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La Montagne de Décembre
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 Article publié le 28 juin 2026.

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La Montagne de Décembre

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  La Montagne de Décembre par Catherine Andrieu

Habiter le seuil

Il est des textes qui avancent sans bruit, comme la lumière d’un soir d’hiver glissant sur les pierres d’une montagne. Ils ne cherchent ni l’effet ni le drame. Ils déposent simplement une présence, et c’est cette présence qui, peu à peu, transforme le lecteur. La Montagne de Décembre de Lan Qyqalla appartient à cette famille rare de récits où l’événement véritable ne se produit pas dans l’action, mais dans le déplacement presque imperceptible de la conscience.

Tout semble d’abord immobile : une voiture arrêtée, une montagne qui s’efface lentement dans le crépuscule, deux êtres qui parlent peu. Pourtant, sous cette immobilité, tout vacille. Le texte fait sentir avec une remarquable économie de moyens que les plus grands bouleversements ne prennent pas toujours la forme des ruptures visibles. Ils commencent souvent par une hésitation, un silence partagé, une main que l’on serre un peu plus fort que d’habitude.

Lan Qyqalla écrit avec une sobriété qui n’appauvrit jamais le réel ; elle le décante. Chaque détail paraît avoir été débarrassé de tout ce qui lui serait superflu. La montagne n’est pas un décor : elle devient une conscience muette, une permanence face à laquelle les êtres découvrent leur propre fragilité. À mesure que la lumière disparaît, les paysages cessent d’être décrits pour devenir intérieurs. L’obscurité gagne moins les sommets que les certitudes.

Le dialogue lui-même possède cette retenue des paroles qui savent déjà qu’elles ne changeront pas le cours des choses. Il y a, dans ces échanges, une pudeur profondément humaine : chacun comprend que l’autre porte un avenir différent sans jamais chercher à le retenir par la force. C’est peut-être là que réside la véritable émotion du texte. L’amour n’y est jamais présenté comme une possession, mais comme une reconnaissance. Reconnaissance de l’autre jusque dans son irréductible liberté.

Une phrase, en particulier, éclaire toute l’œuvre : « certaines personnes entrent dans notre vie non pour la rendre plus facile, mais pour rendre impossible tout retour en arrière. » Elle dit admirablement que les rencontres essentielles ne nous offrent pas un refuge ; elles déplacent définitivement notre manière d’habiter le monde. Elles rendent l’ancienne existence inhabitable, même lorsque l’avenir demeure obscur.

Le récit touche aussi à une vérité plus discrète encore : aimer modifie notre mémoire. Peu à peu, les lieux s’effacent, tandis qu’un visage demeure avec une précision presque douloureuse. Ce renversement est d’une grande justesse psychologique. Ce ne sont plus les paysages qui fondent le souvenir, mais la présence de celui ou celle qui les a traversés avec nous. Le monde extérieur se retire pour laisser place à une géographie affective.

La force de cette prose tient précisément à ce refus de conclure. Rien n’est résolu. Les personnages restent dans cette voiture, suspendus entre le départ et l’attachement, entre la fidélité et la nécessité de quitter. Cette suspension devient la matière même du texte. Elle rappelle que les existences les plus profondes ne se construisent pas seulement dans les décisions prises, mais dans les instants où plusieurs vérités demeurent encore possibles.

En refermant cette nouvelle, il reste moins l’image d’une montagne que celle d’un seuil. Celui où l’amour cesse d’être une promesse de consolation pour devenir une épreuve de vérité. Lan Qyqalla écrit cette traversée avec une délicatesse remarquable, sans jamais forcer l’émotion. C’est sans doute pourquoi elle demeure longtemps en nous : parce qu’elle fait confiance au silence, et que les silences les plus justes continuent souvent de parler bien après que les mots se sont tus.

Catherine Andrieu


  La Montagne de Décembre par Lalande patrick


 

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