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2 août 1927 Saint Etienne
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 Article publié le 29 janvier 2017.

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 Mathieu Rivant ne peut assister à la naissance de son deuxième enfant. Tout ca pour quelques milliers de Francs récoltés indélicatement. Certes bien venus et dépensés avec une exubérance trop ostentatoire, mais en avait-il réellement besoin ? Un travail stable, avec un salaire confortable, qui faisait la fierté du bonhomme. Dans la ville, tous les travailleurs de la Manufacture d’Armes sont des privilégiés qui jouissent du respect et de l’envie des "Gagas", sympathique sobriquet donné aux Stéphanois. Un responsable de la finition des pistolets automatiques qui menait un train de vie...disons légèrement au dessus de ses moyens financiers.

 La combine était pourtant bien montée. Des pièces usinées, volontairement ou non défectueuses, étaient subtilisées puis retouchées avec l’aide d’un ajusteur de précision. Sorties en douce mais fréquemment par la grande porte, une fois réassemblées firent des armes faciles à écouler sur le marché avide de la pègre locale. Matthieu désormais n’aura guère l’opportunité de parcourir la campagne environnante et de visiter ses amis d’Annonay. Il était remplit d’orgueil en franchissant le col de République au volant de sa belle Citroën Torpédo B 14 flambante neuve et payée au comptant s’il vous plait ! Un bel engin capable de rouler à l’impressionnante vitesse de quatre-vingts kilomètres à l’heure !

 En attente de jugement, il sait très bien qu’avec le meilleur des avocats le défendant, les portes de la prison ne s’ouvreront pas avant un minimum de huit longues années...

 C’est une fille. Baptisée Colette en une église vide de tout ami et de familier. La honte vient de s’abattre sur trois misérables que la vie ne va pas épargner dans la souffrance. Agathe Rivant née Martin et ses deux enfants. Un fils de huit ans, Victor "le coléreux" surnom fort bien mérité, probable héritage d’un grand-père mort dans un asile sordide, immobilisé par une camisole de force, et une innocente Colette qui jamais ne connaîtra son géniteur malhonnête.

 

 En cette même date en Cochinchine, une obscure ouvrière planteuse et récolteuse de riz, exploitée par une puissante compagnie française, mettait bas un petit garçon. Cette femme originaire de la Plaine des Jarres a fuit son Laos natal où son ethnie, les Hmong, est persécutée depuis toujours. Dans son ventre palpitait déjà le fruit d’un viol...

 Un malvenu futur esclave de plus, au service de la colonisation soi-disant fructueuse pour des natifs à qui la lointaine mère patrie amenait le progrès occidental en quatre mots : travaille pour la France. Insignifiant bébé inscrit sur le registre de l’état civil des Annamites sous le prénom et nom de Nguyen Van Phuc. 

 A peine une semaine après la naissance, les reins de nouveau baissés pour planter ses germes de riz, maman souhaite pour son petit garçon un futur de liberté, loin de toute forme de domination.

 

  Agathe désemparée va voir le cercle de ses amis se restreindre comme peau de chagrin. Sa lointaine famille acceptera-t-elle de l’aider ? Pour le savoir, il lui faudrait partir sur Saint Genis-Laval, dans la proche banlieue lyonnaise. La vie devient impossible avec ce garnement de Victor voyant arriver une véritable rivale. Déjà qu’il se montrait souvent invivable. Que seul le père arrivait à se faire entendre...parfois !

 Ce ridicule bout de quelque chose qui vole au "grand" une part d’affection, et contre lequel ce dernier va accumuler une haine sans borne. Cet être fragile et innocent va sentir sur lui les ondes d’un amour maternel impuissant et très vite le poids oppressant de la cruauté de son frère. Un frère au combien intelligent qui se mettra un jour, beaucoup plus tard, au service du Diable. Et qui va tout faire dorénavant... rien que pour emmerder sa bondieuse de mère.  Toujours à l´affut, oreille collée au mur ou á la porte, l´œil indifférant aux orgelets devant le trou de la serrure, le petit Victor a vu, juste avant qu´íl ne soit arrêté, son papa introduire quatre diamants dans un deux demi cylindres. Quatre cailloux qu’il avait regardés longuement en les tenants devant l’ampoule électrique avec une pince à épiler. Le garnement stupéfait a observé comment le père visait cette forme rare de suppositoire puis l’a faite disparaître en une insoupçonnable cachette. Spectacle incompréhensible pour un gamin de huit ans mais qui va rester dans sa mémoire.

 Un petit curieux qui se promet de revoir un jour les cailloux brillants de son prisonnier de papa.

 

 Ce n´est que début 1939 que le voyou décide à mettre en œuvre un plan pour récupérer le magot paternel. À vingt ans, on sait vraiment ce que valent ces petites choses aux milles facettes à éclats. Depuis longtemps Colette a disparu. Une lointaine cousine du papa emprisonné l’a accueillie en un orphelinat où cette brave femme de dieu exerce ses veux. Maman arrondit ses fins de mois en vendant discrètement ses charmes quelque fois par semaine, pour le moment…Le malfamé Jardin des Ursules est devenu son lieu de prédilection

  L’Europe marche à grands pas vers la guerre, il ne manque à Victor que peu de temps pour se mettre à l´ouvrage. Chaque jour va être nécessaire.

  Il faut un complice dans la maison d´arrêt où croupit le père. Cette enceinte jugée dés le moment de son inauguration au milieu du siècle passé, comme l’une, sinon la plus insalubre de France. Les gardiens ne sont pas des fonctionnaires fort bien rémunérés. L´un d´entre eux se passionne pour un jeu qui le laisse en permanence en état de dette. Le poker est sa malédiction. Pauvre Victor, encore un peu jeune pour te frotter à un monde d´adultes où les entourloupes sont reines. Avant que ne se termine l´année, Mathieu Rivant trouve la mort dans la prison de Bizillon. Abattu soi-disant lors d´une tentative d´évasion. Sordide détail, l´un de ses compagnon fugueur l´aurait poignardé en un point de son corps où rarement couteau ne s´aventure...avant qu´un gardien ne puisse intervenir et tuer ce fou furieux.

  Récupérer les quatre petits cailloux ? Impossible !

 Mais le salopard de joueur de cartes aura ce qu´il mérite. Un des pistolets de la Manufacture d´Armes de Saint Etienne va parler trois fois le 22 mai 1940.

 Ce même jour, en pleine débâcle de la glorieuse et invincible Armée française, le lieutenant Garoux, originaire de Lyon et récent diplômé de l’école de police de Saint Cyr au Mont d’Or, embarque sur une minuscule coquille de noix en quittant sous la mitraille une plage dunkerquoise. Plein ouest pour rallier l´Angleterre.

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