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Goruriennes (Patrick Cintas)
Je voyais ça à travers mes lunettes de combat

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 Article publié le 3 juin 2013.

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Et dans ce Monde Oisif Moyennent Organisé, dans ce MOMO qui fait recette chez les paranos…

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Vous qui aimez les belles histoires et encore plus les personnages auxquels vous aimeriez ressembler dans le virtuel et l’improbable…

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Sally Sabat est un colosse. Ya pas si longtemps que ça, après une carrière scientifique qui a tourné court à cause d’un complot dont elle était la victime expiatoire et désignée, elle abattait des mecs dans un cirque. Le public adorait ce grand corps nu qui massacrait des hommes normalement destinés à faire chier le sexe faible. Du sexe faible, elle avait le sexe et la capacité de condamner les queues à l’érection impromptue. À part le chocolat, qui pouvait la rendre dangereuse, je ne lui connaissais aucune faiblesse et rien qui pût la rendre labile au point de laisser la place au viol. Mais entre nous, la question ne se posait pas. On s’aimait, sauf que maintenant, elle avait renoncé à l’Homme, celui-ci ayant été durement châtié sur la scène du cirque. Je n’étais pas « l’Homme », j’en avais même pas l’air, mais j’étais entré dans la jouissance et j’pouvais plus m’en passer. En plus, elle conservait mon secret dans un écrin rose et noir, peut-être jalousement.

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L’assassin n’en était pas un puisqu’il avait assassiné personne ! Il avait exprimé son désir de tuer, mais n’avait détruit momentanément qu’un remplaçant réparable avec la prime que versait la victime virtuelle. Ah ! Ils sont fortiches les requins de la phynance ! Personne n’a commis l’IRRÉPARABLE :

— la victime n’est pas réellement morte ; mais son contrat n’est pas renouvelé ; si l’enquête a abouti, c’est-à-dire si le nom de l’assassin possible est révélé, la victime SAIT et elle doit vivre avec ce qui peut devenir un symptôme (paranoïa).

— l’assassin n’a tué personne et ce n’est pas lui (ou elle) qui paye la réparation du remplaçant ; c’est pas lourd à porter, sauf si son existence se complique d’une affaire ou il (ou elle) est la victime ; l’effet de miroir est à craindre (schizophrénie).

— la compagnie se « réseauifie » dans la croissance et le bonheur ; un corps sain dans une idée saine ; les risques sont limités au cas particulier qu’on a vite fait de résoudre par l’Opacité ou la Négation.

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C’était tout ce qui lui arriverait désormais : dire non avec la tête et oui avec les mains.

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La tragédie, moi, ça m’empêche de sortir de mes gonds.

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J’étais jamais passé à la fabrication. Chez moi, tout demeure discret et théorique. Je dois avoir une influence sur l’existence puisque je prends mes rêves pour des réalités.

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Ce système est bon parce qu’il est utile. Ça finit par être utile en tout cas. Mais j’y ai pas droit parce que j’ai usé d’un autre moyen de survie. Ah !Si j’avais su !

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Ya des endroits où qu’y neige la nuit et fait soleil le jour. L’équilibre parfait entre le désir et la réalité. Et c’est pas trop cher.

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L’injection était prête. Il venait de bricoler la substance qui allait être utile à mon cerveau en cas de peur ou pire de mort. Qu’est-ce que je pouvais craindre, à part la douleur et la mort ? Je redoutais la mémoire de la douleur, si destructrice en cas de solitude. Et la mort était le principe de mon inachèvement. Étais-je si différent du commun des mortels ?

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Dehors, les vitrines exhibaient des promesses de bonheur. Une foule compacte s’y pressait comme autant de mouches agitées par l’instinct de conservation. Ya pas comme un achat compulsif pour préfigurer le bonheur de l’instant suivant. Ah ! Je l’aimais pas, cette plèbe ignoble qui se marche sur les pieds au détriment de l’individu enclin à se distinguer par le goût et l’intelligence.

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Qu’est-ce qu’il y a de plus haut qu’une montagne quand il n’y a plus de montagne ?

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Dans cette foule livrée à la débauche des apparences, j’avais pas ma chance. Aussi, je jouais pas. J’me contentais de regarder et d’pas juger. Enfin, pas aussi vite que d’habitude. Ce qui me donnait un air intelligent que j’étais le premier à apprécier. L’endroit ne manquait pas de miroirs. Je les trouvais utiles et agréables. Mais je la fermais pas.

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J’avais besoin d’un multiplicateur d’effet. Je plongeais ma main dans un bocal de poissons. Ça fait mal aux tripes, mais c’était nécessaire. À force de triper vent de bout, je flippe à contresens. Fautm’comprendre…

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J’avais eu une enfance heureuse, de celles qui ramollissent tellement le cerveau qu’on se sent vieux à quinze ans.

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— Merci d’comprendre que je suis victime du désir.

Je l’étais bien du réel, moi. Toute une vie passée à me demander si j’étais pas en train de rêver au lieu de bosser comme tout le monde. Ou bien j’avais la sensation de donner alors que j’avais envie de recevoir et qu’on la ferme à ce sujet.

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Faut pas avoir honte d’sa nature quand elle a rien d’autre à dire…

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J’en avais marre tous les matins, pas à cause du miroir qui n’y est pour rien et que j’ai pas envie de briser parce que c’est lui qui conseille mon apparence, — j’en pouvais plus d’additionner les étiquettes pour me rendre finalement compte que je me nourrissais trop et que j’accumulais malgré moi des substances qui finiraient par s’exprimer à ma place. Si j’en avais pas déjà, j’aurais des problèmes de communication et j’en concevrais de la haine…

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J’étais de ceux qui pensent que les spermatozoïdes, c’est des animaux qu’on héberge en attendant de n’en être plus un.

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On en savait, des choses, sur les us et les coutumes de ce peuple des montagnes les plus hautes du monde. On disait qu’au dessus d’elle, il n’y avait pas de ciel. Dieu se les caillait bien haut et on pouvait pas vérifier.

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Après la rhétorique, la dialectique, et après les contradictions révélatrices, les effets de surface. Un animal m’aurait rassuré, mais il n’y en avait pas d’assez fou pour jouer ce rôle ingrat.

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Si j’avais envie d’pleurer, il avait de quoi activer à la fois ma substance d’angoisse et les glandes lacrymales correspondantes. Je le prendrais jamais au dépourvu. J’étais entre deux bonnes mains et il en avait d’autres en réserve au cas où je deviendrais un problème. Onpeut pas être plus clair.

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Quand je suis lucide, j’ai mal, alors je me raconte des histoires et c’est reparti pour un tour. Quelquefois j’ai l’impression que je mets les pieds dans ce destin uniquement pour me faire mal, comme si les autres n’y étaient pour rien. Mon existence a besoin de repos. J’saurais y faire si je possédais un lopin de terre avec de quoi glander et m’faire plaisir. J’ai toujours révé de fréquenter des villageois tranquilles sans avoir nécessairement besoin de les plaindre. Je ne leur servirais à rien et ils me seraient utiles.

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À cette hauteur, Gor Ur régnait en maître absolu et ses serviteurs lui étaient reconnaissants de les distinguer du commun des mortels. Il neigeait parce que c’était l’hiver, sinon il pleuvait. Les éclaircies étaient consacrées à la prière ou à la réflexion, selon qu’il était l’heure de la fermer ou d’apprendre à le faire. Les religions s’organisent en armée et prévoient la suprématie de l’État, ce qui est bien utile si on a des chances de participer. Les créatures qui grattaient les murs avec des couteaux n’avaient pas cette chance. Racler des ombres formées par le feu nucléaire n’était en rien une manière de participer à l’élan mystique qui élevait jour après jour cette montagne aux neiges éternelles et éternellement tournoyantes. Je voyais ça à travers mes lunettes de combat. Le Monde était vert au lieu d’être rose, mais je ne l’avais jamais vu rose qu’à travers la culotte de Sally Sabat.

 

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