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Antipodes poétiques (3) - poètes brésiliens traduits par François Olègue
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 Article publié le 17 janvier 2016.

oOo

Antonio Cicero

 

L’HIVER *

 

à Suzana Morais

 

Le jour où mon bonheur battait son plein,

je vis un avion,

réfléchi dans ton regard, qui s’envolait.

Et depuis lors… sait-on ?

On se promène le long du canal

et l’on écrit de longues lettres sans dessein,

tandis que l’hiver au Leblon

est presque glacial.

J’ai quelque chose encore à comprendre : où

précisément j’abandonnai, ce jour-là, ce lion

que je montais toujours ?

J’oubliai, par ailleurs, que le sort

ne m’acceptait que seul,

privé de toute amarre, exempt de tout remords ;

un bateau ivre qui dérive

sens dessus dessous.

Mais un je ne sais quoi

rappelle insistant

que pour nous deux la terre se joignit aux cieux,

juste un instant,

à l’heure où s’éteignait, là-bas à l’occident, le jour.


 

Ricardo Carranza

 

TOUT CE QUE JE SAIS...

 

 

Tout ce que je sais,

c’est que je ne veux pas

être un ange,

que je ne veux pas

être un martyr,

et que la promesse politique

d’un paradis

cinq étoiles

ne m’intéresse pas.

 

Ce que je veux, moi,

c’est marcher

dans la rue

avec dignité

et sans éprouver de peur

en voyant un enfant

jouer

sur le trottoir.


 

Tanussi Cardoso

 

LES MORTS

 

 

Quand mon premier amour est mort,

« c’est moi » – ai-je dit – « qui suis mort. »

 

Quand mon père s’en est allé,

le cœur déréglé,

« c’est moi » – ai-je dit – « qui suis mort. »

 

Quand ma tante et mes sœurs

sont passées de vie à trépas,

« c’est moi » – ai-je dit – « qui suis mort,

n’est-ce pas ? » 

 

Et puis mon grand-père du Nord,

mes amis fauchés par la mort,

mes cousins enlevés par le sort,

mon siamois et mon pékinois...

C’est moi seul qui suis mort, c’est moi !

 

Et pourtant, je suis encore en vie,

persistant à faire de la poésie ;

ma nature explose, farouche,

et l’amour m’embrasse sur la bouche,

et un dieu me répète que oui.

 

Euh, sais pas... S’il en est ainsi,

elle ne fait rien à l’affaire, la mort.

Je mourrai, moi-même, après que je serai mort.

 

 

* Cette poésie est en plus le texte d’une belle chanson. La voici, interprétée par la chanteuse brésilienne Adriana Calcanhotto : https://www.youtube.com/watch?v=JpZH7SmEboc.

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