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Goruriennes (Patrick Cintas)
Sinon, j’serais devenu autre chose...

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 Article publié le 18 février 2013.

oOo

C’était con de se quitter sur des mots d’amour qui n’avaient plus aucune importance. Je dressais ma queue dans cette lumière.

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Il n’était rien. Ça simplifiait les choses et les relations. Ce qu’il préférait dans la vie, c’était la douleur de l’autre. Il n’en provoquait jamais. Il comptait sur la chance. J’allais peut-être souffrir moi-même, qui savait ?

*

Ça fait du bien, je sais, continuait ce type. Mais c’est Ø + Ø. Tu comprends ? Moi ya longtemps que j’ai compris. J’ai pas eu besoin de changer de sexe et de mourir vivant. J’me tiens à carreau. Je descends et je monte. Pour moi, c’est pareil, descendre et remonter. Je connais l’ascenseur comme si on était de la même famille. De quelle famille tu es, toi ?

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Je sentais bien qu’il fallait que je remontasse. Ça m’inspire le subjonctif imparfait, moi, ces trouilles du combat !

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Quand je suis remonté à la surface, l’endroit paradisiaque avait changé. Les rupins participaient à la restauration des lieux. Ils suaient comme des hommes.

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Des mouches tournoyaient. Un pauvre type les chassait en s’excusant. Ce n’était pas moi. Mais ça aurait pu.

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C’est le défaut de notre cuirasse. On détruit par esprit d’équilibre. C’est incohérent.

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Je sais bien, patron, qu’on ne meurt pas si on est déjà mort ! Mais la sensation est la même. La même angoisse de l’athée que l’odeur de l’encens rend vulnérable.

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On ne vous réduit pas au légume sans vous communiquer une certaine inconsistance face au plaisir.

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Plus personne ne pouvait agir sans sacrifier du temps et du fric. Dans un système qui spécule en temps réel, le gagnant est celui qui ne perd pas.

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L’idée de me rendre utile ne m’enthousiasmait pas, mais je riais comme un fou…

— …pour ne pas leur mettre la puce à l’oreille.

Exact.

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Quelqu’un avait crevé mon œil et je n’arrivais toujours pas à en parler.

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J’étais revenu parce que j’avais le mal du pays. J’avais pas mal aux bras, seulement au morceau de Patrie que j’avais emporté avec moi.

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— Tu devrais rentrer chez toi, Frank, et leur dire que tu les aimes. Ils ne te croiront pas, mais ils auront l’impression de t’avoir vaincu. Ne leur gâche pas leur plaisir, sinon ils te le feront payer le jour où tu les quitteras une bonne fois pour toutes.

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Elle voulait qu’il sache comment on se reproduit. Mais à la place où les hommes portent fièrement l’instrument de leur malheur, il n’y avait qu’une espèce de nombril qu’elle appelait prépuce sans vraiment savoir ce que c’était. En tout cas, c’était par là qu’il pissait. Bon.

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Les ravissements de Larra, le robot connecté aux protéines du bonheur qui sont aussi celles du malheur. Elle avait les moyens de faire la différence. Pas moi.

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Je gagnais du temps ou je le perdais. J’pouvais pas faire les deux choses en même temps sans m’annuler, psychologiquement parlant.

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Le temps est linéaire, donc le temps est une fiction aussi agréable que l’infini à un esprit humain qui, Messieurs, est aussi capable de croire aux foutaises du Coran, de la Bible et de toutes ces conneries qui n’ont jamais amélioré les conditions d’existence des pauvres tributaires que nous sommes vous et moi.

*

Comment un pareil cerveau pouvait-il contenir dans une aussi petite tête ? Je n’avais pas cette chance et on pouvait se demander à mon sujet pourquoi un cerveau aussi petit occupait une tête qui aurait pu en contenir plusieurs de cette taille. Ce qui ne changeait rien à la ressemblance. C’est fou !

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Ils n’avaient encore rien conçu pour ce genre de solitude, à part les domiciles impossibles à fixer.

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J’irais chercher le naturel là où il se trouve, en moi. C’est-à-dire ici, dans ce monde de merde qui veut pas changer et qui change l’existence parce que le temps est de son côté, par l’usure et la fatigue, la paranoïa et le suicide, l’espoir miné et la réalité obsessionnelle. L’imagination nous a mené au bord de l’abstraction. Ce qu’on éprouve en ce moment, c’est le vertige et le collapsus. On a tout prévu, sauf le possible.

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On s’enfonça un peu plus dans les draps. Le Monde disparaissait au profit de l’intimité. Je me sentais heureux. Je ne pouvais pas lui avouer ça !

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Un poisson traversa la pièce, preuve que j’étais pas aussi frais que je l’espérais. S’il sortait, il m’enfermait. Et s’il revenait, j’avais le temps.

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On vousa pas appris à achever la victime avant de passer à autre chose ?

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À quoi tient la seconde suivante ? À des connards qui n’ont pas l’intention de survivre à la douleur.

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… ces confidences qui traversent la réalité pour imposer leur vacuité à ceux qui n’en attendent rien.

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Voilà comment on tourne en rond au lieu de faire la guerre. La différence entre la ligne droite qui ne conduit nulle part et la ligne brisée qui y conduit toujours, là où on veut pas aller.

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Quand la piétaille entre dans la contradiction au lieu de se limiter à la conversation courtoise envers les supérieurs, le sémiologue que je suis se met à soulever ces pierres pour nourrir sa connaissance de la hiérarchie.

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C’était mon film, celui que je verrais pour la première fois avant de mourir. Rien n’est plus triste que de se voir mort. Ça m’arrivait tous les jours. J’ignorais de quoi je mourrais, et elle était là, tantôt lente comme un insecte, tantôt plus vivace que sa proie. Je n’avais eu aucune vision de ce destin. Pourtant, j’en ai, des visions.

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Quand j’étais enfant, j’avais été effrayé par un syrphe que j’avais pris pour une guêpe. Mon père (lequel ?) m’avait expliqué que la nature a donné à certaines créatures inoffensives et par conséquent vulnérables le don de se faire passer pour d’autres créatures qui, elles, sont dangereuses et parfaitement capables de tuer leurs adversaires sans avoir à user de subterfuges.

— Dans la vie, Frankitounet, t’es un syrphe ou une guêpe.

Qu’est-ce qu’il était, lui ? Qu’est-ce qu’il avait rêvé de devenir ? Il demeura parfaitement obscur sur ce point et j’ai éprouvé longtemps le désir de le clarifier. Entre son silence obstiné et lâche et mon désir légitime et inassouvi, il s’était passé ce qui se passe toujours quand ça arrive avec une netteté aussi évidente : la rupture qui remplace avantageusement l’agression commise par le fils sur le père et l’humiliation qui rendrait celui-ci parfaitement improductif dans sa relation à la société.

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Ce n’était pas l’injustice qui me révoltait, mais ce qu’elle rendait aussi inepte que le discours d’un parano.

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Humpty-Dumpty fait constater à la charmante Alice (bbbbllllllllll…) que l’année ne fait cas que d’un seul anniversaire, alors que les non-anniversaires font une différence dont nous sommes tous les heureux bénéficiaires (365 – 1 = 364 non-anniversaires). Pour les diplômes, c’est pareil, à ce détail près que le facteur temps est inconnu : X – diplôme = (X – diplôme) non-diplômes.

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Moi, si je m’agite pas, je parais suspect.

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Remarquez bien qu’après tout ce ramdam, je me sentais aussi peinard qu’un gosse qui sait ce qu’il mange et qui ne mange pas comme les autres. J’ai toujours eu cette prétention au bonheur trouvé avec d’autres moyens que ceux qu’on impose à notre conscience. J’ai creusé partout. J’ai rencontré des semblables. Ça devait arriver et c’est arrivé.

*

— J’en ai marre d’attendre, dit-il en s’enfonçant dans la moelle d’un fauteuil.

J’en avais marre moi aussi, mais pas d’attendre. Marre d’agir, de ne pas prendre le temps de faire autre chose que ce que tout le monde fait : agir. On est des agissants et il se plaignait d’être différent du commun des mortels. Quelle prétention !

*

Je travaillais parce que c’était ce que j’avais de mieux à faire. Sinon, j’serais devenu autre chose.

 

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