Petits criminels

Dans le journal, portraits de petits criminels – qui me font plaisir. « Tendance à fuir la réalité », etc.

Le petit criminel – ne tue qu’une fois.

Il n’y aurait pourtant pas de quoi plaisanter, à observer de pareils cas, pareils cas de tels drames.

Hier en entrant dans la salle de bain je pensais à ces criminels d’un jour, leur absorption par le journal. Le « fait divers » — fascination pour toute littérature.

Je m’appelle Georg Heinecke. Ma vie familiale est un enfer. Je tue mon beau-fils. Demain, ce sera un entrefilet dans les gazettes régionales et spécialisées. Dans six, huit mois, j’aurai droit pour l’ouverture de mon procès à des articles de fond, qui rapporteront une étrange version de ma vie familiale, comme un tissu mal cousu fait des témoignages de « proches » (parents, voisins, enquêteurs. Dans un an et demi je serai condamné et la presse dressera un nouveau compte-rendu des mêmes fait pour en offrir une nouvelle synthèse sous l’éclairage définitif de ma condamnation. Je pourrais faire appel, bien sûr. Je ne sais pas si je ferai appel.

Je délire. Je parlais du journal, de ses portraits de petits criminels. Alimentés par le psychiatre, qui trace un portrait qui est peut-être ce qui porte le plus grand préjudice (bien au-delà des pressions de la presse, qui peut raconter ce qu’elle veut) à la présomption d’innocence, tant les portraits psychiatriques se dessinent à la lumière d’une convictionintime – l’inculpé est ou non coupable. Dès lors, il obéit à ses pulsions, chacune de ses actions répond à telle ou telle tendance. Il a tendance à fuir la réalité. Il nie son meurtre à cause de ça.

L’inculpé bénéficie donc d’un immense privilège. Tout son ordre de réalité se voit officialisé. Le cercle familial, quand le crime n’est pas familial, garde sa spécificité, mais l’entourage immédiat et un réseau de spécialistes judiciaires et cliiniques sont convoqués pour tenter de résoudre l’énigme sociale qu’est le criminel. Notre inculpé aura le droit de se voir traiter d’abruti par le psychiatre – et ce sera un argument lourd pour la défense : « Vous êtes acquitté, monsieur : nous cherchons un abruti moins profond. » Ou encore : « Votre bêtise et la série entière des malheurs qui ont émaillé votre vie ne vous autorisent pas à tuer les gens. Vingt ans ferme. »

Une tendance à fuir la réalité. C’est moins humiliant que de se faire traiter d’abruti – à peine pourtant. Et si l’inculpé finit par convaincre le jury de son innocence, on ne l’aura pas moins dépeint devant la société comme quelqu’un qui… Il va falloir réinsérer un qui a tendance à fuir. Parce qu’il y a une discontinuité totale entre l’individu incriminé et celui qui lisant son journal apprend que le « meurtrier présumé » est un qui a « tendance à fuir la réalité ». Mais cette discontinuité est résorbée lorsque le lecteur se voit à son tour impliqué dans une logique de « fait divers », un meurtre dans son entourage a attiré l’attention de la police et de la presse ; les journalistes après les policiers sont venus le voir plusieurs fois.

Pour la première fois, il voit son nom inscrit dans les colonnes du journal.


L’affaire Murtile

1 - Le policier regarde s’asseoir devant lui l’homme coléreux qui tente de mettre au jour la combinaison pour laquelle sa soeur — Evelyne Murtile — et lui s’appelle Henri, Henri Murtile — a été assassinée.

2 - Une horrible question de sexualité l’oppresse — “Voyez ma soeur !” — “Moi-même j’ai soixante-cinq ans et elle a quatre ans de plus que moi — comment ce gringalet pouvait-il chevaucher — ma soeur ! — sans le dégoût que suscitent chez les jeunes gens la peau vieillie, flétrie, des personnes âgées ?” — Et, en hochant la tête : “C’est bien la preuve qu’il l’a tuée”.

3 - Mais la combinaison d’Henri est plus complexe — car : comment le gringalet — Grégoire Gringale — a-t-il pu rencontrer cette vieille bourgeoise ? — mais par l’intermédiaire de sa propre mère ! Elle a élaboré les plans, monsieur le policier ! Son fils ne fut que l’instrument.

4 - Le frère de Grégoire Gringale est un homme dont le psychisme est dérèglé. Parfois il accuse son frère, parfois il accuse sa mère, d’autres fois encore le frère de la victime. Hier pourtant il a été happé par la révélation : le DESTIN, a-t-il dit, la FATALITE, est seule en cause. Le policier Hector le croit, mais ne croit pas que l’hypothèse du frère du mari de la victime annule l’hypothèse du meurtre

5 - Au bord d’une route départementale, entre deux villes de la Grande-Myrolésie, une voiture brûle, depuis quatre ans et demi, avec à l’intérieur le corps carbonisé d’Evelyne Murtile.

Sérialisme et relativité

Au commencement du XXe siècle, relativisme, abstraction, dodécaphonie, linguistique saussurienne ouvrent un espace commun, le relativisme. Saussure n’est pas seulement le linguiste qui applique à la linguistique les principes de Durkheim, il est également celui qui pense le langage dans ce qu’il a d’arbitraire - d’accidentel et donc, de toujours singulier, toujours autre — d’où cette pensée qui permet d’éliminer une question : celle du “pourquoi”. C’est-à-dire autrement formulée, la question de l’origine.

L’abstraction et le sérialisme emboîtent le pas à cette démarche. D’aucuns dénoncent les théories qui les ont suscitées, reste que ces deux formes nouvelles, qui se définissent par l’absence de références aux conventions antérieures, induisent la relativité dans les systèmes artistiques. Schönberg a beau clamer que la musique sérielle assurera la suprématie de la musique allemande pour 1 000 ans, la contrainte induit surtout l’obligation de trouver de nouveaux moyens d’expression. Webern donnera à la technique dodécaphoniue son complet accomplissement en exacerbant la dimension relative et autoréférencielle de l’oeuvre.

Car une oeuvre de Webern est un jeu de miroirs auditifs. Si John Cage y a vu une dispersion du fait musical traditionnel, l’école postsérielle a principalement retenu ce souci de cohérence maximale qui fait que certaines oeuvres comme le concerto opus 27 ne tiennent que sur une seule figure de trois note, répétée en quatre tronçons à l’intérieur de la série.

Webern a consacré son oeuvre à l’ouverture de cet espace relatif. On fantasmera longtemps sur cette oeuvre balbutiée, juste avant sa mort, qui ne tient que sur une série de successions chromatiques. Et jusque dans le sérialisme intégral, l’idée dominante est que l’oeuvre élabore un univers relatif - dont les moyens n’appartiennent qu’à elle.

Chez Saussure, la question relativiste prend une ampleur terrible car elle est aussi forte que le désir de système, qui réalise des prodiges chez lui. Il réinvente les points de vue qu’on peut avoir sur la langue, il tremble continuellement, jamais un concept ne parvient à s’imposer tout à fait. Tout est toujours susceptible de basculer.

Ces considérations impliquent bien sûr la poésie, qui a suivi des voies parallèles. J’ai cité Proust, il faudrait sans douter commencer par Mallarmé, pour le sonnet en “yx” et “ore”. Il faudrait également citer le Coup de dés, invention presque terrifiante de la typographie. Ces formes qui s’inventent, étrangères aux codes que nous avons assimilées, se gagnent, avec la lenteur parfois d’un langage qu’on apprend.

Elles dépendent autant du lecteur qui donnera au poème son sens que de l’auteur qui tente au mieux de développer ce langage où il a impliqué sa chair et ses os mais qui ne lui ressemble déjà plus et qui est un mystère pour lui autant que l’âme pour le croyant.

Un ordre dans lequel même la simplicité est à réinventer. Car Webern dit une chose étonnante, dans ses conférences de 1938. Ce qui est important, dit-il, c’est la compréhension. Le traducteur précise qu’il faudrait dire “compréhensibilité”, un terme pesant ; je lui sais gré d’avoir choisi “compréhension” pour “Verstandlichkeit”.

Car la compréhension est vraiment l’essentiel ! Dans un ordre où le sujet et ce qu’il découvre (l’oeuvre, qui n’est pas exactement objet, ou alors “quantique”) ne se dissocient jamais entièrement, le musicien a pris soin de plier chaque élément de sa composition à son écoute : non seulement l’architecture des séries de hauteurs, mais les tissus de timbre que cerclent les silences constants, et la formulation rythmique qui introduit un temps nouveau, inouï, dans l’univers de la musique.

Sans parler de la voix, qui domine toute son oeuvre musicale.

L’esquisse d’un débat

En début de réponse à un début de réponse de M. Paini

http://revue-resonancegenerale.blogspot.com/2008/11/secouez-le-signiste-il-mousse.html

Voici un mois, se tenait le « Salon de la revue ». Dans ce cadre, se tenait une série de tables rondes, dont deux autour de la pensée de Henri Meschonnic. A cette occasion, j’ai publié ici même une série d’articles à vocation rétrospective, puisque, de 1994 à 1997, j’ai eu la chance de bénéficier (entre autres) de l’enseignement de Gérard Dessons et de Henri Meschonnic. Je me rappelle l’enthousiasme des premières découvertes ; puis les interrogations sur certaines « fixations » de la pensée ; puis l’effarement devant le dogmatisme d’une démarche théorique devenue militantisme littéraire – au sens le plus étriqué du mot.

Revenir sur l’expérience meschonnicienne, plus de dix ans après cette rencontre, m’apparaît nécessaire. Nous étions quelques-uns, à l’époque, à nous interroger. A l’interrogation a tôt répondu la consternation, en particulier quand Meschonnic a fait paraître son inepte « Manifeste pour un parti du rythme ». Mais l’université (comme d’autres secteurs de la société, hélas !) est un espace où les jeux d’école sont si puissants que la critique n’y a plus guère cours. Chacun y produit sa petite vérité. Aux étudiants, on demande de reproduire une parole préfabriquée. Ceux qui n’entrent pas dans le moule sont priés d’aller voir ailleurs. Voilà comme l’héritage de la poétique (Aristote, Valéry, Jakobson, mais aussi… Benveniste, comme l’a montré mon ami Christophe Gallaire) s’est restreint à une rhétorique abusive, incantatoire, où le pour et le contre ne connaissent plus la nuance, délicatesse qui devrait être au coeur de toute lecture.

Aujourd’hui, on me répond. Philippe Paini, que je remercie pour sa réflexion argumentée, à laquelle je répondrai de façon plus détaillée quand j’en aurai la possibilité technique (le temps !) et Serge Martin, plus agressif, qui me renvoie à la réponse de son collègue. Et si je suis heureux de pouvoir – enfin ! - amorcer un débat autour d’une pensée que je ne réfute pas en bloc (loin s’en faut) et même envers laquelle j’avoue « sans rougir » ma dette morale, je crains que cette discussion ne soit l’objet d’une rotation indéfinie de « pour » et de « contre ». Ce qui m’intéresse peu. La poétique, ce n’est pas Henri Meschonnic et rien avant, pas grand-chose après. C’est un ensemble de propositions qui méritent chacune d’être examinées, critiquées, mises à l’épreuve des faits. Et si la poétique n’est pas une science exacte, il me paraît essentiel d’examiner les différents postulats avec la rigueur de la science, à savoir : la mise en oeuvre de procédures vérifiables. Ceci concerne particulièrement la « sémantique sérielle ».

Philippe Paini me reproche particulièrement de n’avoir pas produit une critique détaillée de la « sémantique sérielle ». Qu’il se rassure : ce travail est à venir. Même s’il m’est aujourd’hui pénible de reprendre des textes que j’ai lus fiévreusement à l’époque. Même s’il m’est plus plaisant de lire Youri Lotman, que Meschonnic a contribué à faire connaître en France mais qu’il semble avoir oublié depuis. Lotman n’a jamais renié la notion de « sémiotique », bien au contraire puisqu’il a inventé la notion de « sémiosphère ». Je me rappelle également un bel article de Marc Derycke, qui s’est appuyé avec la plus grande rigueur sur la pensée de Benveniste pour montrer l’inconsistance de la sémiotique ! Voilà une lecture plus urgente encore que l’exhumation de la « sémantique sérielle ». Je garde près de moi plusieurs ouvrages de Louis-Jean Calvet, qui est arrivé à une conclusion voisine de Meschonnic par une toute autre voie (la sociolinguistique), à savoir que la langue n’existe pas (sinon en tant que représentation). Je ne suis qu’un sériographe qui n’aurait pas eu d’existence éditoriale si je n’avais eu la chance – et la joie – de rencontrer Patrick Cintas, un travailleur indépendant s’il en est, romancier et poète absurdement méconnu… Qu’on me pardonne de n’avoir pas mes journées complètes pour produire des travaux de recherches, de devoir les poursuivre dans le RER, dans le train, le soir chez moi ou à l’aube, avant de partir au turbin. Pardonnez-moi encore, monsieur Paini, d’établir une distinction entre mon activité littéraire, ma production critique et mon rapport au politique. Le jour où Meschonnic sera d’une quelconque utilité à des ouvriers licenciés pour cause de délocalisation, vous me convaincrez peut-être de la pertinence de ce « Manifeste pour un parti du rythme ». Aujourd’hui, en effet, je crains qu’il ne manque à la critique du rythme quelque chose comme le sens des réalités.

Fédérer les antagonismes serait la plus productive des politiques (en matière de poétique). C’était la richesse de l’UPOIAZ, en son temps. C’est aussi (en dépit des attaques dont il fait régulièrement l’objet) l’intelligence de Pierre Boulez, qui n’a pas censuré Steve Reich quand ce dernier réfutait le sérialisme ; qui a été l’un des rares chefs d’orchestre à jouer Franck Zappa, rocker et compositeur ; qui a mis en place des institutions qui ne lui sont pas inféodées. Voilà précisément ce qui n’existe pas aujourd’hui, en matière de poétique. Et c’est à pointer cette carence – malheureuse, vraiment – que je me vois traiter de « signiste » (ah ?) et même… de sarkozyste ! Voilà qui fera plaisir à certains de mes amis, qui n’ont pas les mêmes options que moi en matière de politique et avec lesquels je débats continûment, avec le plus grand plaisir.

La réponse de M. Paini est un « début de réponse ». J’en suis heureux : cette réponse itou est un « début de réponse ». Nous voici donc à l’orée d’un début de débat. Cette perspective me réjouit infiniment. Il reste à M. Martin à comprendre que je ne suis pas un « ennemi » (tout au plus, un adversaire théorique). Et je voudrais terminer cette amorce de réponse en apportant deux corrections à M. Paini :

  • d’une part, il n’y a pas de « coupure-pub » dans Derrick, qui est diffusé aujourd’hui sur une chaîne publique.

  • d’autre part, Sarkozy n’est pas le seul à ne pas se considérer comme un « intellectuel » : Varlam Chalamov a eu un propos quasi identique. Mais le même propos n’a pas nécessairement la même valeur dans un contexte ou un autre, pardon de vous le rappeler !

Mais par-dessus tout, vous me placez “au niveau de Michel Deguy” et de cela, je ne puis que vous remercier car, si je partage peu ses prédilections philosophiques, je tiens ce monsieur pour l’un des poètes les plus aventureux de notre temps et la comparaison… me fait rougir, en effet !

PL

Pommes dans le noyer

S’ouvrant, les heures sentaient. Le précédent. L’instant d’avant. Arbres, arbres en fleur. Arbres de voix, j’entendais une voix appeler Laeticia, je l’ignorais. J’étais comme couché, dans l’herbe, je dormais ou plutôt, je sommeillais. J’entendais appeler, j’entendais tous les déplacements autour de moi. Attendre. Attendre le calme. J’attendais et je voyais les déplacers. Un certain dépaysement, j’avais la tête qui tournait, le sol vibrait, j’avais des souvenirs d’isolement, mais le chien qui s’était arrêté, sous le buisson, court et s’éloigne, et ses maîtres s’éloignent avec. Comme s’il avait fallu attendre pour s’éveiller, pour feindre que se fût réalisé le désir d’un éveil calme. J’avais désiré que le réveil fût calme. Lorsque vous prenez conscience que simultanément vous ouvrez les paupières. Les paupières au sol, pour ne pas voir la lumière directement. Je me rends compte je me suis désocialisé, un temps, je me dis: « C’est le gaz », j’ai une fin de jouin dans la main. L’heure n’est pas très grave. Rien n’est grave mais je me lève. La sensation de n’avoir pas quitté le monde mais d’avoir simplement dormi, je me déplace, vers un éventuel café où, éventuellement, connaître du monde et parler. Parler de quoi d’abord? De ces crimes atroces qui appellent « Laeticia », comme j’écrase une larme. De la cérémonie royale que retransmettent les appareillages de radiodiffusion satellitaires remarqués du moment. Ouvrir la bouche pour proférer une opinion qui émeuve mes amis, maintenant, je tente une escapade pour l’heure, « Vous êtes comiques », sans me rendre compte du comique réel de la situation.

« Joe, Joe… » Ils se rendirent bien compte que je n’étais pas le même. Je n’avais pas le goût démocratique qu’on eût pu attendre de quelqu’un comme moi. A ce moment, en effet, dans le café dont je parle, des sergents-recruteurs matraquaient mes amis pour les envoyer au Kamtchatka où, disait-on, une révolution était en cours. « La bonne blague ! », m’écriais-je. Mais on m’assomma. Le corps fut transporté par d’immondes personnages. Le visage grotesque parlait le bien et le mal. Le réel s’enfonçait drôlement à y voir, à n’y voir rien même si le transport bifurquait, on prit des allées larges.

Le vingt-deux et quelque chose s’étire. En bas on écoutait de la musique. J’ai peur à épeler leurs noms. Je me suis imaginé tout à l’heure qu’on monterait. Finalement j’ai préféré descendre, continuer mon chemin en donnant des marques de mon amitié. Quelqu’un s’est assis près de moi et nous avons souri lorsque le mouvement fut intensif. Je me suis levé et j’ai bu de l’alcool. Je gardais le regard vers le sol, je discutais avec des pieds (…) j’ai fini par trouver la sortie.

Je commence seulement à comprendre que je me suis fait avoir. Tout à l’heure en me promenant dans le vestibule j’ai rencontré une dame qui m’a dit qu’elle sortait. Je l’ai vue en effet prendre la porte. La claquer. Lors je me suis approché du carreau de la fenêtre, le ciel gris, les nuages vites, les rues en angles. Ma main a fait le tour de la pièce pour vérifier que les murs étaient lisses. Mais il semble que la socialité de mes doigts a estompé la surface des murs. Je pourrais sortir. Je pourrais tenter de comprendre ce qui arrive dehors. Même si je ne sais pas lire. Il ne manque pas de référents. Je saurai ramener les choses en bon ordre.

La dodécaphonie et la nature

Olivier Messiaen disait de Pierre Boulez : “il n’a qu’un défaut : il n’aime pas la nature”. C’est un signe de ce que la musique atonale n’est pas “naturelle”. On peut s’interroger sur le rapport au “naturel” qu’on trouve chez certains auteurs, touchant la musique. Le rythme et la tonalité sont les deux axes sur lesquels se fonde la critique du sérialisme : l’absence d’un rapport simple empêche la compréhension, explique-t-on ici ; l’oreille ne pouvant dégager une tonalité perd tout repère, explique-t-on ailleurs.

Benoît Duteurtre est le héraut de cette conception et en dépit de l’estime que je lui porte, je ne vois dans sa critique de l’école postsérielle (”Requiem pour une avant-garde, paru en 1995 et complété en 2000 du dossier de la polémique suscitée par sa publication) qu’un pamphlet politique ou institutionnel, s’appuyant essentiellement sur la méconnaissance qu’a le grand public de la création musicale actuelle afin de flétrir indistinctement les individus, leur oeuvre, leur carrière professionnelle. Avec pour principale cible, monsieur Boulez.

Il convient de réagir contre l’habile manoeuvre du musicien et roimancier car, si la critique de l’institution est pour partie justifiée, elle est incomplète et orientée vers une cible définie d’avance. La critique de l’esthétique, elle, n’est pas assumée en tant que telle. L’auteur prétend ne pas juger de l’esthétique des oeuvres elles-mêmes. Il ne cherche pas moins à les invalider et ce, précisément sur le plan de l’esthétique.

Pour Benoît Duteurtre et pour beaucoup de gens encore, il y aurait une frontière entre ce qui est “naturel ” et ce qui ne l’est pas dans le domaine de l’acoustique. Ils en appellent au patrimoine mondial et évoquent l’universalité du principe de la gamme et de la tonalité (fût-ce un système modal). Il y a bien des à peu près dans cette vision étriquée du patrimoine mondial mais “il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre”, comme dit l’adage. On vante chez les Africains le sens du rythme, on réduit l’Amérique du Sud au tango et aux rythmes afro-cubains ; on ne voit pas la spécificité du système musical indien, qui emploie couramment 22 divisions et non 12 ; on méconnaît sérieusement la musique rituelle tibétaine et d’autres traditions a-tonales, c’est-à-dire : qui ne s’appuient pas tant sur une échelle de hauteurs que sur des rapports de timbres.

Quand bien même aucune tradition n’attesterait une émancipation hors de la sphère des rythmes fixes et de la sphère d’une tonalité ou d’un mode, je ne saisis pas bien quelle interdiction cette carence de la nature représenterait, en soi. Pour bien se saisir de la fausseté de cet argument, il me semble opportun de passer de suite à l’argument suivant : la musique sérielle n’offrirait pas de repères. Je reviendrai ensuite sur les implications “philosophiques” de la série dodécaphonique, telles qu’il me semble les percevoir aujourd’hui.

On n’entend pas la série. Cette caractéristique de la musique sérielle est le point où se retrouvent nombre de ses opposants. La musiue sérielle serait un concept abstrait, mathématique, délié du fait de perception. Pourtant, à consulter les écrits des principaux compositeurs sériels, de Schönberg et Webern à Boulez et Stockhausen, on note une attention constante à la “compréhension” chez les uns (Schönberg, Webern), à la dialectique matériau et structure chez les autres (Boulez en particulier). La musique sérielle a initié une réflexion “de fond” sur la forme. Mais cette révolution acoustique, si l’on excepte quelques pages maladroites ou excessives, comporte de si belles pièces qu’on ne peut que s’étonner tant de rage s’abattre sur le principe d’atonalité. Car enfin, qui aujourd’hui contesterait la validité du Pierrot Lunaire de Schönberg ? Même Le Marteau sans maître était considéré comme une réussite par Nicolas Ruwet, qui fut l’un des opposants au sérialisme parmi les plus farouches.

Comment un système invalide peut-il produire des oeuvres valides ? Car, au-delà des questions de goût personnel, le système sériel a produit des oeuvres d’une haute tenue et qu’il est difficile (ou irresponsable) d’ignorer : Moise et Aaron, la Suite lyrique, les Chants du prisonnier, Adieu, Circle, Points on a curve to find, etc. pour ne citer qu’un petit nombre d’exemples concrets, sont des oeuvres abouties, non des monstres de laboratoire.

La problématique sérielle se trouve énoncée dans les termes les plus simples par Anton Webern dans ses conférences de 1938 : ce qui est important, explique le musicien, c’est la compréhension. La méthode dodécaphonique est le moyen d’accroitre la cohérence - et donc la compréhension - des éléments qui constituent l’oeuvre. Identifiant la cohérence à la compréhension, Webern donne à ce mot une valeur extrêmement forte. Et, à lire Webern ou même Boulez, quarante ans après le “sérialisme généralisé”, on se rend bien compte que la série n’est pas un idéal structurel omnipotent mais un moyen technique.

Les choses ne s’arrêtent pas à la série. Les choses commencent à la série. Au commencement, il y a eu la série. Mais au commencement de quoi ? Un contemporain de Schönberg était Ferdinand de Saussure. On sait aujourd’hui quelle “crise” conceptuelle a traversé le linguiste, qui a voulu repenser le langage à parties de catégories nouvelles.. Au coeur de la pensée saussurienne, cette pensée a été relevée par Jean Starobinsky : “Le hasard crée ce qui deviendra significatif”.

Les choses ne sont pas nées pour servir l’homme, même les choses humaines. La pensée saussurienne intègre l’accident, non comme un cas d’exception mais comme le fondement même du langage. La musique sérielle, en adoptant un système où intervient un élément arbitraire fort, s’est ouverte à l’accident.

Le compositeur en dodécaphonie n’a plus la main sur le système des hauteurs. S’il l’a, c’est toujours sous la contrainte de cette “série” qu’on n’entend jamais ! Mais elle toujours là et le mélomane un peu curieux devrait s’interroger : comment est-elle “toujours là” ?

Je rappellerai très rapidement certaines évidences : une série possède des caractéristiques. Une série peut être choisie arbitrairement : elle développera alors un certain nombre de caractéristiques mais aussi une dimension accidentelle forte ; elle peut être construite en vue de lui donner la plus grande cohérence : c’est ce qu’on trouve notamment chez Webern.

Chez Webern, on a les fameuses “séries isomorphes” : la série est divisée en trois groupes de quatre notes ou quatre groupes de trois notes qui observent les mêmes intervalles ! Cette figure-là est évidente : sa logique ne relève ni du système tonal ni de “la série” mais de rapports privilégiés, c’est-à-dire de figures qui, nées de la série, vont exister et évoluer dans l’oeuvre. Ce sont ces figures qui sont audibles, perceptibles et qui créent la dynamique de l’oeuvre. Tout l’art de la dodécaphonie est d’entretenir au mieux ces réseaux de relations, de les faire jaillir de la masse amorphe de la série.

Car la série comme la réalité est une masse amorphe. Et nous voyons que la dimension technique et la portée philosophique de la série s’entrechâssent sérieusement puisque cette contrainte (cet axiome, devrait-on dire) qu’est la série institue un rapport nouveau au fait musical. Webern n’a jamais conçu cette dimension accidentelle ; ses successeurs, de Cage à Boulez, l’ont fait. La série, parce qu’elle institue des rapports non souhaités par le compositeur, est une lutte de chaque instant et un exercice de la volonté sur quelque chose qui lui échappe radicalement.

Le total chromatique menace en permanence de tout venir brouiller. On comprend combien est essentielle dans un mode de composition la dialectique du déterminé et de l’indéterminé. Mais le plus remarquable est que la série, en contraignant les rapports de hauteur, a amené les compositeurs d’après 1945 à développer un travail sur le son dans ses différents aspects. La généralisation de la série a été le départ d’un travail extrêmement resserré impliquant acousticiens et musiciens, travail dont témoigne (entre autres) l’Ircam aujourd’hui.

Le problème n’est donc pas, pour la musique, de relever d’un système naturellement valide. Le caractère arbitraire des systèmes musicaux est au final à peu près égal. Par contre, la perception est un fait essentiel. S’il a été méconnu à des heures au profit d’une quelconque arithmétique, d’autres oeuvres montrent la voie d’une compréhension élargie du fait musical. La musique, aujourd’hui, repose bien, comme écrivait Boulez il y a quarante-cinq ans, sur des “univers relatifs”.

Avec l’arc noir, poème

Avec l’arc noir, poème

C’est une structure de dire le langage se réflexe. On a certainement raison.

Pour une linguistique générale, on privilégiera une inadéquation des forces.

On a certainement raison. Mais il faut voir.

Le langage se réflexe ! Le langage se réflexe ! Braderie.

L’indiscipline locale. Indiscipline localisée.

Avec l’arc noir, poème sera présenté au Salon du livre Midi-Pyrénées à Toulouse, les 15 et 16 novembre prochains. En perspective : un gros volume incompressible de 440 pages - dont 40 de griffons. Et le reste ?

Perspectives sérielles

Le salon du livre Midi-Pyrénées sera l’occasion pour le Chasseur abstrait de présenter ses dernières publications, à Toulouse les samedi 15 et dimanche 16 novembre. Je serai présent le dimanche - c’est un jour que j’aime bien - et participerai vers 10h à un “café littéraire” sur une thématique encore secrète, au final elle ira à la sériosphère.

Centre Pierre Baudis
11, esplanade compans caffarelli (31000) Toulouse

Infos complémentaires : http://www.actualitte.com/actualite/5557-s…nees-vivons.htm

A part ça, le numéro zéro permanent de la Revue d’études sérielles est en ligne :

http://pagesperso-orange.fr/etudes.serielles/

La sériographie ne se calmera pas. Ce Salon du livre est l’occasion de présenter deux nouveautés :

- Avec l’arc noir, poème - 440 pages de structures sérielles dérivées [dont 40 pages de griffons]. Un commentaire sur toile ignifuge, encre et charbon.

- L’intérieur extérieur, nouvelles de la réalité. Une série de récits relatifs à ce qu’on peut savoir de la “réalité” (120 p.).

Toutes choses qui seront disponibles sur amazon et en consultation partielle sur Google Books. Pour ceux qui ne pourraient se rendre à Toulouse le week-end prochain, on conseille de suivra l’actualité de la Ral,m, qui présentera le projet dans son presque ensemble.

http://www.artistasalfaix.com/revue/

Tautologie

Ecole conceptuelle.

Acheter une brouette et une roue, les appeler « Tautologie ».
Ecrire encore la brouette. La brouette désignant l’imaginaire: il n’y a pas à chier dessus - là-dessus. La brouette (un objet du jardin) (outil pour transporter la pierre, la terre, etc.)


Dictionnaire.

C’est l’idée initiale de la brouette qui m’a conduit au dictionnaire. Historiquement, il faut savoir que j’ai toujours été contre le dictionnaire. Non que j’aie promu la destruction de tous les dictionnaires, ou même que j’aie refusé d’en employer un. J’en ai plusieurs et je les consulte à dessein. Mais il faut mépriser le sens du dictionnaire, et sa prétention à légiférer sur nous. Ainsi de la brouette.

Série.

C’est une série de tautologies (<< paroles pour chacun de nous vieillards») qui seraient juxtaposées. Parmi elles, Emmanue( e) et la brouette.

Tautologie égale métrique.


ln situ.

S’asseoir à la table de jardin: il fait doux aujourd ‘hui mais le ciel est couvert de nuages clairs et l’on peut craindre qu’il ne pleuve. J’ai reçu une goutte quand je suis sorti, une autre un peu plus tard, lorsque j’étais assis j’ai senti sous moi des gouttes légères, qui m’ont fait douter qu’il plût vraiment. Il y avait tout un jeu avec la lumière du soleil, parfois atténuée par la présence de nuages, perçant parfois le rideau des nuages pour retrouver, l’espace d’un instant, son éclat: l’air se réchauffait alors.

Résolution (métrique).

« Ce sont des écritures du fragmentaire. Il n’y a pas à s’y complaire. C’est un passage …
Passage fragment merde! »

Rosa.

Un jour ou l’autre il vous vient un rire qui vous fait écrire « Rosa ». Et ce n’est pas Rrose Selavy ce n’est pas Rosa Luxembourg (quoique ce pourrait être Rosa Luxembourg, des balles dans la peau dans mes bras), c’est un nombre précis de semaines après avoir acheté une sorte de livre, compilation de toutes sortes d’essais de poèmes de tableaux et de dessins, pourquoi manquaient les partitions, sur le thème de la rose; peut-être, à moins que ce ne soit à cause de Rosa Luxembourg.


Lulu.

Il est un peu plus de six heures, l’orage éclate de derrière l’orchestre à la radio qui joue Lulu de Berg. Et l’orchestre se calme et l’on entend la pluie diffuse dehors. Le thème de Lulu reprend et on entend encore la foudre mais plus loin à ce qu’il semble. A côté de moi une bouteille thermos à demi-remplie de café, et quand j’ai pris conscience que le temps se mettait à l’orage, j’ai pensé prendre une tasse. Comme il fallait que je me déplace puisque j’en suis encore à mettre du sucre dans mon café, j’ai fermé toutes les fenêtres de la maison et je me suis dit que c’était un vrai rituel cela. Je me suis assis sans penser à prendre un morceau de sucre pour le café, ce qui m’a obligé, plus tard, à me relever. Et je suis retourné à la cuisine et je suis resté un moment à la fenêtre, la seule que je n’avais pas fermée, après l’avoir écrit de sorte que le passé de l’écriture serait mon futur immédiat; et je me verse une tasse de café.

Planification.

L’orage a cessé. L’heure était celle de manger donc j’ai mangé. Et j’ai allumé la télévision pour regarder, avec un très grand intérêt, une enquête policière où un père prostitue sa fille à son employeur. Mais la fille abat l’employeur qui s’était « amusé avec » elle toute la nuit. C’est ici que l’enquête commence. Série de questions et de réponses. L’inspecteur enquête auprès d’un éducateur: « un père qui a certainement abusé d’elle».

Cuisine.

En marchant, passé la porte de la cuisine, j’étouffe un rire pleur à l’odeur qui a empli la cuisine, et qui remonte très loin en arrière dans le temps. Ce qui provoque un retour. Je retourne mais dans la cuisine. Alors je me retourne et je survole la table, ce qui est écrit sur le papier et le feuilleton qui se poursuit :

Nolte a été tué. Et l’homme qui l’accompagnait cherche à se faire couvrir par sa femme, en même temps qu’il lui avoue des choses invraisemblables (qui ne sont pas dîtes). Toujours à un moment, un bar, une boîte de nuit. Et un éducateur qui donne la leçon du monde. Parle le dos tourné à son interlocuteur. Puis debout il se prend la tête dans les bras, les coudes sur la table, posée contre le mur (maintenant l’inspecteur et lui sont dans une loge jaune). Le corps cassé en deux, il parle encore une ou deux minutes dans cette position, puis il se redresse, se tourne vers son interlocuteur qui l’interrompt.

Finalement.

Le meurtre a été résolu. Quelque chose de très triste est arrivé. Cela me rappelle une scène ancienne où un homme se tirait une balle dans la tête, à l’aide d’un fusil de chasse. Ce qui n’est pas pratique.
Réalités contestées. « Arrière, arrière!
» Il faudrait être plus qu’absolument, postmoderne.
Ce qui est observer, gérer la circulation des valeurs dans un cadre évolutif.
Il
y a eu cette scène où tout s’est retourné, renversé, c’est-à­dire que l’intrigue s’est résolue, comme si un événement avait vraiment eu lieu.
Mais rien, de tout cela, n’est avéré.
Je me moque pas mal du travail qui me reste à boucler. Je « flotte
», sériellement tout s’oppose à une « construction ».

Ecole conceptuelle.

Sur sa jeunesse, François Morellet a cette phrase: «Je n’avais alors aucun goût pour le “mal foutu” que certains appellent “sensibilité d’exécution” ». Et, à la fin de l’entretien qu’il a accordé au magazine d’un musée d’art moderne parisien: « Je vais très bien maintenant. Merci. »

Perfonnance (rétrospective).

Chris Burden se fait tirer une balle dans le bras par un ami.

Tire sur un avion à la sortie d’un aéroport. Reste plusieurs jours enfermé à l’intérieur d’une consigne dans une grande gare. Chris Burden provoque une décharge électrique contre sa poitrine, se fait pendre par les pieds lors d’une performance publique jusqu’à ce que quelqu’un coupe la corde. Chris Burden tombe. Ou il s’expose lui-même dans un lit, s’abstenir de manger et de boire le temps d’un salon. Une expérience des limites, le plus souvent des expériences du corps. Le corps et le danger: une artiste dont je n’ai pas retenu le nom, à Paris, se faisait déverser des seaux de vers sur le visage. L’événement (happening) est filmé. D’où le problème de la valeur de ces documents (films, photographies). Et c’est le moment de pensée précis où l’on retourne à la problématique conceptuelle du support, pour s’apercevoir qu’on a été le jouet de véritables manipulations mentales.

L’émotion poétique en question

Que peut faire l’émotion en matière de poésie ? Nous dresserons ici un inventaire par habitude inexhaustif. Nous verrons dès lors les larges perspectives que permet de considérer l’intégration de la fonction émotionnelle dans la production et la réception de textes dont la structure est manifestement celle d’un poème.

L’émotion, ce grand hangar aux millions de ficelles, n’est-elle pas d’ailleurs le révélateur même de pareilles structures (qui ne se manifestent pas si aisément, comme on sait ?) Il ne s’agit pas que de ficelles, bien sûr : n’omettons pas de mentionner les paquets, résolution même du poème, les gros colis qui s’entassent, les caisses de bois enfin, qui s’accumulent vertigineusement.

< L’émotion poétique est redevable d’une certaine hauteur de plafond >

Il faudrait encore avoir de l’émotion poétique (autrement appelée EPO) l’image d’une échelle de petite taille. Nous offrirons au lecteur une large gamme d’échelles car on se rappelle, dans les ateliers d’antans, ces petites échelles de bois fixées aux murs, permettant d’atteindre les casiers les plus élevés. L’atelier est moins haut de plafond que le hangar mais cela ne nuira pratiquement pas à la structure de l’émotion poétique.

L’émotion poétique est une asperge.

Que vient faire une asperge dans notre atelier, qui lui-même jouxte un hangar dix-sept fois plus haut que lui ? Mais peu de choses, sinon signifier l’émotion elle-même. Car, si l”on y réfléchit un instant, nos constructions ne permettent pas de rendre l’exacte beauté qui émane de l’émotion pure, tandis que l’asperge dans sa simplicité rayonne et illumine l’espace du regard en sorte qu’une série de stimuli adroitement orientés par la légère courbe de l’asperge dégagent à eux seuls l’impact ! l’escalade ! la sensation de l’émotion crue-nue.

Les éléments semblent épars, ils s’amalgament mal ! Nous ne les retiendrions pas sans une batterie de casseroles. J’allais au marché assez régulièrement à une certaine époque, je nageais dans la foule, heureux et même béat. L’émotion, c’était là, le dimanche, qu’on la vendrait à la criée. Et j’en ai encore quelques sachets dont la date de péremption a été effacée, effacée par le temps. Je la tiens dans ma main, la fourre dans ma poche. L’émotion, je sors me promener avec.

Ce ne sont là, bien entendu, que des aspects épars d’une question déjà réglée par l’analyse structurale et ses colonnes sérielles.