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 Article publié le 21 janvier 2019.

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L’artiste est censé passer à travers l’œuvre, il se pointe, s’effile, s’effiloche en une multitude de propositions caduques.

La caducité, condition per quam de toute approche artistique qui se veut pérenne.

L’artiste passe dans l’œuvre, or non, c’est aussi l’inverse : l’œuvre passe dans l’artiste.

Ce serait trop beau pour être vrai, ni or ni argent, mais d’arides plaines désertes vides de signes.

Ni l’œuvre ni l’artiste ne parlent en vérité. Si vérité il devait y avoir, elle passerait nécessairement dans l’autre de son autre, se retrouverait ainsi nez à nez avec elle-même.

Voici donc des artistes au langage cosmique qui désirent ne pas en passer par l’interface du langage, et qui s’expriment verbalement à longueur d’interviews pour expliquer verbalement qu’il faut éviter le langage afin de laisser parler le cosmos.

Le reportage d’Arte Space Tracks alterne, du coup, passages verbaux, fragments d’interviews et illustrations visuelles d’un propos : le produit visuel est censé être l’alpha et l’oméga de la démarche artistique désireuse de ne plus en passer par le langage.

Cosmos illustré, planètes et systèmes imaginaires se suffisant à eux-mêmes dans la pure représentation technique.

L’interface est technique : il faut un support et un ordinateur pour générer ces images, ou bien une installation technique très complexe, par exemple capable d’émettre des ultrasons qui font entrer en ébullition des molécules d’eau qui deviennent bulles d’air atteignant la température de la surface du soleil.

On crée ainsi des mondes imaginaires en utilisant des matières. Une pensée, un complexe langagier est toujours à l’œuvre en sous-main qui sous-tend la démarche technicienne.

La techné crée ainsi l’illusion d’un monde autonome extra-humain.

Le métamorphisme est activement recherché à travers des créatures vivantes probables qui évoluent dans un temps compressé et que l’on voit évoluer en temps irréel, des millions d’années étant réduites à quelques secondes.

Ces spectacles sont censés désentraver l’humanité, lui offrir des possibles non réalisés dans le cosmos mais engendré par quelques artistes humains.

Pour cela, on renonce aux supports durs que furent la pierre et le marbre, et même la toile et les pigments de couleur, a fortiori les parois d’une grotte aux accidents opportunément utilisés à des fins dynamiques.

Le mou et le fluide, le non-tangible de l’image de synthèse sont privilégiés. Plastiques, pâtes et images générées par ordinateur constituent ainsi l’essentiel du matériau des arts visuels nouveaux.

Le corps, l’instrumentarium choisi ainsi que le langage sont les trois interfaces qui induisent les formes prises par la volonté artistique.

Il semble que le langage soit de plus en plus dévalorisé au profit du corps et des outils techniques pour ne produire, après tout, que des images en mouvement d’un genre nouveau. Le langage est tout juste bon à délivrer des commentaires, à éclairer une démarche vouée au déni du langage ravalé au rang d’instrument de communication.

Encore et toujours cette césure entre les tenants du langage comme matériau de création aux ressources infinies et ceux et celles qui, par incapacité langagière, s’engagent sur la voie de l’image ni muette ni parlante censée mieux dire l’état du monde que ne le pourra jamais le pauvre langage humain trop abstrait, trop imprécis pour nos modernes artistes plus scientifiques que littéraires.

Or, le langage est le seul bien commun à tous, tandis que la maîtrise des algorithmes n’échoie qu’à quelques privilégiés.

On peut ainsi dire avec certitude qu’une nouvelle aristocratie artistique technophile s’est emparé du devant de la scène, faisant du coup tomber aux oubliettes les tenants ringardisés de l’art conceptuel.

Bon voyage au pays des images, mais sans moi !

Je ne suis, après tout, qu’un pauvre poète.

 

Jean-Michel Guyot

12 janvier 2019

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