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 Article publié le 5 février 2018.

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Mon univers est conditionné par mes pensées, mes humeurs, mes envies, mais aussi mes échecs, mes amours, mes fantômes donc ma relation avec l’autre, l’inconnu, l’imprévu, véritable vivier d’idées que je transcris avec passion, sublime le quotidien parfois monotone, vis une semi-réalité, mélange de rêves et de concret, d’idéaux et de faits réels, qui se mélangent en une dimension imaginaire, terreau fertile pour y faire germer l’inédit, le surprenant, l’imaginaire porteur du sceau de mon caractère fantasque, de ma volonté de révolutionner – rien que ça !- le roman, ou tout du moins redorer mon style de littérature, marginal, décrié mais pourtant lu, et j’ose espérer apprécié, même confidentiellement du moment que j’arrive à toucher un lectorat quel qu’il soit, et le faire adhérer à mon style ; j’ai pu mesurer l’intérêt d’une littérature trash chez Bret Easton Ellis, Mathew Stokoe, Virginie Despentes, grâce à leur réalisme exacerbé, sans ambages, à travers leurs ouvrages aux sentiments bruts, très matures dans l’acceptation de la part d’ombre de l’homme, alors que le classicisme arrondit les angles, laisse imaginer le meilleur comme le pire, suggère, mais n’assène pas brutalement des mots, des phrases choquantes qui vont droit au but : l’âme, le cœur du lecteur, cœur de la cible de mes tribulations stylistiques, d’une déconcertante dysthymie, afin de lui faire constater et l’éclairer sur le fait qu’il y a toujours, au-delà de la façade lisse d’une majorité d’humains, des traumatismes, des casseroles, des faiblesses, des perversions dont découlent des comportements marginaux et étranges, incompréhensibles que l’on prend pour du caractère mais n’est en fait que pure défense contre ses démons, afin de les reléguer au fond du tiroir de leurs psychoses latentes, à la différence de la littérature sentimentale où l’on ne montre que l’acceptable, le beau, le bon, quand la vérité est vénéneuse comme un Cobra prêt à frapper, instable, toujours proche de ma sphère de prédilection, l’envers du décor…

 

Question récurrente posée aux auteurs – très existentielle et invasive- est-ce que tu vis de l’écriture ? Réponse : très peu de gens vivent entièrement de leur art. Nouvelle question : pourquoi n’écris-tu pas comme Marc, Guillaume ou Maxime, ça au moins ça marche ? Je réponds aisément à ce questionnement profane : pour la bonne raison qu’il y a autant de lecteurs que de goûts littéraires, et que j’ai ma propre identité littéraire, et n’est-ce pas ce que le lecteur recherche par le biais d’ouvrages autres que ceux produits par ces écrivains populaires qui trustent les ventes de romans de gare, arrondissent les angles, font de l’esprit de bazar, des romans gentillets, propres sur soi, manichéens à souhait sans prendre parti de l’honnêteté littéraire ? Et dans ce cas, pourquoi y a-t-il autant de sports, d’instruments de musique, de voitures, de maisons, de paysages, d’animaux, de pays, de langues, sans parler de milliards de visages ? Il n’y a aucune réponse à donner, pas besoin d’excuses. De tous temps, les styles et courants littéraires ont divergé, et tant mieux pour l’éclectisme, car nous sommes tous différents, et j’aime ce que je produis, je ne me forcerai pas à « faire comme » tant c’est navrant, et rebattu par d’autres auteurs. Je n’écris pas pour faire de l’argent, et produis donc ce qui me plaît, avec mon propre style. Il y a autant de styles que d’écrivains, une multitude d’arts bien distincts, auxquels chacun adhère ou pas. Pas question d’imiter, l’art est une forme d’expression propre à chaque artiste, dans chaque catégorie, sculpture, peinture, écriture, etc. Il faut de tout et de tous pour faire un monde, et l’esthétique de l’art obéit à cette diversité, valeur intrinsèque de chaque œuvre, soumise de plus à l’appréciation de chacun. Nous, humains, sommes tous différents, et chacun à sa propre voix et voie, son métier, ses loisirs, ses passions, ses relations sociales, alors pourquoi l’écriture, l’art en général n’obéirait-il pas aux mêmes lois puisque l’art, c’est l’homme ? Voilà l’homme, « Ecce Homo » a dit Ponce Pilate en présentant Jésus battu et couronné d’épines à la foule avant la crucifixion. N’était-ce pas singulier ? L’humanité entière est un métissage permanent, en tout et pour tous. L’autre, c’est un peu moi, un peu vous, un peu Nous…

 

J’ai toujours aimé découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux styles, et jamais je n’ai été déçu. Il y a de la place pour tout le monde sous le soleil, et j’aime rencontrer une voix inédite, une mélodie inconnue dans la prose d’autrui, qui enrichit la mienne grâce aux idées qu’elles suscitent en moi, sans parler de plagiat, mais d’émotion. Rien de tel que d’être dépaysé, émerveillé, effaré, propulsé dans un univers original, qu’il soit humoristique, interlope, romantique ou tout autre et en tirer matière à penser, à travailler – travailler n’étant pas le terme qui s’applique à l’écriture telle que je la vis, mais plutôt la sublimation du quotidien et son infinité de possibilités narratives par un subtil mélange de véracité et de féérie dans des proportions variables, plausibles, originales et surtout divertissantes, qui proposent au lecteur potentiel un long moment d’évasion, émaillé de découvertes, d’émotions suscitées en lui par ces variables infinies.

J’ai aussi mes auteurs fétiches, inclassables, dont j’ai lu tous les ouvrages, qui sont un peu mes maîtres à penser : Bret Easton Ellis, Mathew Stokoe, Paul Auster, Siri Hustvedt par extension logique, Armistead Maupin, Paolo Coelho, Stephen King mais aussi Victor Hugo, Jean-Paul Sartre, Boris Vian, J.J. Rousseau et ses confessions, Françoise Sagan ou encore Pierre Rey, et H.D. Thoreau avec son mythique « Walden ». Voilà mon univers, prolongement psychologique d’une vie que l’on peut passer sans communiquer plus que de raison, et qui me fournit des nuances esthétiques applicables à tout roman que j’écrirai, et à tous ceux que j’ai commis. Je me nourris intellectuellement, également, de toute forme d’art, mais surtout, je le répète, du quotidien, de mon expérience, de la vie, de ma vie et ses interconnexions humaines, animales, célestes… Pour conclure, « il faut de tout et de tous pour faire un monde »… réel ou virtuel.

 

L’on m’a dit « tu n’as aucun statut » avec ton écriture. Si j’ai bien compris, on ne considère l’art que s’il rapporte de l’argent, et plus encore s’il rend célèbre et richissime. Alors ne serait-ce qu’en France, nous sommes une armée de fantômes littéraires inexistants, des spectres tout juste bons à faire joli dans le paysage artistique, lus mais pas assez, et ceci nous fait remonter le temps, jusqu’à Baudelaire par exemple, dont la femme lui faisait brûler ses chefs d’œuvre dans le poêle familial pour qu’au moins « ça réchauffe la maison » et ait une utilité. Il faut donc, si je comprends bien, se laisser détruire et arrêter d’écrire si cela ne nous rend pas millionnaire, quelle que soit la qualité de la prose fournie par de nombreux auteurs. N’y a-t-il pas là une dictature financière, qui n’a rien à voir avec l’art, qui régit l’indicible et lyrique beauté des romans et poèmes d’« écrivants » ? La statue de la liberté aurait-elle été érigée selon ce critère ? A travers les âges, peu ont vécu de leur art, alors qu’aujourd’hui des tableaux de Van Gogh par exemple se vendent des centaines de millions : logiquement, la valeur n’attend pas le nombre des années, mais les précurseurs visionnaires sont nombreux à être reconnus à titre posthume… Faut-il pour cela écrire, peindre, sculpter « comme untel » afin de tirer de son art une substantifique reconnaissance, alors que l’essence même de l’art est sa diversité et n’a de valeur qu’en tant que telle ? La nouveauté effraie, et ce en tout domaine, et le talent est associé à l’argent qu’on en retire, considération totalement antinomique avec l’essence de l’art. Dommage pour ceux dont le talent et la voix sont noyés dans la masse, condamnés à l’anonymat s’ils ne figurent pas dans tout point de vente, à la télé, à la radio, bref en tout média. Il faut lutter, se faire connaître, monter un à un les paliers de la pyramide et, avec beaucoup de chance et d’effort, atteindre son sommet – tant pis pour la diversité, l’originalité de ceux qui ne rentrent pas dans le moule, justement parce qu’ils sont trop méconnus : n’est-ce pas là un cercle vicieux, un serpent qui se mord la queue, du même acabit que l’accès aux clubs privés ? La qualité et l’originalité paient le prix de la société de consommation, où il faut produire en quantité, gagner beaucoup d’argent pour pouvoir en gagner davantage au fil du temps, capitalisme poussé à l’extrême au détriment de toute logique qualitative et éclectique…

 

C’est pourquoi je ne me situe pas dans une catégorie particulière, inclassable avec certains de mes romans qui choquent comme d’autres font rêver, tout comme ma poésie – du moins, je l’espère sans prétention ! Je ne suis pas très connu, mais j’insiste sur le fait que je ne lâcherai jamais l’écriture, sous aucun prétexte, car j’aime écrire, jongler avec les mots, phrases, paragraphes qui au final deviennent roman et émettent de l’émotion, et s’ils trouvent un lectorat enthousiaste j’en serai évidemment très touché, mais à l’inverse rien ne m’arrêtera, j’ai déjà ma place dans le monde de l’édition grâce au « Chasseur Abstrait », maison d’édition dirigée par Patrick Cintas et Valérie Constantin, qui m’ont ouvert les portes de la médiatisation, permis de toucher des lecteurs dans la structure éditoriale avec leur dynamisme, leur grande et précieuse collaboration, et je les en remercie, ainsi, évidemment, que les lecteurs qui auront participé à faire connaître mon œuvre que j’estime éclectique, accessible, quant à la qualité je laisse chacun pour seul juge, sans aucune influence que celle de la force de mes mots de tête…

Je perçois l’écriture comme un jardin dans lequel j’ai planté des mots en dormance, qui germent puis fleurissent après un long processus éditorial, et embaument d’un parfum singulier les pages de papier, obtenu des arbres, ces mêmes arbres qui abritent les oiseaux, objets de poésie, métaphores, qui chantent mon lyrisme aux êtres humains pourvu qu’ils y prêtent l’oreille, à moins qu’ils n’attirent des chasseurs de textes, les critiques littéraires armés de leur plume acérée pour les pourfendre, ou trempée dans les nues où volent ces anges délicats librement à travers le monde éditorial et y répandent une mélodie, la mienne, celle du bonheur d’avoir la passion de l’écriture et de la vie, et de la propager, pourquoi pas, jusqu’au firmament…

 

Le métier d’écrivain est un sacerdoce solitaire, bien vécu et incontournable pour ma part car comment, sinon, rester des heures face à l’écran avec pour seule conviction celle de créer un monde fantasmagorique, dans lequel évoluent des humains extravagants ou banals dans des conditions réelles ou irréelles, et à partir de ces données le rendre plausible, quel que soit le parti pris, le niveau de langage ou métalangage, les caractéristiques singulières du ou des héros, de leur environnement, sans prendre le risque, comme le roi Midas, de transformer en or tout ce que touche ce monde fictif, à savoir le rendre trop invraisemblable ? Il incombe à l’écrivain une responsabilité délicate pour rester crédible et attractif tout en distrayant : la transgression de la morale, des règles de bienséance, des lois, de la réalité et il est quasi-inévitable de passer outre cette responsabilité qui confine à penser comme les protagonistes, se mettre dans la peau de personnages merveilleux ou déviants, parfois les deux, pour faire naître un univers singulier, digne d’intérêt, original, différent de tout ce qui a pu être inventé depuis toujours. Distraire ne peut s’envisager sans une implication totale, des heures et des heures de réflexion, afin d’éviter les sentiers battus et proposer à l’humanité un mode de pensée iconoclaste et lui permettre de penser autrement qu’à travers un Darwinisme forcené qui tyrannise les libres penseurs et stigmatise les philosophes en les confinant dans une catégorie de donneurs de leçons, de penseurs dogmatiques marginaux et par là-même peu crédibles. Il y a quelque chose de manichéen et inique à juger selon des critères éculés, interventionnistes, considérés comme l’étalon d’une société soi-disant idéale, adaptée à l’humanité, alors qu’il n’y a pas sur terre une personne semblable et égale à une autre, comme le prouve la différence entre l’Inde par exemple et la défécation à l’air libre, la toilette dans le Gange infesté de matières fécales qui pollue l’eau domestique, de produits chimiques, de cadavres et la France par exemple, très portée sur l’hygiène et l’asepsie dans la gestion de la production et la gestion des déchets quels qu’ils soient, de la salubrité de l’eau potable et son retraitement nécessaire à la vie dans des conditions d’hygiène drastiques, du contrôle sanitaire de la chaîne alimentaire, ainsi qu’un système de sécurité sociale qui fait défaut à de nombreux pays, l’accès aisé aux soins les plus élémentaires, et à une alimentation saine, contrôlée et variée. Cette digression pour justifier tout choix apparemment absurde, tout comportement jugé néfaste, ou au contraire exemplaire dans la prose internationale, qu’illustre en substance la théorie de Jakobson, en l’occurrence la vision du monde à travers plusieurs points de vue opposés les uns aux autres : ce qui semble horrible dans un pays y est normal dans un autre, ce que pense un homme est antinomique avec la pensée d’un autre. Tout ceci pour dire « oui à la différence », représentée par mon « Ecce Homo », voilà l’homme, même si elle permet d’injustes jugements et exactions, clé de voûte de l’humanité, carburant du Darwinisme social endémique.

Je vais mon bonhomme de chemin avec ma faconde, guidé par ma Muse, que je perçois comme une voix divine, un chant qui guide mes doigts sur le clavier de mon ordinateur, une véritable partition littéraire à interpréter avec mes moyens et ce qu’ils valent, pour donner un concert syntagmatique aux lecteurs sous forme d’histoires captivantes inédites car je ne plagie pas et ne le ferai jamais, même si j’ai pu améliorer ma technique grâce aux styles de mes écrivains fétiches, et ainsi les divertir avec une mélodie de chambre intimiste, à la lueur d’une lampe de chevet, dans un îlot de lumière réservé à la part onirique de chacun, quand rien n’importe plus que la ligne, le paragraphe, le chapitre suivant, haletants jusqu’au sommeil ou, pour les plus résistants au bien-être procuré par la lecture en condition idéale, jusqu’au mot FIN, avant de refermer la quatrième de couverture, pensifs, et se laisser porter par des idées harmonieuses nées de cette symphonie calme et lyrique avant de dormir et, peut-être, en rêver d’une manière ou d’une autre…

Ainsi, l’écrivain possède un don particulier, celui de faire rêver, découvrir des modes de pensée voire des dogmes autres que les siens, des univers féériques ou interlopes, classiques ou iconoclastes, à travers ses écrits dont il propose la lecture à quiconque se retrouvera ou retrouvera en ce chant syntagmatique un vent de liberté, des idées nouvelles et accessibles, fera ouvrir les yeux aux plus innocents, rassurera les plus décadents, marquera en bien ou en mal, en lumière ou en obscurité quiconque prêtera attention à son lyrisme, tel un tout unissant des milliers de voix et de voies audibles par tout lecteur qui s’identifie à l’une de ces dernières, ou expérimente et fait l’expérience de pensées originales qui modifieront son mode de pensée, lui proposeront un point de vue différent et impactant à court ou long terme par la justesse et la pertinence du ton donné, et lui feront adopter des outils de décodage du Darwinisme social afin de ne pas en faire les frais et de s’y adapter pour vivre mieux, voir enfin la réalité en face, comprendre ses vertus ou ses travers ainsi que celles de tout un chacun, leur portée, et être rassuré, enfin paré à expérimenter sa propre existence, à l’orienter, la modifier, bref à faire face à la diversité et l’adversité, à la beauté et au bonheur auxquels est confronté son quotidien.

J’écris depuis maintenant vingt ans, et je m’étonne d’avoir attendu si longtemps pour me professionnaliser : était-ce la sensation de n’être pas à la hauteur ? Faute de trouver un éditeur à compte d’éditeur ? La banalité de mes écrits, non documentés, écrits à l’à peu près, peu crédibles, un manque de style, de rythme, un fond et une forme d’écriture dissonants, un manque de je ne sais quoi pour toucher un éditeur et donc les lecteurs ? Je sais au fond de moi que j’ai écrit de belles choses mais je n’arrive pas à en tirer satisfaction, trop perfectionniste pour m’arrêter à l’esthétisme de ma prose, à son signifiant pour me targuer de ma manière d’écrire qui manque encore d’années d’écriture, meilleur moyen de s’améliorer que d’écrire encore et encore : Comme le disait Balzac, « Peu d’œuvres donne beaucoup d’amour-propre, beaucoup de travail donne infiniment de modestie… »

Il est vrai que si je considère les milliers de lignes que j’ai écrites depuis mes débuts, il y a vingt ans, il me faut rester modeste car la quantité ne signifie pas forcément la qualité, et lorsque je relis des œuvres écrites vingt ans plus tôt j’en trouve le contenu fade, mal ficelé, mièvre, mal écrit, peu crédible avec des maladresses dans tout roman ou poésie, comme lorsqu’un oiseau apprend à voler, maladroit, avec beaucoup de difficulté mais, si je considère le résultat aujourd’hui de mes œuvres récentes, j’en tire plus de satisfaction, même si tout n’est pas édité ni éditable, et que j’ai les qualités de mes défauts : de nombreuses répétitions malgré une relecture sérieuse, de la redondance, et tout ceci me rend plus humble, il me suffit par exemple de lire Paul Auster pour rester à ma place, tant son écriture est magistrale, émouvante, frisant la perfection, et je ne me leurrerai pas en pensant arriver à son niveau grâce à de nombreuses années à venir, car il a un talent – comme beaucoup d’autres- que personne ne peut égaler pour le roman, l’art de décrire des situations avec le mot, le verbe juste, l’à-propos qui donnent à chacune de ses œuvres une voix fascinante, un univers singulier, un style inimitable, et il est pour moi un exemple de réussite méritée face aux romans de personnalités de tous horizons écrits par des nègres, qui finissent par se vendre grâce au nom apposé sur la couverture - non par le lyrisme inexistant de ces pseudo-biographies- et la médiatisation adéquate, sorte de « pack » proposé à ceux qui n’ont rien d’autre à lire que les fredaines du show-business édités par copinage et certitude que les « people » font vendre à peu près tout et n’importe quoi. Il est vrai qu’un éditeur ne peut prendre de risque financier, à moins de lire quelque chose d’exceptionnel, car il reçoit chaque jour des dizaines de manuscrits dont il n’a, par manque d’intérêt pour les imbroglios littéraires futiles et insipides, que faire. J’en ai fait longtemps parti, et je ne me réfugie pas dans la peau d’un artiste maudit : ce que j’ai pu écrire comporte beaucoup de défauts, et continue d’en avoir à d’autres niveaux, n’a pas atteint le niveau des révélations littéraires qui sautent aux yeux au premier abord – mais je peux me tromper. Ceci mis à part, je ne désespère pas d’être reconnu par le lectorat, ou plutôt par un lectorat, car je n’écris pas de banalités, plutôt porté par la littérature « trash » et ses personnages qui évoluent dans un univers singulier plutôt malsain mais n’est que le miroir d’une –certaine- réalité pourtant patentée dès que la bride est lâchée. Pour tout vous avouer, il me plaît de décrire les pérégrinations d’une certaine élite sociale qui, comblée en tous points, se fout en l’air comme l’a mis en exergue le twenty-seven club, le club des chanteurs et musiciens incontournables morts à l’âge de vingt-sept ans, après de sévères abus et de psychoses qui les ont précipités dans l’autre monde. Ce n’est pas pareil pour l’écriture, en général les écrivains reconnus meurent à des âges respectables – à l’heure où j’écris ces lignes, le vénérable Jean D’Ormesson nous a quitté- avec un train de vie sain et régulier, après avoir connu et apprécié le succès de leurs efforts qui les ont fait, pour certains, entrer au Panthéon. Mais n’entre pas au Panthéon qui veut, il s’agit là d’une infime minorité de monstres littéraires à la plume enchantée, qui ont inondé le monde entier d’aventures célèbres, récurrentes, marqué les esprits grâce à leur différence, leur style décalé du courant littéraire qui pour une fois a payé du fait de son originalité, ce qui ne veut pas dire, comme je l’écrivais plus haut, qu’écrire une prose marginale est la panacée pour entrer au Panthéon, mais plutôt l’exception qui confirme la règle. Mais d’ici au Panthéon, la route est longue : les prix littéraires émaillent la vie des plus talentueux, comme des bornes qui marquent la carrière d’un écrivain et le distinguent du commun de ses pairs. S’il faut recevoir un prix pour être reconnu, je suis plutôt mal parti quand je vois de jeunes auteurs qui se sont vus remettre plusieurs distinctions honorifiques propres à la littérature – Prix des Jeunes Auteurs, Goncourt, Renaudot, Femina etc.-, bien avant mon âge médian – il aurait fallu que je sois chanteur pour savoir si j’étais une star et mourir à vingt-sept ans, mais je n’ai pas la prétention de choisir quand ni comment je mourrai, et quelle aura été ma carrière d’écrivain, et de plus je ne suis pas chanteur, donc je ne fais que pérorer pour rien, ou presque rien : je suis l’homme, Ecce Homo, différent de ses pairs, et manipule l’alphabet à des fins stylistiques qui sont miennes, quelle que soit la critique car il est toujours bon de faire parler de soi, cela évite l’oubli, la mort littéraire par absence de lecteur, par K.O. de toute son œuvre vouée aux oubliettes…

Deviser ainsi est le propre de l’écrivain, et vous venez de vous rendre compte à quel point je peux me remettre en question, et que quel soit mon talent je douterai toujours, mais à des fins de narration qualitative, philosophique, édifiante voire instructive et donc d’améliorer mes recherches, la crédibilité des situations pour créer des romans dignes de ce nom, qui toucheront un lectorat, dont la propagation se fera par le bouche-à-oreille, témoin d’un succès quelle que soit sa portée pourvu que mon œuvre soit lue et appréciée – appréhendée à sa juste valeur- par le plus grand nombre. Est-ce pure vanité ? Non. Un artisan qui produit une superbe œuvre d’art ne se soucie pas de sa portée avant de l’avoir achevée, mais la mesure une fois exposée, avec le succès afférent – ceci sans prétention aucune pour mes romans, mais par souci de pérennité, même si, j’ose l’espérer, j’atteindrai le but que je me suis fixé, être lu par choix, en âme et conscience, et propagé sur la planète en de multiples langues, lu par des millions de lecteurs : serais-je orgueilleux ? Non plus. J’aspire pour moi-même au succès, quoi que j’aie pu en dire, et je vous confie que j’ai foi en moi, mais n’en montre pas les manifestations ostentatoires, rédhibitoires et vaines quand seule ma prose devra faire ses preuves par l’évidence même…

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