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Goruriennes (Patrick Cintas)
L’indice de pénétration

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 Article publié le 14 janvier 2013.

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J’ai fabriqué un gosse dont je ne suis pas fier. J’ai aussi l’impression d’avoir fabriqué ma femme.

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L’embarras du choix. Ça ne m’arrive jamais. Est-ce que je choisis entre ma femme et mon fils ? Je prends le tout et je recommence.

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C’était un temps de fruits confits et d’arbres à cabane. Heureusement que j’ai ça pour m’accrocher à la vie. On s’instruisait en jouant à des jeux quelquefois cruels pour les plus faibles, mais on respectait les filles. Qu’est-ce qu’elles font maintenant pour inspirer le respect ?

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L’enfance et l’homme, c’est deux choses distinctes dans mon esprit. Il faut dire que l’enfant était mort et que j’étais vivant.

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Je n’aime pas qu’on entre par effraction dans les lieux de ma défaite.

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Ils ont voulu m’imposer le métal, mais j’étais rétif. Ils auraient réussi si on m’avait envoyé à la guerre. Je l’aurais étreint comme de la chair, ce métal qui revient toujours dans l’Histoire des hommes, à croire que la Terre finira par nous avoir. Alors il ne sera plus question de la chair, mais des cendres, et on ne sera plus là pour poser la question. Que serait ce monde si nous n’étions pas là pour lui donner sa mesure, seconde après seconde. Rien. Nada.

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Il faut toujours qu’ils agissent à la périphérie, à une seringue de distance. Ils s’interposent entre vous et la nuit. On les sent préoccupés, méticuleux, presque sympathiques.

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Leur conversation pendant que je me perds dans la nuit. Un autre carabin m’expliquait qu’il ne faut pas confondre la nuit et l’obscurité. Le contenu est différent, je pouvais comprendre ça à l’époque. La nuit, c’est le sommeil. L’obscurité, c’est une porte fermée qu’on peut toujours ouvrir. La nuit et les cercueils. Le jour et tous les trucs où on vous enferme pour traiter l’angoisse par le travail. Je ne serai jamais heureux.

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J’aurais pu m’agiter pour les empêcher de trouver l’endroit exact. Au lieu de ça, je me durcissais. La leçon de l’expérience. Si vous fuyez, ils vous rattrapent. Si vous restez, ils ne comprennent pas tout de suite que vous allez leur rendre la tâche difficile. Impossible, non, faut pas rêver. Mais difficile, beaucoup plus difficile que leurs problèmes.

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Enfants-rois de notre existence bornée par l’orgasme, n’écoutez que votre conscience.

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Les racines, c’est l’enfance. Pas la connaissance des lieux.

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Confidences. C’est conseillé. Confiez-vous au lieu d’imaginer. Une littérature de la confidence à lire dans le train. Une autre de la connaissance. Et rien autour que ce vide qui nous envahit sans donner de sens à l’angoisse. J’ai besoin d’une doctrine pour occuper mon esprit à autre chose. Je lis des prospectus qui n’emportent pas mon adhésion. Comment faites-vous, merde !

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Je jouais avec des animaux pour leur transmettre mes sensations. J’expérimentais ma propre mort sans cruauté. Mais au fond, ce n’était qu’un spectacle dont l’acteur me ressemblait.

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Mon existence est bornée de soumissions. Je suis tantôt rusé, humilié ou en fuite.

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Ça, c’est les yeux. Ouais, au milieu du visage. Je sais que ça fait bizarre sur un dessin, mais dans la réalité, les yeux sont au milieu du visage. Ça, c’est les cheveux sur les oreilles. Et ça, c’est top secret !

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On fait tous la même chose dans ce monde de merde. On se devine à coup sûr. Yen a pas un pour cacher l’autre. D’où les erreurs judiciaires.

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Ça se termine toujours mal pour les merles. J’ai mes petits oignons moi aussi, mais ils sont comestibles avec les précautions d’usage.

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C’est pas si rare, les proprios qui vous ouvrent la porte parce que vous êtes armés. Suffit d’avoir une bonne gueule.

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Ils savent tous que je regrette, mais il n’y a rien à faire pour les convaincre que ce n’était pas moi. On est un autre au moins une fois dans sa vie. J’étais celui-là, rien d’autre. Connards !

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Pas de reconnaissance chez les rupins. Ils finissent toujours par posséder votre fond de commerce. Vous partez à la retraite et ils en reviennent les mains pleines. Pas d’existence dans un ailleurs qui ne peut pas non plus exister sans eux.

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Je n’ai même pas besoin de me fier à mon cerveau qui peut se tromper sans garantie, la pire des choses qui puisse arriver à un agent patrogène. Ah ! les réseaux, c’est autre chose. Ça vous renseigne et ça vous met à l’ombre tant que c’est pas sûr. La pleine lumière, ça s’attend et ça se mérite.

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Je ne sors jamais sans mes habits. Les autres n’ont qu’à faire comme moi, les puissants comme les misérables. Mais nuance, les amigos : misérable peut-être, mais pas inutile.

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Il nous aime comme on aime le pain, ce qui conserve les distances et les rituels.

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Moi, j’utilise des artefacts au milieu des expériences de la solitude. C’est comme ça : plus on en a envie et plus on devient seul. Heureusement, j’ai un bon boulot et un esprit assez souple pour en accepter les petites humiliations et les primes topiques. Mais je ne suis pas du genre à fermer ma gueule si on me pousse à l’ouvrir. Je suis métal, moi.

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Je l’ai toujours dit : Gor Ur et K. K. K., c’est du vent pour nous donner les ailes de l’illusion. On n’en demande pas plus, remarquez. C’est pas mauvais, le vent, mais des fois, ça me rend nerveux. Je deviens mariole. J’essaie d’aller plus loin avec les moyens de l’intelligence. Mais la question qu’il faut d’abord se poser, c’est : qu’est-ce que ça leur coûte ? Tu n’en sais jamais rien. Tu sens à peine la limite à ne pas dépasser. J’ai pas assez d’instinct. Je finirais par me faire avoir. À la veille de la retraite, ils vous jouent des tours et vous expliquent que vous avez de la chance. J’en ai marre de ces manipulations. Elles me rendent malade. Mais je m’accroche à la vie comme à un bien patrimonial, alors que l’existence prouve le contraire. Ça devrait couler, la vie, comme une suite de bons moments et d’emmerdements, sans trop de contraste et jamais sans les petites douleurs prometteuses d’orgasme maximum. Au lieu de ça, rien ne suit et tout se ressemble. On en vient à souhaiter l’emmerdement pour avoir un motif de se reposer. Ils ne vous refusent jamais l’arrêt de travail si l’emmerdement mérite leur considération distinguée. Et vous faites savoir en haut lieu, avec avis de réception, que vous jouissez parfaitement entre les doses, ce qui ne serait pas totalement faux si vous dormiez moins. Ces lettres mentales me tuent à petit feu. Mais je les expédie dans la conversation courante.

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C’est toujours sympa d’attendre que la porte se referme pour évoquer ces petits détails de ma vie privée.

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Des verres, j’en bois quand c’est le moment. Tout dépend de ce que vous ajoutez à la colocaïne qui ne se boit pas sans eau. L’Eau, c’est ce que vous voulez. Vous êtes libre d’y penser. Et si vous pensez mal, ils le savent. La plupart des cons que je croise par habitude gardent le secret de ce complément libérateur. Dans l’anisette, tu mets de l’eau du robinet ou tu n’en mets pas. Tout le monde peut le savoir. Selon la couleur de ton nez, on te catalogue. Pas besoin de service de police sophistiqué pour ça. Le voisinage suffit. C’est économe pour l’État. Par contre, la colocaïne te désigne comme fidèle au principe fondateur de la République. Ça fait de toi un membre d’une association de malfaiteurs, au bas de l’échelle. Tu peux mettre de l’eau, de la vraie, du robinet ou du robinet de la source, peu importe. Ou autre chose, quelque chose qui témoigne que tu n’as aucune imagination. C’est exactement ce qu’ils veulent, que tu sois incapable d’imaginer la suite. Moi, j’y mets le gland jusqu’à ce que ça gicle. Et sans la secouer, vu l’indice de pénétration.

*

La suite au prochain numéro…

 

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