lechasseurabstrait.com
mensuel

tous les 15 du mois

dimanche 06 juillet 2008
Revue d’art et de littérature, musique
Directeur: Patrick CINTAS
Éditeur: Le chasseur abstrait

Entretien avec Jean-Claude CINTAS

8 textes de Hiboux 68 à écouter gratuitement.
Musique de Patrick CINTAS.

Galerie de tableaux de Valérie CONSTANTIN.

Hiboux68 est une lecture, ta lecture de textes de Robert Vitton sur une musique de Patrick Cintas. La première question qui vient à l’esprit  : un poème ne se suffit-il pas lui-même ?

Aux Journées Poésies de Rodez, en mai 2008, sur le stand du Chasseur Abstrait Editeur, où j’étais présent pour présenter mon recueil "50 chantpoèmes", une jeune fille, guitare dans le dos, élève de l’école de musique, avec laquelle nous parlions, finit par couper court à la discussion qui se tenait entre poètes et visiteurs et d’un ton péremptoire asséna du haut de ses 18 ans : « L’écrit se suffit à lui-même !  » Point final. La messe était dite ! Plions bagages et rentrons au bercail. En fait, j’étais en train de leur présenter le Cahier de la RAL,M n°7 « Dire le texte » (qui s’arrachait comme des petits pains) et qui justement était accompagné d’un CD comportant 8 heures de lecture de textes et de musique que les auteurs du Chasseur Abstrait Editeur avaient enregistrés. Interloqué, j’ai pensé un instant lui rétorquer : « Une musique ne se suffit alors que dans son écriture, dans sa partition ?  ».


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Photo ©Valérie Constantin: Jean-Claude Cintas et Robert Vitton

 

Le prochain chapeau sera consacré à un entretien avec l'écrivain François RICHARD, auteur d'un livre publié par Le chasseur abstrait: LOIRE SUR TOURS.

Loire sur Tours

Deux passions illuminent l’oeuvre de François RICHARD : la langue et le texte. Ses livres proposent toujours un parcours à la fois lyrique, — don de la langue, et narratif, — art de l’expérience. LOIRE SUR TOURS est étrangement fluide, vrai et faux, facile et complexe, phlogistique de l’égarement et de l’équilibre, mais aussi solide qu’un métier arraché à l’existence. Les photographies de Christophe LAURENTIN s’appliquent avec non moins d’étrangeté romanesque à cet itinéraire soigneusement mis en page.

 

François RICHARD
©christophe laurentin
François RICHARD publie chez nous Loire sur Tours, beau récit poétique illustré par les photographies de Christophe LAURENTIN. Il a publié chez Voix éditions Vie sans mort et chez Le Grand-Souffle à Paris Esteria.

François Richard est éditeur chez Caméras animales. On lira avec intérêt l’entretien que lui et son frère Matthias m’ont accordé.

Il faut absolument lire ses trois livres comme un ensemble en constante respiration. C’est un inventeur, ce qui le distingue nettement du commun des mortels.

Christophe LAURENTIN
©christophe laurentin

Christophe LAURENTIN a publié avec succès (3000 exemplaires vendus) un livre de photographies J’ai une âme à Paris avec l’écrivain Sun Axelsson (Fischer & Co -Stockholm- 1990).

Il est aussi, plus que l’illustrateur, le compagnon de voyage de François Richard dans Loire sur Tours où ses photographies jalonnent un itinéraire précis.

Son blog est un hommage à la photographie.


LETTRES VAGABONDES

de
Benoît PIVERT

Benoit Pivert


 

Voici un espace d'auteur qui a atteint sa maturité. C'est un livre. Le projet est en tout cas sur la table.

"Confiné cet été par un ciel inclément dans une demeure qui n’était pas mienne et condamné à explorer les rayonnages d’une bibliothèque qui m’était étrangère, je me vis - la chose n’était pas advenue depuis l’époque des pensums scolaires et universitaires - dans la nécessité de me plonger dans des livres que je n’avais pas choisis," écrit Benoît PIVERT.

Il est temps de montrer le travail accompli dans les "espaces d'auteurs". Ainsi de Serge MEITINGER, de Nacer KHELOUZ, de Robert VITTON, de Pascal LERAY. D'autres espaces continuent de se développer au fil des mois.

Si vous souhaitez participer à ce travail en ligne, n'hésitez pas à contacter la rédaction. Écrivez pour empêcher les autres d'écrire.

Voici donc pour commencer "Les Lettres vagabondes" de Benoît PIVERT et l'édito qui marqua d'abord cette recherche intense.

 

JOUIR DE SA DOULEUR
par Benoît PIVERT

Confiné cet été par un ciel inclément dans une demeure qui n’était pas mienne et condamné à explorer les rayonnages d’une bibliothèque qui m’était étrangère, je me vis - la chose n’était pas advenue depuis l’époque des pensums scolaires et universitaires - dans la nécessité de me plonger dans des livres que je n’avais pas choisis.

Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, je partis à la découverte d’une bibliothèque qui faisait honneur à son propriétaire car y étaient représentés à peu près tous les continents et tous les siècles.


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Une odeur de cadavre et d’encens
Josef Winkler et l’Autriche
Benoît PIVERT
Pour beaucoup de lecteurs français, la mélancolie suicidaire dans la littérature autrichienne demeure avant tout bourgeoise, citadine et fin de siècle. Pour ces mêmes lecteurs, la campagne autrichienne apparaît volontiers innocente et radieuse, préservée des miasmes délétères, saine et vivifiante comme l’air pur des alpages. C’est l’un des mérites de l’œuvre de Josef Winkler que de faire table rase de tous ces clichés.

Le prix Nobel de littérature décerné cette année à Elfriede Jelinek est venu rappeler à ceux qui l’avaient oublié que malgré la mort de Thomas Bernhard la littérature autrichienne n’a rien perdu de sa vitalité même si, au grand dam de ses représentants, elle est, à l’instar de la littérature helvétique, trop souvent confondue avec la littérature allemande.

Parmi les œuvres les plus originales en provenance de cette République aux paysages de carte postale se détache celle de Josef Winkler, né en 1953 dans un village des Alpes de Carinthie, dans le sud de l’Autriche. En quelques romans, Winkler est parvenu tout à la fois à se forger un style reconnaissable entre tous et à récolter - outre la haine des paysans carinthiens - quelques prix littéraires[1] prestigieux en dépeignant dans une langue baroque où flotte en permanence une odeur de cadavre et d’encens une Autriche profonde, catholique, arriérée et cruelle dans laquelle tous les sentiers conduisent à la mort.


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Madame Rachilde
homme de lettres et reine des décadents
Benoît PIVERT
Tous les ingrédients de l’univers rachildien sont présents dès ce premier roman qui fit grand bruit lors de sa sortie : l’héroïne sera désormais le plus souvent une femme qui refuse l’asservissement au mâle et déploie des trésors de perversité cérébrale pour plonger au fond du gouffre afin d’y trouver du nouveau...

Rares sont les écrivains qui eurent l’heur d’échapper aux foudres littéraires de Léon Bloy, auteur des Propos d’un entrepreneur de démolitions[1]. Rachilde est de ceux-là. Mieux, elle peut s’enorgueillir d’avoir reçu les hommages de l’intraitable critique. Faut-il y voir la marque de la sympathie née d’une commune ascendance périgourdine ou bien plutôt l’estime d’un rebelle pour l’un des esprits les plus libres de son temps, auteur d’ouvrage aux titres aussi sulfureux que La marquise de Sade[2] ou L’heure sexuelle[3]. L’admiration de Léon Bloy n’a pourtant pas permis à l’écrivain d’échapper à l’injustice de la postérité. Sans doute Rachilde eut-elle grand tort de prendre parti contre Dreyfus et de se laisser aller à écrire Pourquoi je ne suis pas féministe[4]. Dans l’univers des lettres, davantage encore que devant le tribunal de l’histoire, il y a des crimes qui ne pardonnent pas. Pourtant, à l’heure où la mode est aux gender studies [5]et à la réflexion sur l’identité littéraire et sexuelle, il semble urgent de redécouvrir l’itinéraire hors du commun d’une femme dont l’œuvre, admirée d’Oscar Wilde, de Louis II de Bavière et Kafka, est là pour rappeler qu’en littérature pas plus que dans la vie la transgression n’est l’apanage de l’homme.


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Jacob Israël De Haan
ou l’assassinat d’un poète
Benoît PIVERT
Bien que l’assassinat de De Haan soit considéré aujourd’hui comme le premier meurtre politique commis en Palestine, cela n’a en rien contribué à faire connaître l’homme comme en témoigne le flou qui entoure jusqu’à l’orthographe de son nom.

Jérusalem, 1924. Jacob Israël De Haan, juriste et poète, est assassiné. Cela aurait pu faire figure de simple fait divers n’eût été la personnalité hors du commun de la victime, à la fois juif ultra-religieux et amoureux des jeunes Arabes, farouchement attaché à la terre d’Israël mais ennemi juré des sionistes qui en ce début du XXème siècle s’apprêtent à y fonder un Etat.

 

 L’itinéraire de l’homme est des plus sinueux. De Haan, né en 1881 à Smilde aux Pays-Bas d’un père rabbin a commencé par rompre avec le milieu familial en épousant une femme médecin de neuf ans son aînée et en affichant un athéisme virulent. Pourtant, lorsque les Britanniques proposent en 1917 la création d’un foyer national juif en Palestine, il s’enflamme pour la cause et gagne en 1919 la terre d’Israël où il professe un sionisme sans concession pour la population arabe. Peut-être déçu de ne pas être parvenu à conquérir dans les rangs sionistes la place à laquelle il aspirait, De Haan se tourne alors vers le parti ultra-religieux Agoudat Israël dont les membres sont prêts à s’allier avec les Arabes pour empêcher la création d’un Etat juif avant le retour du Messie...


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Benoît PIVERT
FLANNERY O’ CONNOR, LA SOLITAIRE DE MILLEDGEVILLE
Correspondances
« J’écris tous les jours mais, pour Dieu sait quelle raison, la mayonnaise n’a pas encore pris. S’il vous plaît, priez pour qu’elle prenne. Parfois, cela n’arrive pas »

C’est peut-être une curiosité malsaine qui m’a poussé à me plonger dans la correspondance de la romancière et nouvelliste américaine Flannery O’ Connor. Je connaissais et j’appréciais son œuvre de fiction, les portraits grinçants de ses personnages, le décor du Sud des Etats-Unis hanté par des prédicateurs ambulants, des petits blancs ségrégationnistes et quelques illuminés à qui le soleil et les prêches avaient tapé sur la tête.

De l’auteur, je ne savais pas grand chose si ce n’est qu’elle était catholique, qu’elle ne s’était jamais mariée et qu’elle était morte seule dans d’atroces souffrances, recluse dans sa ferme d’Andalusia à Milledgeville (Géorgie), emportée à trente-huit ans par un lupus érythémateux qu’elle savait incurable et qui avait déjà emporté son père. D’elle, je ne connaissais qu’une photo, reproduite par tous les éditeurs, sur laquelle on la voit rayonnante et espiègle, avec un sourire à l’américaine, un rouge à lèvres un peu trop vif et un tailleur un peu vieillot. Cette photo en soi était déjà un mystère. Comment cette femme trouvait-elle encore la force d’adresser un sourire radieux à l’objectif, de faire bonne figure alors qu’elle se savait condamnée ? Etait-ce l’impératif catégorique du Keep smiling ou l’énergie hors du commun d’une femme décidée à ne pas se laisser abattre, fût-ce par un diagnostic sans appel ? Ce n’était là qu’une interrogation parmi tant d’autres car la vie de cette femme dans sa brièveté et sa souffrance ne manque pas de susciter la curiosité. Peut-être ma question première fut-elle la projection d’une angoisse toute personnelle : trouverais-je la force d’écrire si je me savais condamné et si oui, quelle serait la matière de mes livres ? Réussirais-je à sublimer ma souffrance ? Flannery O’ Connor y est de toute évidence parvenue. J’ai lu quelque part qu’elle avait écrit jusqu’au bout, que sa créativité avait résisté à la maladie. C’est en soi déjà un sujet d’étonnement mais n’est-il pas plus étonnant encore que cette femme qui, coupée du monde par la maladie, qui n’avait pas connu d’hommes et que l’on dit vierge ait pu dépeindre ce qu’elle n’avait pas vécu et un monde dont elle ne connaissait guère que les limites de sa propriété ? On pourra toujours invoquer le foisonnement de l’imagination féminine ; la créativité recèle décidément bien des mystères. C’est ces mystères que j’avais quelque espoir d’élucider en ouvrant L’habitude d’être, volume dans lequel Sally Fitzgerald a réuni des extraits de la correspondance de Flannery O’ Connor.


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Léon Bloy, les leçons d’un entrepreneur de démolitions
Benoît PIVERT

Léon Bloy (1846-1917) s’est-il attiré, par l’effet de quelque secrète justice, l’ingratitude de la postérité en se décernant lui-même le titre de « mendiant ingrat » ? Toujours est-il que l’écrivain fait partie de ces quelques maudits qui, dans ma jeunesse, ne trouvaient place dans aucun manuel scolaire et qui, aujourd’hui encore, en sont toujours exclus comme si aucun espace, ne fût-ce qu’une simple mention ne leur revenait dans l’histoire de la littérature française. Quels ignobles péchés faut-il donc avoir commis pour se voir fermer ainsi les portes des recueils de morceaux choisis ? Pour une école qui se veut laïque, peut-être Léon Bloy n’est-il qu’un assommant cagot, à moins que l’école de la République ne lui pardonne guère de n’avoir porté aux nues précisément ni la République ni le suffrage de la multitude.

Certes, beaucoup ont fini comme moi par découvrir Léon Bloy un jour au hasard des rayonnages d’une bibliothèque et Léon Bloy compte, je le sais, parmi ces écrivains qui, par le biais du bouche à oreille, suscitent des cercles d’inconditionnels mais il est néanmoins regrettable que la jeune génération continue à être privée de la découverte d’un écrivain dont elle aurait pourtant tant à apprendre, que ce soit à travers son journal, ses volumes de critique littéraire tels que Belluaires et Porchers ou encore ses romans comme Le désespéré.


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Renaud Camus, un anticonformiste conservateur
Benoît PIVERT
Sans doute peut-on classer Renaud Camus parmi ceux qu’un hebdomadaire avaient nommés « les nouveaux réactionnaires ». Malgré l’union improbable des termes, il apparaît comme un « anticonformiste conservateur ».

Renaud Camus voyage. Celui qui depuis des décennies s’était, dans son journal, fait le peintre amoureux des beautés de la France profonde, entre églises oubliées et châteaux enchanteurs, entraîne aujourd’hui ses lecteurs sur de nouveaux sentiers. Le Journal romain 1985-1986 et son prolongement Vigiles – Journal 1987 avaient déjà été l’occasion d’arpenter Rome et l’Italie en compagnie du locataire temporaire de la Villa Médicis. Plus récemment, une invitation lancée par l’ambassade de France en Corée a inspiré à l’écrivain ce titre mystérieux Corée l’absente : journal 2004. Afin de ne pas gâcher au lecteur la découverte de ce dernier tome du journal, nous avons choisi de l’entretenir ici de l’année précédente, 2003, qui avait conduit Renaud Camus en compagnie de son ami, Pierre, vers les bruyères et les brumes de l’Ecosse, souvenirs consignés dans un volume intitulé Rannoch Moor[1], en mémoire de la lande de Rannoch serpentant parmi les lochs endormis.

 Ce qui aurait pu n’être que le récit d’une villégiature estivale devient ici rapidement un pèlerinage littéraire. S’engager sur les traces de Renaud Camus, c’est pour le voyageur avoir l’assurance d’un guide érudit qui commente savamment les lieux chargés d’histoire. Dans Rannoch Moor, l’écrivain entraîne le lecteur-voyageur tout d’abord à travers l’Angleterre, en choisissant soigneusement ses haltes en fonction de leur patrimoine littéraire. Entre le Kent et le Sussex, c’est tout d’abord Rye où Renaud Camus se met en quête de la demeure de Henry James. Après la traversée de l’Est du Sussex, l’écrivain fait une pause près de Burwash afin d’y visiter la maison de Kipling.


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Etrangère parmi les siens
Else Lasker-Schüler à Jérusalem
Benoît PIVERT
Au-delà des expériences communes à tous les exilés, l’histoire d’Else Lasker-Schüler présente un intérêt spécifique lié à l’itinéraire particulier de l’écrivain, à sa personnalité hors du commun ainsi qu’à son judaïsme.

Il est des exils que l’on choisit et d’autres que la vie vous impose. Else Lasker-Schüler (1869-1945) en qui Gottfried Benn voyait la plus grande poétesse de langue allemande a connu les deux. Après avoir déserté le monde confortable de la bourgeoisie pour émigrer dans la bohême berlinoise et y vivre déguisée en Orientale, Else Lasker-Schüler, que ses origines mettaient en péril, décida en 1933 de quitter l’Allemagne pour la Suisse. C’est au cours de cet exil de six ans qu’à l’invitation d’un couple de mécènes, elle se rendit pour la première fois en 1934 dans cette Terre promise où la conduisait depuis toujours son imagination poétique. A l’occasion d’un troisième périple en 1939, en raison de la situation politique internationale, Else Lasker-Schüler, se vit refuser par la Suisse son visa de retour. Ce qui devait n’être qu’un voyage devint un autre exil. A soixante-dix ans, celle qui se considérait comme la lyre du peuple juif fut donc contrainte de s’établir en Palestine, de recommencer une nouvelle vie dans ce pays qui lui avait inspiré tant de livres depuis les Ballades hébraïques[1] (1913) jusqu’au Pays des Hébreux[2] (1937).

Au-delà des expériences communes à tous les exilés, l’histoire d’Else Lasker-Schüler présente un intérêt spécifique lié à l’itinéraire particulier de l’écrivain, à sa personnalité hors du commun ainsi qu’à son judaïsme.

Dans la biographie d’Else Lasker-Schüler, la Palestine apparaît comme le dernier rêve brisé d’une femme déjà malmenée par la vie. L’exil fut comme un coup de grâce, une invitation à fuir hors de ce monde que reflète la tonalité nettement religieuse des derniers poèmes.


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Ingeborg Bachmann, le désespoir en sourdine
Benoît PIVERT
...si le soir fatidique l’écrivain n’avait pas choisi de mettre fin à ses jours, son intoxication quotidienne était-elle autre chose qu’un suicide à petit feu ?

Il est des vies que la mort transforme en mythe. Ce fut le cas pour la romancière, nouvelliste et poétesse autrichienne Ingeborg Bachmann née le 25 juin 1926 à Klagenfurt en Carinthie. L’incendie de son appartement romain en septembre 1973 et la mort qui s’ensuivit firent couler beaucoup d’encre car Ingeborg Bachmann était considérée alors comme l’une des figures emblématiques de la littérature autrichienne d’après-guerre. Son œuvre avait été, du reste, couronnée en 1965 par l’attribution du prix Georg Büchner, plus haute distinction des lettres allemandes. Il convient de dire que les circonstances qui entourèrent sa mort étaient enveloppées d’un épais brouillard de mystère. On soupesa longtemps les thèses contradictoires de l’accident et, pour reprendre les mots de Stig Dagermann, celle de « l’accident de travail de l’écrivain : le suicide » – sans soupçonner qu’au fond les deux pussent être intimement liés.

On sait aujourd’hui que si l’appartement prit feu, c’est parce que l’écrivain, anesthésiée par la centaine de comprimés de tranquillisants dont elle s’abrutissait, ne sentait plus les brûlures lorsque sa cigarette tombait sur sa peau. Dans la nuit du 26 septembre1973, sa chemise de nuit prit feu et avec elle l’appartement, le nylon se fondit dans la chair et la femme de lettres fut admise à l’hôpital romain Sant’ Eugenio, un tiers du corps brûlé au deuxième et troisième degré. Voilà pour la thèse de l’accident.


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Vertus et limites de l’art
Benoît PIVERT
Si cette philosophie mérite le nom de « pessimiste », c’est qu’elle n’envisage à aucun instant le bonheur comme état durable possible mais tout au plus comme un intervalle bref entre la satisfaction du désir et l’émergence de l’ennui.

En 1974, le professeur Tomatis, spécialiste en oto-rhino-laryngologie, créait la surprise en déclarant lors d’un colloque à Paris[1] que l’audition régulière de concertos pour violon de Mozart était propre à soulager troubles du sommeil et dépression. La voie était ouverte à « l’audio-psycho-phonologie ». Le professeur Tomatis affirmait, en effet, que la musique de Mozart comportait des fréquences extraordinairement aiguës, bénéfiques pour le cerveau humain et qu’elle reproduisait dans ses rythmes les battements du fœtus dans le ventre de sa mère. Se fondant sur ces études[2], des scientifiques ne tardèrent pas à s’engouffrer dans la brèche et c’est ainsi que virent le jour aussi bien le Mozart Brain Lab de Saint-Trond en Belgique que des unités de soins diffusant des concertos de Mozart aux patients dans le coma ou encore aux femmes enceintes. A côté de ces « sonates sur ordonnance »[3], il semble qu’il soit aujourd’hui possible de prescrire dans le registre des médecines alternatives des cures de peinture et sculpture à consommer en musée. En octobre 2005, une étude publiée par la scientifique suédoise Britt-Maj Wikström du Karolinska Institutet de Stockolm[4] révélait, en effet, que « la contemplation régulière d’œuvres d’art dans des musées et les discussions qui s’ensuivaient avaient eu pour effet chez un échantillon de femmes septuagénaires de diminuer notablement la constipation et l’hypertension artérielle. » Au fil des mois, « leur état d’esprit devenait plus positif, plus créatif, leur tension repartait dans la bonne direction et elles prenaient moins de laxatifs[5] ». A titre de comparaison, cet effet était absent chez un autre groupe de dames d’âge tout aussi respectable qui s’étaient contentées de discuter de leurs passe-temps, et la scientifique de constater admirative : « la différence entre les groupes est vraiment considérable[6]. » De quoi relancer la discussion sur les vertus thérapeutiques de l’art qui, si elle n’est pas aussi ancienne que l’art lui-même, peut néanmoins se flatter d’avoir accaparé des philosophes et penseurs de renom. Parce que la liste serait trop longue, nous avons décidé de nous arrêter ici à Schopenhauer et Cioran qui ont fait des vertus de l’art l’un de leurs sujets de méditation favoris.


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Voilà les Lettres vagabondes de Benoît PIVERT. Un beau livre en perspective. Le chasseur abstrait est bien sûr sur les rangs.

Le mois prochain, nous présenterons Side effects de Nacer KHELOUZ, autre esprit remarquable.


FORUMS

Nouvelle rubrique


 

Voici quelques sujets de discussion essentiels. Pour participer, il suffit de nous envoyer vos débats. Le livre, l'auteur, les droits moraux et patrimoniaux, les éditeurs, les nouvelles pratiques, etc., les thèmes ne manquent pas. Soyez virulents.

Voir les conditions d'utilisation.

 

Le livre d’artiste
avec le CRL de Midi-Pyrénées
Patrick CINTAS
On peut raisonnablement penser qu’avec l’accumulation infinie des pages sur le réseau internet, les gens auront de plus en plus la tentation de payer leurs mots clés. Nous aurons alors le choix entre deux mondes, celui dont tout le monde parle, très cliqué, très lu, très cher, et celui - pas cliqué, pas lu et gratuit - qui n’intéresse personne. Sauf nous. Éric WATIER auteur de (cliquez)

Le 29 mai dernier, comme nous l’avions annoncé par communiqué de Presse, le Centre régional des Lettres de Midi-Pyrénées a organisé une Journée d’étude sur le thème du livre d’artiste. Le musée des Abattoirs de Toulouse a accueilli plus de soixante participants dans son auditorium Jean Cassou. Beau succès. Le livre d’artiste est à la mode, mais la mode n’est pas au livre d’artiste. Voyons voir.

 

Tire-lignes nº 1

La vie du livre en Midi-Pyrénées

Le CRL en profite pour lancer le numéro 1 de sa nouvelle revue : Tire-lignes qui remplace le navrant Mots de Cocagne. Design, format, rédaction, tout est nouveau et bien pensé. Le niveau aussi s’est élevé à la hauteur de l’attente des lecteurs. Les acteurs du livre s’y retrouvent pour former la trame du livre en Midi-Pyrénées. Hervé Ferrage, directeur du CRL, en est le rédacteur en chef. Directeur de la publication, Danielle Buys qui préside le CRL. À noter la présence de rédacteurs de qualité et l’accent mis sur les Lettres. En un temps où la Société des gens de Lettres ne compte plus dans ses rangs que de rarissimes femmes et hommes de Lettres, la place étant occupée par de trop nombreux auteurs de livres, et où le Centre national du livre s’éloigne fermement des Lettres sous la houlette des producteurs de livres un peu rapidement dénommés éditeurs, ce qu’ils ne sont évidemment pas, pas plus que leurs auteurs sont des écrivains, cet encouragement n’est pas à négliger.

« Quelques principes simples nous ont guidés, écrit Hervé Ferrage. Côté contenu, nous souhaitions donner plus de place à la vie et à la création littéraire en Midi-Pyrénées sans bien sûr négliger l’ensemble des métiers du livre et leur actualité. Nous souhaitions aussi lancer des passerelles vers d’autres arts. Côté forme, nous rêvions d’une revue plus aérée, plus sobre aussi et plus cohérente dans son graphisme, avec quelques partis pris originaux qui retiennent l’attention et invitent à la lecture. »


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FORUMS

en perspective


 

Le Centre régional des Lettres de Midi-Pyrénées ne s’en va pas t’en guerre, mais voici que depuis quelques temps il multiplie les rencontres sur les thèmes clés du livre comme le livre d’artiste, ci-dessus, qui ouvre les portes de l’Art et enfonce celle des bibliothèques et autres institutions obsolètes.

 

Le 9 juin, c’est sur le thème du "livre sans les écrivains" que s’est ouvert un débat franchement gâté par le président de la SGDL, en tournée électorale (à trois jours de l’AG, me semble-t-il), qui n’a pas attiré grand monde. Nous rendrons compte le mois prochain de son discours dépassé, déphasé, limite aussi question respect des autres, empreint de mauvaise foi ou d’ignorance, dénué de professionnalisme, démagogue aux grosses ficelles, - discours destiné à des adhérents certes auteurs de livres, mais rarement écrivains, - livres qui ne touchent ni au commercial, d’où le mépris de leurs auteurs à l’égard des oeuvres à succès, ni à la littérature. Mais il faut dire que cette piétaille écrivante est celle qui rapporte aux éditeurs, non pas en marge des best-sellers, mais au coeur même d’un système qui sait les manoeuvrer. Hélas, le discours de la SGDL ne leur rend pas service, tout tourné qu’il est vers la recherche d’un pouvoir à la fois sur le livre et l’auteur, petit combat électoraliste, racoleur, dépensier, corporatiste, d’une corporation limitée à ces petits producteurs de textes consommables, collectionneurs de points de retraite qui n’ont aucune idée des véritables enjeux et qui vivent dans l’imaginaire résiduel d’une forme d’assistanat parfaitement contraire à la créativité.

La SGDL serait "un organisme de réflexion, d’initiative et de surveillance au service de la création intellectuelle", mais à entendre Alain Absire, elle souhaiterait plutôt devenir une "organisation professionnelle de réflexion, d’initiative et de surveillance de la création intellectuelle". Ordre et pouvoir. Brrr...

Le 14 juin - nous en reparlerons aussi - c’est Éric VIGNE, écrivain et éditeur, qui a présenté sa pensée et son fil dans le cadre d’une collaboration entre le CRL et la librairie Ombres blanches. Son livre : Le Livre et l’Editeur. Intéressant, mais le niveau baisse.

Dans Le livre et l’éditeur, Eric Vigne nous livre en cinquante questions-réponses sa réflexion sur l’état actuel de l’édition et sur la pente universelle à la marchandisation qui compromet les règles et les équilibres de ce commerce fragile. Y a-t-il aujourd’hui une crise du livre qui serait différente des précédentes ? En quoi la mutation de la presse écrite et la concentration de la distribution affectent-elles l’univers du livre et, par là, de la pensée ? Quelle place la communication et ses valeurs prennent-elles désormais dans le travail de l’éditeur ? Que pèse désormais le livre face au bouleversement de la lecture par le numérique ? Qu’est-ce que la « marchandisation » ? Comment peut-elle aussi facilement dicter jusqu’au contenu de la littérature contemporaine, et notamment de « la littérature de proximité » ? Telles sont quelques-unes des questions abordées et débattues à l’occasion de cette rencontre où sont aussi esquissées les lignes de résistance à partir desquelles peut continuer à se construire un travail intellectuel et éditorial exigeant. Hum...

Le 3 juillet, toujours dans le même cadre, Philippe JACCOTTET viendra lire des extraits de ses oeuvres. On passe d’un coup de la grogne des écrivants et des éditants à une des plus belles poésies de notre temps. On frissonne déjà en pensant qu’Hervé FERRAGE, directeur du CRL, est l’auteur d’un "Philippe Jaccottet, le pari de l’inactuel" (je ne l’ai pas encore lu, mais ça viendra). J’attends beaucoup de cette rencontre qui ne sera gâtée par aucun représentant dépassé et éligible du SNE, de la SGDL ou du SLF. La librairie Ombres blanches est un des trésors de Toulouse. On y rencontre souvent les véritables créateurs de notre temps, mais il faut aussi y fouler l’infanterie écrivante et éditante, commerce oblige. On n’a rien sans rien.

Philippe Jaccottet m’a fait savoir qu’il était malheureusement trop fatigué et trop faible ces temps-ci pour venir comme prévu à Toulouse. J’en suis très triste, mais nous devons annuler la soirée du 3 juillet. Je ne sais si nous pourrons la reprogrammer. Cordialement, Hervé Ferrage - Directeur du CRL Midi-Pyrénées.

Voici une page éloquente sur la poésie "inactuelle" de Philippe Jaccottet, site de Jean-Michel Maulpoix.

Et le site de la librairie Ombres blanches.

Du 3 juin au 12 juillet, Pierre Lecuire, architecte du livre, à la bibliothèque de Toulouse. Le 12 juin, nous assistons à l’inauguration de l’exposition. Pierre Lecuire est présent. Présentation de son œuvre par Dominique Mazel, conservateur en chef à la Bibliothèque Méjanes, à Aix en Provence. Pierre Lecuire prend ensuite la parole pour situer son oeuvre dans le temps auquel elle appartient désormais : le XXe siècle, celui qui commence avec le cubisme et s’achève dans un flot d’incertitudes. En cela, Pierre Lecuire est un homme de son temps. Poète, il a élaboré son oeuvre dans le dialogue avec quelques-uns des grands artistes de sa contemporanéité : Nicolas de Staël, Serge Charchoune, Geneviève Asse, Vieira da Silva, Raoul Ubac, Pierre Tal Coat, Zao Wou-Ki... Une quarantaine d’ouvrages de poésie façonnés au fil d’oeuvres plastiques dans les riches matériaux et les reliures de ce qu’il convient d’appeler de beaux livres.

L’oeuvre poétique, son contenu textuel, s’y perd un peu au profit des graphismes et des compositions. Certes, elle est ainsi publiée, de la plus noble manière, s’inscrivant d’office, comme le rappelle Dominique Mazel, dans l’éternité, mais ce sera celle des conservatoires et des collections : on retiendra beaucoup de Nicolas de Staël, qui fut un génie, et peu d’autres artistes pour qui la chance, à défaut de véritable génie, ne sourira pas. Pierre Lecuire présente enfin l’architecture proprement dite de son oeuvre, affirmant son originalité et sa profondeur. Mais la question reste posée : l’oeuvre poétique peut-elle à ce point être tributaire, sur le plan éditorial comme littéraire, de ses paysages plastiques, voire architecturaux ? Le fait est que Pierre Lecuire a à peine évoqué cette poésie qu’il faut ensuite lire par morceaux tronqués sur de magnifiques compositions ourlées d’estampes non moins exceptionnelles.

Derrière les vilaines vitrines de la Bibliothèque municipale de Toulouse, la beauté même, mallarméenne parfois.

L’exposition a été conçue par Ann-Sarah Laroche qui, reconnaît Pierre Lecuire, a réalisé la prouesse de faire entrer cette oeuvre monumentale dans les "recoins" d’une bibliothèque municipale, siège de la Bibliothèque d’Etude et du Patrimoine, qui a besoin de revoir ses concepts en matière de découverte : étroitesse du lieu optimisée par l’habileté de madame Laroche, pas de dossier de Presse, pas de catalogue, rien, pas même une petite clé usb à 50 centimes qui serait si utile au moment de répandre la nouvelle. Mais cette exposition est un bijou, tout comme la Bibliothèque d’Etude et du Patrimoine est un des trésors de Toulouse.

Visites commentées de l´exposition :
Vendredis 13 et 27 juin à 12h30
Mardis 17 juin et 2 juillet à 18h

Quelques bonnes adresses :

Bibliothèque municipale de Toulouse.

Bibliothèque d’Etude et du Patrimoine

 


Cahiers de la RAL,M

Chantiers


 

CAHIERS DE LA RAL,M nº 8
HAÏTI

Le Cahier "HAÏTI", préfacé par Jean METELLUS, sera présenté au 18e Salon de la revue à Paris le 15 octobre 2008. Un monument de plus de 600 pages de littérature et d’art avec trois générations de poètes et d’artistes haïtiens, dont Alex Laguerre, André Fouad, Angie Fontaine, Anthony Phelps, Antoine-Hubert Louis, Armoce Duge, François Avin, Chay Nanm, Coutechève Lavoie Aupont, Damas Porcena, Doc Wor, Dominique Batraville, Duccha, Duckens Charitable, Elsie Suréna, Emilie Franz, Emmelie Prophete, Ferol Hugues Berthin, Frankétienne, Fred Edson Lafortune, Fritzner Lamour, Gary Klang, Jacques Ravix, Jean Dany Joachim, Jean Davidson Gilot, Jean-Emmanuel Jacquet, Jean-Francois Toussaint, Jean-Louis Sénatus, Jean Métellus, Jean-Pierre Jacques Adler, Jean-Marc Voltaire, Josaphat-Robert Large, Josenti Larochelle, Joseph Casseus, Joseph Edgard celestin, Juste Jonel, Kanga, Keven Prevaris, L’atelier Le vide, Makenzy Orcel, Marc Exavier, Marie-Alice Théard, Mario Benjamin, Mathurin Rodolphe, Pierre-Max Freesney, Michèle Voltaire Marcelin, Nadol’s, James Noël, Pascale Monnin, Pierre James, Pierre-Moïse Célestin, Pierre-Pascal Merisier, René Dépestre, Rodney Saint-Eloi, Romilly Emmanuel Saint-Hilaire, Sergine André, Sterlin Ulysse, Stivenson Magloire, Syto Cavé, Walner O’Registre, Tomy M.Day…

CAHIERS DE LA RAL,M nº 9

Ceci n’est pas une série !
Appel à contribution
« Le hasard crée ce qui deviendra significatif. » Ferdinand de Saussure.
Georges AYVAYAN - Série 2005

Dans le cadre des préparations du tricentenaire du signifiant « série », la RAL,M prépare un cahier de mélanges qui nécessite l’implication de tous ceux qui, quel que soit leur domaine d’activité, ont fait, à un titre ou un autre, l’expérience de la série.

Rappelons quels cahots ont traversé l’histoire de ce mot, apparu dans la langue à l’aube d’un âge qui allait devenir industriel, au risque de se faire miroir d’une vision de plus en plus déchirante de l’humanité.

1715 : le mot est traduit du latin pour décrire, en mathématiques, les suites infinies de Leibniz.

1767 : Denis Diderot évoque une « vieille série d’impressions », rendant au mot une acception plus large, plus ouverte et ambiguë du mot : « suite, série, succession ».

1809 : Lamarck veut voir dans la classification des espèces naturelles une « véritable série ».

1828 : Charles Fourier, convaincu que la série définit la structure de l’univers, veut doter la société d’une organisation de même nature.

1840 : Gérard de Nerval, en marge d’Aurélia, note : « Les ordres ont le secret — transmis des pères aux fils. C’est la sympathie humaine. Les esprits sont étagés dans les mondes et se correspondent. La l (oi) inv (isible) qui s’occupe des destinées des h (ommes) à différents degrés — sur le rapport de chaque série et sans rien changer. »

1862 : Proudhon se définit comme « un simple observateur et chercheur de séries »

1909 : Claude Monet présente « Les Nymphéas, série de paysage d’eau ».

1946 : René Leibowitz introduit en France les principes de la « composition avec douze sons », autrement appelée « musique sérielle ».

1963 : Pierre Boulez publie « Penser la musique aujourd’hui », rendant les conclusions d’une expérience radicale de la série, dite « généralisée ».

1984 : Henri Meschonnic formule une première proposition relative à un principe opaque, la « sémantique sérielle ».

1997 : Paul Bleton expose les principes d’une « lecture sérielle ».

Philosophie, art, littérature, musique, industrie, administration, sport, télévision, électricité, informatique, archivistique, crime. Aucun secteur n’est épargné par le principe de la série, principe aveugle et sans a priori. 

Or, trop longtemps, la série est restée un oeil conceptuel posée sur la réalité. Le projet de la RAL,M, à travers ce cahier, n’est pas d’accumuler des témoignages épars sur un thème soumis, plus que tout autre, à l’alea et l’accident, mais de produire une critique de la série, en la mettant à l’épreuve des faits, du réel, des pratiques.

Vos contributions sont sollicitées. Votre expérience de la série nous est précieuse.

Pascal LERAY

CAHIERS DE LA RAL,M nº 10
Homosexualité(s) et littérature
Appel à contribution
Image de Valérie Constantin Corps

De même que les auteurs de la Renaissance ironisaient volontiers sur les ténèbres du Moyen-Âge , nombreux sont les jeunes homosexuel(le)s, en ce début du vingt-et-unième siècle, qui, lorsqu’ils ou elles ne sont pas familiers de l’histoire littéraire, ont tendance à considérer le passé comme un énorme trou noir et à situer au XXème siècle l’émergence de l’homosexualité[1] en littérature, le XXème siècle devenant à sa manière leur « siècle des Lumières ».

A y regarder de plus près pourtant, bien que passée obstinément sous silence par tous les manuels scolaires se targuant de présenter la littérature des classiques grecs à nos jours, l’homosexualité est présente dans les textes dès l’Antiquité. Si Le Banquet de Platon et le Satyricon de Pétrone comptent parmi les œuvres les plus connues, il conviendrait, certes au mépris des frontières entre genres littéraires, de faire figurer à leurs côtés les Epigrammes érotiques de Martial. Plus tard, en Occident, il faudrait ajouter, entre autres, les poèmes homosexuels de François Villon (1431-1463). Ce que l’on ignore souvent, c’est la multitude de poètes du domaine juif et arabo-musulman inspirés par la beauté des garçons. Abou Nawas au IXème siècle (Le vin, le vent, la vie) est sans doute le nom le plus connu mais c’est surtout au XIème siècle que l’on assiste dans la poésie galante andalouse de langue arabe à une éclosion du genre et au XIIème siècle que les poètes juifs dans l’Espagne chrétienne puisent aux mêmes sources esthétiques, le plus célèbre d’entre eux étant peut-être Abraham ibn Ezra Judas Halévy. Il était difficile d’être exhaustif pour le Moyen-Âge, cela devient parfaitement impossible pour les siècles suivants. On peut citer parmi les écrivains homosexuels l’Anglais Christopher Marlowe (Edouard II) (XVIème siècle), le Français Théophile de Viau (XVIIème siècle), forcé de se convertir au catholicisme et de vivre caché en raison de ses mœurs. Au XVIIIème siècle, le libertinage n’est pas l’apanage des hétérosexuels. La revendication de la liberté de la chair ignore souvent la différence des sexes, ce qui se reflète à la fois chez Sade mais aussi dans les écrits anonymes réunis par Patrick Cardon (Bordel apostolique, 1790[2] et Les Enfans de Sodome à l’Assemblée Nationale, 1790[3]). Au XIXème siècle, les personnages littéraires homosexuels – encore rares – ne sont pas l’apanage d’écrivains homosexuels, que l’on songe à Vautrin chez Balzac ou aux lesbiennes de Baudelaire, toutefois les penchants homosexuels d’écrivains comme Oscar Wilde ou Verlaine ne sont un mystère pour personne. Si les écrivains homosexuels masculins du XXème siècle sont suffisamment connus pour que nous n’ayons pas à les énumérer, profitons-en pour souligner ici le développement durant ce siècle d’une littérature lesbienne avec Natalie Barney, Radclyffe Hall, Vita Sackville West et plus tard Violette Leduc, Geneviève Pastre, Jocelyne François et bien d’autres encore.

Ce qui est nouveau au XXème siècle, ce n’est donc pas la présence de l’homosexualité dans la littérature mais l’évolution du regard porté dans la littérature sur l’homosexualité.


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Humainisme
Nizar MOUAKHAR
Université de Provence (Aix-Marseille I)

 « La main court le fuseau, sur le métier, autour des aiguilles, crée le fil, le tord, le passe, le plie, le noue, la main se hâte dans les épissures et les brêlages, trouvant à coup sûr le couloir en dessous que l’œil ne voit pas, elle erre à travers le dépoli du verre, arasant les grains ensemencés par le hasard, piquants qu’elle seule sait élire, elle trace sur la plage boucles en ganses, heureuse parmi ses rinceaux et guirlandes, la main danse, jouissant de ses degrés de liberté ».  - M. Serres [1], Les cinq sens -

 

L’homme a recours à la locomotion qui fait de lui le pèlerin par excellence, à la vision par laquelle il parcourt l’horizon et le fouille, à la phonicité qui lance un appel aux présences proches ou lointaines, et enfin à la technicité - en l’espèce à la main - qui se tend pour saisir ou toucher tout ce qui n’est pas elle. Si on crédite tant d’importance à cette dernière, tant dans nos actes que dans nos écrits, c’est en vertu, certes et non moins à insister, de ses capacités propres [2] à agir efficacement sur le monde extérieur, mais aussi à subordonner ses compétences à la manifestation d’une expression quelconque. Mieux encore, elle est même de nature ubiquiste dans notre vie. Elle est : organe du faire  ; lien hiératique avec le « tout autre » [3] - pour employer le terme de Rudolf Otto - ; instrument de gnôsis et de communication, etc.

Pour autant, un regard philosophique porté sur la main n’est paru que tardivement. Jadis privilège de la pensée (Aristote), théorie de la conscience réflexive (R. Descartes), puis de la conscience explosante (E. Husserl) (« Psyche l’intouchable, écrit Derrida, Psyche l’intacte : toute corporelle, elle a un corps, certes, elle est un corps, mais intangible » [4]), la main se doit l’attente de Maurice Merleau-Ponty pour que son faire - qui la présuppose comme organe - apparaisse dans le champ phénoménal, révélateur de la spatialité propre du corps [5]

Non seulement il y a deux mains (la gauche et la droite), deux taxinomies de mains (main intime contre celle pragmatique, la bonne et la mauvaise main, etc.), il y a, en outre, deux conceptions de faire-œuvrer la main : la main cognitive - donc forcément dématérialisante (celle qui index-e, mime, accompagne la parole) - ; et la main empirique (celle qui fait : peint, écrit, joue, etc.). L’un des champs propice à l’étude de cette dernière est sans conteste le domaine pictural. Néanmoins, ce qui suit ne prétend aucunement retracer un inventaire historique ou socio-anthropologique de la main. Autant, il souhaite jeter quelques lueurs sur les éminentes aptitudes de celle-ci en tant qu’un instrument multi-fonctionnel jouant un rôle déterminant en amont de la genesis de l’œuvre plastique. 


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Otra vuelta de tuerca
Silvia como enigma y gólem de palabras
Lilia DAPAZ STROUT
Universidad de Puerto Rico - Mayagüez

En una entrevista, al hablar de su relación con lo lúdico, Cortázar expresa : “...El juego, como lo juegan los niños o como trato de jugarlo yo como escritor, corresponde a un arquetipo, viene desde muy adentro, del inconsciente colectivo, de la memoria de la especie. Yo creo que el juego es la forma desacralizada de todo lo que para la humanidad esencial son ceremonias sagradas.” (1) SILVIA (2) oculta un episodio de la memoria colectiva : el rescate del abismo de la Kore, la doncella prisionera del Hades. Comparte la simbología asociada con el bosque y la fertilidad y el nombre evoca a la mítica virgen vestal (violada por Marte) Rhea Silvia, la Reina Silvia, diosa menor del bosque, madre de Rómulo y Remo, los mellizos amamantados por una loba.

Hombre solo, Fernando, protagonista y narrador, no sabe cómo contar algo de lo que no está seguro de si ocurrió. Algo que “me obliga a escribir lo que escribo con una absurda esperanza de conjuro, de dulce gólem de palabras.” (3) Como a un gólem, Fernando, doble del autor, da vida a Silvia, cuya invisibilidad emerge en un asado entre amigos. El cuento se vincula con el proceso de la elaboración del texto que es creación literaria y testimonio del renacimiento del autor/narrador/personaje, que experimenta, con la tarea de escribir, una iniciación a un estado más alto de conciencia. La confusión de lo que desea transmitir se expresa con palabras como humo, sombra, niebla, absurdo, pesadilla, fantasma, esfumándose y términos de incertidumbre y vaguedad. Empieza con una situación a la vez simbólica y real, una comida entre amigos alrededor de una mesa redonda, una celebración. El ambiente es un patio rodeado de árboles en medio de la noche y de la naturaleza. El nombre de alguien, presente pero invisible, es arrojado al espacio familiar. Silvia se repite en el campo de los niños pero se escamotea su aparición, como si fuera algo disociado y elusivo que desea contacto con el mundo de los mayores. Embrujado y fascinado por esa presencia fragmentada que creyó ver, Fernando, un intelectual destacado, insiste en la caza de esa imagen huidiza. Intrusa inasible y apenas vislumbrada en medio del fuego del asado y la oscuridad, será la obsesión que lo moverá a resolver el enigma de su furtiva aparición. Empieza para él un pasaje que cambiará su modo de ser. Se embarca en un viaje que lo enfrentará con los fantasmas y monstruos en su interior. La iniciación se continuará en un asado en su propia casa, también en el Luberon, zona mágica de la Provenza.


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L’ingénierie lexicale au service de la poésie vocale : propositions, problèmes et solutions
Jean Nicolas DE SURMONT
Université Libre de Bruxelles

Là où les Anglo-Saxons utilisent popular music, les Francophones n’utilisent pas forcément musique populaire. Si d’un côté on choisit considérer au sein d’un même objet d’étude Léonard Bernstein et Michael Jackson en les considérant tout les deux comme des médiateurs de la musique populaire c’est que l’on s’intéresse à la fois au public qu’ils visent (réception) et aux stratégies de diffusion de leurs œuvres (aspect commercial). Mais ce regroupement est-il abusif si l’on considère que co-existent en milieu francophone des sensibilités esthétiques différentes (la place de la musique et du texte dans une chanson) et des traditions historiques fort différentes des pays anglo-saxons. Dans le cadre de cette communication nous présenterons une partie du vocabulaire opératoire que nous avons créé en partie pour résoudre ce genre de problème épistémologique. Nous cherchons à donner à la poésie vocale[1] de tout style ses lettres de noblesse en évitant de l’assimiler à l’étiquette anglo-saxonne « popular music », syntagme qui, en définitive, évacue la dimension textuelle de l’objet. En outre nous expliquerons pourquoi nous ne considérons pas davantage la poésie vocale que ce que les Anglais nomment la popular music comme des disciplines mais comme des objets d’études.

La reconnaissance académique d’un corpus permet de valider son existence comme objet d’étude. Dans les pays anglo-saxons, la musicologie a progressivement prise en compte la musique populaire notamment par le travail bibliographique de The Music Index (1949- ) et de l’index International Index to Music Periodicals en cédérom. Le développement des études sur les musiques populaires dans les années 1970 au sein d’un mouvement plus vaste que l’on a baptisé les cultural studies. A preuve les nombreuses revues comme Popular Music and Society (1971), Popular Music (1981), Journal of Popular Music and Society (1988) et la revue Australienne Perfect Beat (1992). Les magazines, aussi plus nombreux, permettent de mieux assimiler les pratiques à un ensemble cohérent.


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Les mains du Che
Francisco AZUELA

Extrait du livre inédit : « Cordillera real de Los Andes »

 

Musique de Patrick CINTAS
IMG/mp3_Festin.mp3

 

Chant Premier

 

Je ne suis pas arrivé en retard, commandant,

Pour saluer ton nom,

Ton nom appartenant à la grande histoire d’Amérique

Dans laquelle entrons nous tous.

 

J’habite la maison voisine à celle

Où, en Bolivie, on a caché tes mains, 

Tous les matins

Je pose mes mains sur son mur de pierre et de briques

Pour te dire bonjour.

 

Je vois, dans la nuit étoilée d’octobre,

Je vois le vol lumineux d’un condor rouge

Au-dessus de la cordillère tangible des Andes,

Au-dessous de la Croix andine,

Oui, je vois voler au-delà du temps

Tes mains et ton masque.


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Sudamérica herida
Francisco AZUELA
Musique de Patrick CINTAS
IMG/mp3_Passage_des_tristes.mp3

 

I

Ayer el sol quemó tus alas

en la sombra oscura de la selva,

se oyó el último canto de aves agonizando,

la herida se hizo honda

profunda como la desesperanza

donde se oye el quejido de los guerrilleros

que han perdido la vida en la desolación de la noche.

 

El sueño atrapó sus sueños

perdió la patria sudamericana

una luz ya conquistada.


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Hommage aux Silencieux : Toi, ma mère
Nacer KHELOUZ

 

Musique de Patrick CINTAS
IMG/mp3_La_noisette.mp3

 

Œil en Souffrance

En cette nuit

Du Vendredi

Pour écrire ton nom

Toi

Ma mère

Entendre encore

Encore une autre fois

Juste une seule

Le chant de ta voix

Courbée par les ans

 

Tes aphorismes apeurés

Tes rires innocents

Tes proverbes

Tout cela

Qui t’a bâti

Un Refuge

Dans mon corps

Qui est le tien


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La maison de mon père
Gabriel ARESTI

LE CHEF (guardia civil) - Toi tu parles trop de la maison de ton père.

OCHOA -

La maison de mon père
je la défendrai.
Contre les loups,
contre la sécheresse,
contre le lucre,
contre la justice,
je la défendrai,
la maison de mon père.

Je perdrai
mon bétail,
mes prairies,
mes pinèdes ;
je perdrai
mes intérêts,
les rentes,
les dividendes
mais je la défendrai la maison
de mon père.

On m’ôtera les armes
et je la défendrai avec mes mains
la maison de mon père.
On me coupera les mains
et je la défendrai avec mes bras
la maison de mon père.
On me laissera
sans bras,
sans poitrine
et je la défendrai avec mon âme
la maison de mon père.
Moi je mourrai,
mon âme se perdra,
ma famille se perdra,
mais la maison de mon père
demeurera debout.
LE CHEF - Gabriel Aresti.

OCHOA - Vous êtes cultivé, Chef.

Extrait de Gisèle - Patrick Cintas - Chanson d’Omero.

La maison de mon père © Gabriel Aresti © Traduction : Jean Haritschelhar / Mattin Larzabal (adaptée)

Entrevista con Carlos Ernesto García
Christian Zárate

Miro el reloj que está en lo alto de la esquina de lo que antes fue la sede del Banco Central, un edificio emblemático de la ciudad que a principios de los años ochenta se volvió famoso tras un espectacular asalto a mano armada, que finalmente desembocaría en un estrepitoso fracaso. Por lo poco que sé, aquel que ahora alberga la firma de unos grandes almacenes, durante la Guerra Civil Española sirvió de cuartel general del bando republicano. Son pues, cerca de las tres de la tarde y me encuentro reunido en la terraza del café Zurich con el poeta, escritor y corresponsal de prensa salvadoreño Carlos Ernesto García. La entrevista para la que nos hemos dado cita en el centro de Barcelona, aún no ha comenzando y mi interlocutor, ajeno a todo lo que pasa a su alrededor, está absorto en las noticias del diario que compró en uno de los muchos estancos de revistas y periódicos diseminados a lo largo del famoso paseo de Las Ramblas y que según sé, permanecen abiertos todo el año las 24 horas del día. Mientras, yo preparo mis notas, pues en unos minutos abordaremos algunos de los más interesantes aspectos que rodean a la exposición Escuelas de Otros Mundos del fotoperiodista catalán Kim Manresa, que fuera producida por la productora cultural C&Duke. Muestra de la que Carlos Ernesto García es su comisario y que espero, con suerte, algún día viaje a El Salvador.

Sobre la mesa del concurrido local, junto a un vaso de agua sin soda reposan un par de cafés cortados, dos cajetillas de cigarros, un encendedor, mi libreta de apuntes, una pluma marca Sharpie, una cinta sellada y la grabadora que registrará, con la implacabilidad de las máquinas, hasta el último comentario de mi entrevistado, quien fijando su mirada en su reloj de pulsera se lleva un cigarrillo Camel a los labios y apagando su teléfono móvil, que no ha parado de sonar ni un momento, me sugiere que comencemos. El fotógrafo Vicente Holgado, viajero infatigable que ha realizado reportajes en situaciones tan extremas, como las vividas en los glaciares de la zona andina o Groenlandia y que en unos días partirá con rumbo a Siberia, se incorpora a la mesa y comienza a disparar con su cámara. Cuento hasta tres e inclinándome un poco, me cercioro de que la grabadora cumple con su cometido y sin más preámbulo comenzamos este breve diálogo.


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L’espace méditerranéen de la Poésie
Entretien de Rodica Draghincescu avec Béatrice Bonhomme

RD : Poète et professeur à lUniversité de Nice, vous avez fondé avec Hervé Bosio la revue Nu(e), qui publie de la poésie. Après une thèse sur Pierre Jean Jouve, vous vous êtes spécialisée dans le domaine de la recherche sur la littérature contemporaine. Auteure dune cinquantaine douvrages de critique littéraire et de création, vous assurez des cursus sur la poésie et vous êtes la responsable d’un axe de recherches « Poièma ». Béatrice Bonhomme, pourrions-nous affirmer que la culture poétique na rien dune panacée ?

BB : Une « panacée » voudrait dire que la culture poétique constitue un remède universel, une formule, par laquelle on prétend tout résoudre. Ce n’est pas le cas de la poésie. Quelquefois, loin d’être une panacée, la poésie m’agace, je comprends qu’on puisse la haïr et la déclarer « inadmissible »... Elle semble parfois tellement en décalage avec le réel, mais c’est finalement une fausse impression, car elle est le réel.

RD : Cela signifierait…

BB : La « poésie », cela signifie, pour moi, le fait d’aimer les mots, d’avoir envie de créer avec ce matériau, mais aussi le désir de faire aimer les mots à d’autres personnes, à des étudiants ou à des lecteurs, et tenter de leur faire découvrir des univers à travers ces mots. Mais ce n’est pas pour cela que la poésie résout tout... On en est bien loin. La poésie, c’est plutôt un doute et une question perpétuelle, une souffrance ou un bonheur à vif dans la vie, une intensité. Aucunement un remède, mais plutôt une sursensibilité à la vie et à la mort, ce qui, sans doute, est aussi bien chance que possibilité accrue de douleur. C’est une façon d’être au monde, toujours dans l’intensité. C’est une expérience à la portée de tous, du premier venu, de nous tous.


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Point barre
Nº 4 - revue des antipoètes
La revue semestrielle de poésie mauricienne Point Barre vient de publier ce 16 avril 2008 au Centre Charles Baudelaire à Maurice son quatrième numéro, thématisé « Anti-poèmes ».

Sous ce titre provocateur et intriguant, souligne Catherine Servan-Schreiber, de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de Paris, le quatrième numéro de la revue interpelle : «  Impertinence ? Insolence ? Dandysme ? Un rythme de comptines, la sagesse des proverbes, le goût des formules anciennes, quelque chose de Prévert, de Boris Vian, de Francis Ponge, et en même temps, à l’autre bout de chacun, cette force rebelle, déjà à la source du tout premier numéro  », nous dit-elle dans sa préface.

Point Barre est née de la volonté d’un petit groupe de poètes mauriciens d’offrir une plateforme d’expression aux poètes de Maurice, de l’océan Indien et d’ailleurs. La revue, éditée par Cygnature Publications et gérée par les poètes Yusuf Kadel, Gillian Geneviève et Alex Ng (Île Maurice) et Catherine Boudet (La Réunion) ne publie que des textes de création (pas d’articles critiques ni d’analyses).

La revue se distingue par son projet collectif d’écriture, par la façon dont elle découpe son espace dans la poésie contemporaine (Week-End du 20 avril 2008). Dans ses colonnes, les célébrités (Ananda Devi, Abdellatif Laâbi, Tahar Bekri, Daniel Maximin, Richard Rognet, Edouard Maunick…) côtoient les talents à découvrir.

Parmi les « anti-poètes » de ce numéro 4, nous retrouvons les contributeurs mauriciens réguliers dont la réputation n’est plus à faire : Anil Gopal, Michel Ducasse, Jean-Claud Andou, Umar Timol, Gillian Geneviève, Alex Ng, Yusuf Kadel, ainsi qu’Ananda Devi. Nous faisont également connaissance avec les textes de poètes de dix pays différents, parmi lesquels la France, la Belgique, le Québec, Haïti, La Réunion, Madagascar ou encore le Liban.


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Nous avons aussi mis en ligne:

Adriana SERLIK - Decidió cerrar la puerta
Aldo Luis NOVELLI - Antes del final
Carmen VASCONES - Mona Ramona
Catherine BOUDET - Résîliences
Françoise HUPPERTZ - Un noeud au coeur
Gilles GOURC - Corps au travail
Harmonie BOTELLA - Y me desnudo lentamente
Joachim ZEMMOUR - Ode à Champagne
Jorge BOUSOÑO - Prontuario cuántico
Leo LOBOS - Gaspar
Jean-Paul GAVARD-PERRET - Hantise de l’air, essence de la poésie
Mariano FLORES CASTRO - Le problème
Oswaldo ROSES - Poemas
Pablo MORA - Se prendió la macaquera
Parviz ABOLGASSEMI - Pour le poète Aimée Césaire
Pascal TRUCHET - De Terres et d’Ecumes - Extraits
Patrick JOQUEL - 15 poèmes
Pere BESSÓ - Cuento de navidad/ Conte de nadal
Pierre VENDEL - Poèmes
Oscar PORTELA - Carta a Pedro M. Martínez
Oscar PORTELA - La celada
Richard CARVAJAL - Cuadros
Paul BELLIVIER - Encres
Rolando REVAGLIATTI - Autres MP3, textes dits par l’auteur
Rolando REVAGLIATTI - Livres (pdf)


COMMUNIQUÉS
DE PRESSE


 

 

Le chasseur abstrait éditeur

 

I - Pourquoi Le chasseur abstrait ?

Le chasseur abstrait ne répond pas en effet à une « demande » du marché. Ce marché est saturé de propositions « littéraires » en tous genres. Seuls quelques éditeurs, sur les plus de 1500 qui agissent en France, tirent leur épingle du jeu et imposent la marche à suivre. Il s’ensuit depuis longtemps une organisation puissante qu’on appelle la « chaîne du livre » et une méthode d’édition particulière d’ailleurs définie par la Loi et des usages régaliens. Cette « économie du livre » n’atteint certes pas les dimensions d’une véritable industrie, mais son emprise sur la société est telle que tout autre dogme est violemment rejeté par ses acteurs. Cette économie révèle des comportements « culturels » tout à fait semblables à ce que les religions de tous poils tentent de faire subir à une société dont le rêve est pourtant parfaitement démocratique. Mais ici, la révélation tient à des comptes tenus au jour le jour et non pas à la parole divine.


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II - Les choix du Chasseur abstrait.

Robert Laffont précisait à qui voulait l’entendre qu’il ne défendait pas la littérature, mais le livre. C’est le cas de tous les éditeurs ayant pignon sur rue, sauf exception. Un éditeur ne publie que des livres. L’auteur passe au second plan, du moins tant qu’il n’a pas atteint une certaine notoriété. L’édition a besoin de livres qui se vendent et non pas d’auteurs qui promettent d’entrer un jour dans le saint des Saints de la littérature. En clair, l’édition n’entretient des rapports qu’avec le livre. L’auteur a plutôt intérêt de manquer de personnalité s’il souhaite qu’un jour son nom soit apposé sur l’emballage comme n’importe quelle marque commerciale. Ainsi se défend le livre. Et va la vie.


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Prochain numéro le 15 juillet 2008.

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publiée par Le chasseur abstrait éditeur - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

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Le 15 du mois - Direction: Patrick CINTAS - Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS. - Textes, images, musiques: © Les auteurs. - Logiciel: © SPIP.

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