposer une autre.
Il défait ce qu’il vient de construire.
Il hésite.
Et moi avec lui.
Autour de nous, le monde paraît parfois s’absenter de lui-même.
Des foules traversent les rues avec leurs regards éteints.
Les écrans allument leurs constellations artificielles.
Les visages semblent recouverts d’une mince couche de fatigue.
Comme si chacun portait en secret une nuit dont il ne parle pas.
Pourtant je ne crois plus tout à fait aux apparences.
Il suffit parfois d’un rien.
D’un oiseau posé sur un toit.
D’une main qui tremble.
D’un chat endormi dans une tache de lumière.
D’une voix qui soudain devient douce.
Alors une fissure s’ouvre dans la surface du monde.
Et par cette fissure passe quelque chose qui respire.
J’écoute les choses minuscules.
Une poussière emportée par le vent.
Une feuille qui consent à tomber.
Le froissement d’une aile dans le ciel du soir.
Tout ce qui paraît infime contient davantage d’univers que nos certitudes.
Je laisse les choses vibrer dans leur inachèvement.
Et dans cette hésitation même naît parfois une musique.
Une musique si discrète qu’il faudrait presque se taire pour l’entendre.
La blessure demeure.
Quelque chose travaille en elle.
Comme la pluie travaille la pierre.
Comme la mer polit lentement les galets.
Comme la lumière transforme l’ombre sans jamais la combattre.
Sous les décombres intérieurs persiste une braise.
Elle est faible.
Elle est fragile.
Mais elle refuse obstinément de s’éteindre.
Lorsque je ferme les yeux, le monde ne disparaît pas.
Il devient plus profond.
Les formes se défont.
Les frontières se relâchent.
Tout recommence à naître dans un grand tremblement silencieux.
Le gouffre m’appelle encore.
Mais je ne le prends plus pour une fin.
Il ressemble désormais à une matrice obscure où quelque chose cherche sa forme.
Je descends en lui comme on descend dans une nuit féconde.
Avec peur parfois.
Avec confiance aussi.
J’habite la fracture.
Et peu à peu elle devient passage.
J’habite l’écume.
Et peu à peu elle me porte.
Je parle bas.
Comme on parle aux bêtes blessées.
Comme on parle à la mer lorsque personne n’écoute.
Mes mots avancent dans une lumière fragile.
Le monde tangue.
Les saisons tanguent.
Les êtres tanguent.
Moi aussi.
Pourtant je continue de marcher.
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