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![]() oOo Si les revues n’ont pas mon format, elles n’insèrent pas mes nouveaux riots l’idée créative fut de Loredana Semantica, nomen-inhumanus, à cause de la pragmatics, mets l’introduction et, en pièce jointe, le fichier avec mes riots non formatés, je suis au diets, je décharge mes kcal, à grand-peine, je ne mange pas, je bois, comme la Daino, et je dis nix, moi, l’artiste, j’organise la ligne éditoriale, des revues I don’t care, je m’en fous, leur ligne éditoriale est une ligne morte de la MM, j’y joue comme au Lego.
L’artiste tardo-moderniste lance la ligne éditoriale avec ses écrits, il ne supporte aucun lien les revues internationales et les maisons d’édition marocaines ou bengalis, appuyées sur Amazon, soit soutiennent, soit ouvrent la voie à des milliers de dilettantes, delectare, au visage plein de pustules, des centaines de merdes, deux recueils en print on demand, et ils se sentent usagers bradés de Decathlon, tu as écrit un demi-recueil avec Youcanprint et tu as le courage de faire le réticent avec mon œuvre d’art, tu seras un champion, sociologique, parmi 300 000 désespérés, sans aucune connexion au kolektyw, je suis totalement vidé, victime d’un amour, dans la magistrature, en tant que litisconsorte consommée, heureusement I don’t care : jouir avec l’aide d’« amies » sous le mème de l’obiektyw.
Je me réveille le matin avec deux culs, impeccables, à droite et à gauche, je me sens Giulio Andreotti je n’ai de comptes à rendre à personne, ni aux lignes éditoriales d’aucune revue, c’est ainsi, l’artiste c’est moi et je crée des lignes éditoriales, me moquant de l’interlocuteur, comme un Jovanotti, malade de dyslalie, je continue à chanter, comme si je créais des assimilations consonantiques d’arriviste, L’Arrivista, ma revue éditoriale morte, se heurte à la fibro-flog, qu’est-ce que je suis en train d’écrire, je rêve d’une brain-fog, mes essais de 200 000 caractères, retranchés derrière un autoblindo. |
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Commentaires :
Ivan Pozzoni poursuit ici un geste qui lui est propre : celui d’une poésie où la pensée ne se contente pas d’accompagner le texte mais en constitue la matière première. Les revues n’ont pas mon format ne raconte presque rien ; il met en scène une conscience en lutte contre toutes les formes de normalisation. Le poème devient un espace où l’écrivain revendique le droit de ne pas entrer dans les cases prévues pour lui.
Le premier mouvement pourrait passer pour une simple satire du monde éditorial. Il est davantage que cela. Derrière les revues, les formats imposés, les fichiers « non formatés », c’est la question de l’adaptation qui affleure : jusqu’où un créateur doit-il modifier son geste pour être accueilli ? Pozzoni inverse le rapport de force. Ce n’est plus l’auteur qui cherche une revue ; ce sont les revues qui sont jugées à l’aune de l’œuvre. Cette arrogance affichée n’est pas seulement provocatrice : elle constitue un principe esthétique. Le texte refuse de s’incliner.
La langue épouse cette insoumission. Italien, anglais, latin, polonais, références culturelles populaires et philosophiques se croisent sans hiérarchie. Le lecteur ne peut jamais s’installer dans un régime de lecture stable. Chaque idiome vient déplacer le précédent, comme si aucune langue ne suffisait à contenir la pensée. Ce plurilinguisme n’a rien d’ornemental : il mime une conscience saturée de références, où les mots circulent plus vite que les frontières.
L’autodérision occupe également une place essentielle. Le corps amaigri, les régimes, la fatigue, la brain fog, les images grotesques des « deux culs impeccables » empêchent le texte de sombrer dans la posture héroïque. Le poète se proclame fondateur de lignes éditoriales tout en exhibant ses failles, ses obsessions, ses dérèglements physiques et affectifs. Cette coexistence du narcissisme et de l’autodénigrement produit une voix singulière : l’ego est immense, mais il est sans cesse fissuré de l’intérieur.
On retrouve aussi cette manière très pozzonienne de mêler les registres. La haute culture côtoie Amazon, Decathlon, Lego, Youcanprint ; les considérations sur l’art voisinent avec des notations triviales. Rien n’est exclu du poème. Le contemporain, avec son langage publicitaire, numérique ou administratif, est absorbé sans être purifié. La poésie n’élève pas le réel : elle l’engloutit.
Cette profusion constitue d’ailleurs la principale limite du texte. À force d’accumuler les références, les changements de langue et les ruptures de ton, le poème risque parfois de produire davantage un effet de saturation qu’une véritable progression intérieure. Certaines séquences paraissent relever de la jubilation verbale plus que d’une nécessité poétique. Chez Pozzoni, cette abondance fait partie du projet ; mais elle peut aussi laisser le lecteur à distance, fasciné par l’énergie du discours plus que véritablement atteint par lui.
C’est pourtant cette énergie qui demeure. Les revues n’ont pas mon format n’est pas un manifeste contre les éditeurs : c’est une réflexion, volontairement outrée, sur l’impossibilité de faire entrer une pensée libre dans des cadres préexistants. Le texte avance comme une conscience qui refuse les clôtures, quitte à devenir elle-même son propre labyrinthe. La poésie n’y cherche ni l’équilibre ni l’élégance ; elle revendique le désordre comme condition de son indépendance.
Catherine Andrieu