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Fin et début du monde
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 Article publié le 5 juillet 2026.

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Au fini-monde s’accroche le pétiole étoilé
rusant le presque vif du vitrail étamé
par luminosité cruciale et nauséeuse
quand l’arche désespère de la foi sanguine
des mots de saison
tombés des branches mortes de la bastonnade
inquiète des vents ;

l’urne ceinte de mer nubile et sans duvets
essaime sa poussière de chair vocalique
et ruse au fier hasard fluet de l’insomnie
que détrousse l’entaille

où l’oursin de l’anus fiduciaire du jour
tranche l’équinoxiale oursonne de la nuit
et raisonne de mouettes et de goélands
au sol désappointé du ciel malencontreux
où fiente le soleil ;

au fini-monde nous mettons le clair-obscur
d’une chemise neuve et un maillot rayé
et vogue la galère d’un début nouveau
pour un nouveau naufrage.

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  Fin et début du monde par Catherine Andrieu

Gilbert Bourson écrit une poésie qui ne cherche pas à représenter le monde mais à le faire recommencer dans la langue. Fin et début du monde ne décrit ni une apocalypse ni une renaissance ; il habite cet instant paradoxal où toute fin est déjà un commencement, où chaque naissance conserve encore la mémoire de ce qui disparaît.

Le poème refuse toute progression narrative. Il procède par déplacements successifs, par greffes d’images qui semblent d’abord dérouter avant de révéler leur profonde nécessité. Un pétiole devient étoile, une urne se peuple de mer, le soleil lui-même perd son évidence pour rejoindre le vaste mouvement des métamorphoses. Chez Bourson, les règnes ne demeurent jamais séparés : le végétal, l’humain, l’animal, le marin et le cosmique communiquent dans une même circulation des formes.

Cette écriture ne demande pas au lecteur de résoudre des énigmes. Elle lui demande davantage : accepter que le sens naisse des rapprochements eux-mêmes, de cette étrange logique qui fait dialoguer des réalités éloignées jusqu’à produire une perception nouvelle du monde. Les mots cessent alors de nommer les choses ; ils deviennent des forces capables de les déplacer.

La mer traverse le poème comme une respiration primitive. Les mouettes, les goélands, l’urne, le naufrage ne composent pas un simple décor maritime : ils rappellent que toute existence est soumise au flux, à l’érosion, à la transformation. Rien ne demeure identique à soi. Même le ciel et le soleil semblent perdre leur stabilité pour entrer dans cette immense circulation où les contraires ne s’opposent plus mais se fécondent.

Cette densité d’images constitue la signature même de Gilbert Bourson. Elle conduit moins à une lecture linéaire qu’à une expérience presque contemplative. Le lecteur avance comme dans un paysage nocturne : il ne saisit pas tout d’un seul regard, mais chaque retour éclaire une correspondance nouvelle. Le poème ne livre pas son sens ; il l’approfondit à mesure qu’on le fréquente.

La dernière strophe est remarquable par son dépouillement soudain. Après les éclats verbaux qui la précèdent, une chemise neuve, un maillot rayé, une galère suffisent à dire la condition humaine. Le recommencement n’est ni héroïque ni triomphal. Il est simplement ce mouvement obstiné qui pousse les êtres à reprendre la mer en sachant que tout voyage contient déjà son naufrage. C’est peut-être là que réside la véritable force du poème : faire de la catastrophe non une fin, mais la forme même de notre persévérance.

« et vogue la galère d’un début nouveau / pour un nouveau naufrage. »

Catherine Andrieu


 

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