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 Article publié le 1er mars 2020.

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De la mort sur laquelle si légèrement l’on glose, frêle, si frêle appui d’une pose qui se veut nocturne, se dit telle, tournant ainsi la page blanche des jours sans fins, je ne dirai rien, n’en profèrerai que le mot vide de sens.

Dans le même temps ouvrant et fermant une parenthèse qui se veut bavarde, pur éclat de paroles proférées dans l’amertume douçâtre du recueillement, le silence brisé aussi d’une parole fragile qui ose, pour un temps, dire sa douleur et son égarement face à ce qu’elle n’ose nommer que de biais, ouvrant ainsi sur un espace intime non pas vide, non pas même stérile comme peut l’être une chambre abandonnée depuis des lustres à l’inconfort des poussières, des toiles d’araignée, au bric-à-brac des objets de la vie quotidienne laissés là sans plus d’usage, mais d’une densité d’étoile noire, véritable trou noir dans la mémoire endolorie qui menace d’engloutir et la parole et les desseins de qui se trouve pris puis happé par sa folle gravité capable à elle seule d’engloutir jusqu’au plus petit grain de lumière.

De deuil en deuil, comme allant de seuil en seuil, me voilà, à cette nuance près que de la demeure nulle trace ne persiste et signe, pas même une vague lueur voilée par le soleil, et demeure pourtant, dans cet espace ni ouvert ni fermé, littéralement inexistant, le savoir qu’ici fut vécu, qu’ici et là furent tenus des propos, que là furent rêvés des choses impossibles à nommer désormais comme y furent mûris longuement ou tôt abandonnés des projets ambitieux ou dérisoires.

Mémoire en tête, mémoire de la mémoire en fête, savoir qu’ici insista une vie faite comme toutes les autres de hauts et de bas, de menus détails et de grands moments voués à l’oubli.

Mémoire sans autre fil conducteur qu’il faut se souvenir, ainsi honorer une dernière fois encore la mémoire défaite du défunt ou de la défunte dont il ne restera plus rien, pas même le nom qui tombera dans l’oubli.

L’amitié tacite, l’entente solaire, jamais parfaite mais toujours à l’écoute de la pensée autre d’autrui, exige à la fin le silence.

Je me souviens de la neige gelée, de ces pas qui étaient moins en moins les miens dans cette poudreuse qui se fendillait, aussitôt craquait sèchement comme bois mort sous mon poids.

Masse docile vouée aux éléments, d’une légèreté abyssale. Couleurs tombées en poussières, moins que pigments, même plus fragments, que le temps dispersa aux quatre vents.

Ma gorge se serre, des larmes me viennent. Le regard se ressaisit, fixe l’orée menaçante.

A nouveau, je m’entends qui marche résolument en direction du bois tout proche, apercevant de plus en plus nettement son orée, m’enfonçant de plus en plus dans l’indifférence calme et l’oubli serein qu’engendrent pour moi, depuis au moins l’enfance, la noirceur peu à peu révélée des fûts d’épicéas.

Les premières branches étaient si basses qu’il me fallut courber l’échine pour m’enfoncer dans le bois avant d’y marcher des heures à l’aventure, humant-retrouvant à chaque pas l’odeur familière du sous-bois jonché d’aiguilles mortes, n’ayant pour toute boussole désormais que les battements de mon cœur serré.

M’étreint alors ce bout de terre qui ignore tout de toi, de moi, de nous, mais accueille et recueille, répercute au moins le bruit de nos pas, indifférente à nos peines et à nos misères, ultime refuge pourtant où reprendre pied et respirer et remuer une dernière fois encore le sol nourricier d’une mémoire non plus hantée par un fatras d’événements fastes ou néfastes mais entée sur les éléments, avant que, de mémoire lasse, exsangue, l’on ne se décide enfin à laisser derrière soi filer les regrets et les remords, toutes joies et toutes peines confondues dans un même silence inaugural.

En nous chante alors une forêt, une et indivisible.

Les raisons de vivre ne manquent pas, et viendraient-elles à manquer qu’il nous faudrait les inventer. Anciennes ou nouvelles, toutes ont leur mot à dire dans l’économie de notre existence résolument terrestre, mais ici, en pleine forêt, chacun le ressent plus ou moins confusément, qu’il soit chasseur-cueilleur, forestier, biologiste averti ou simple promeneur, la vie s’invente chaque jour. L’ensemble des vivants participent d’une totalité informulée, ignorée de chacun, n’empêche, ça marche, ça avance, ça communique dans tous les sens.

Libre à nous, dès lors, d’y puiser en toute modestie force et allant dans la faveur des jours.

 

Jean-Michel Guyot

12 janvier 2020

 

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