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5- Silence, on tourne !
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 Article publié le 18 octobre 2020.

oOo

Faute de matière, et pour cause ! je ne m’étendrai guère sur le sujet, mis au pied du mur d’un silence obstiné que je fus, que je fuis. Silence ponctué d’élans tendres et de paroles fortes. Une grande franchise présidait à nos échanges, mais tout était dit dès l’instant où elle me fit comprendre qu’elle n’en dirait pas plus.  

Quelque chose se jouait là entre nous qui échappa à tout regard extérieur.

Mais c’est là qu’intervient sans tambour ni trompète l’indiscrétion de l’écriture qui expose au tout venant ce qui échappa tout d’abord à l’attention de tous.

L’on peut rapporter des paroles, les commenter d’abondance, en faire une critique acerbe ou aimable, toujours est-il qu’une parole qui s’en tient au strict minimum n’appelle tout au plus que des hypothèses vite abandonnées et interdit rigoureusement toute conjecture.

Elle refusait tout simplement de s’expliquer sur ses choix de vie, se contentant de vivre et d’assumer ses choix. A cela, je ne trouvai rien à redire.

Foin des hypothèses et au diable les conjectures dans lesquelles il est trop facile de se perdre ! Un fait brut et incontournable demeure après toutes ces années : l’obstiné silence qu’elle m’opposa tout le temps que je la fréquentai.

Peut-être voulait-elle éviter… mais j’éviterai à mon tour de me prononcer. Je ne m’avancerai pas sur un terrain aussi glissant.

Ailleurs est une parole qui ne fait pas barrage.

*

Tout à l’opposé, une pensée, qui ne se contente pas de vivre en expédiant les affaires courantes, s’acharne à se situer dans l’être, multiplie les coups d’essais - coups de force opérés par la parole - et les tentatives d’approche sans jamais désespérer, revendique haut et fort une joie de vivre dans la parole de la pensée, mais sans animosité aucune, sans esprit de revanche ou de vengeance envers qui que ce soit ni non plus, cela va de soi, sans tomber dans l’illusion glaçante d’une quelconque supériorité intellectuelle jugée de bon aloi par d’aucuns qui s’assurent ainsi confort matériel et considération distinguée.

La pensée est alors, en tout état de causes, le milieu dans lequel la pensée, toute pensée singulière, la tienne, la mienne, la sienne, la nôtre évoluent, se grisent ou s’enchantent, selon les goûts, d’une liberté chèrement acquise, conquise parfois de haute lutte, s’enivrent d’être, animent-raniment sans cesse un esprit décidément ultramarin qui accueille toutes les vagues avec le même bonheur.

C’est l’eau dans l’eau qui clapote et murmure.

Une formule se formule instantanément ou bien se cherche, comparant et soupesant la validité des possibilités d’expression qui s’offrent à elle, toujours à la recherche de la formulation la plus pertinente-percutante qui se puisse trouver dans l’esprit en éveil de celui ou de celle qui la conçoit ou l’imagine et qui se sent investi de la noble et haute mission de la communiquer au monde ou qui simplement en éprouve le besoin irrépressible.

Investi par quelque puissance supérieure étrangère à sa pensée mais familière, amicale, rassurante ou poussé par une nécessité toute intérieure, peu importe, même si une différence de taille sépare les deux postulations. 

Un monde nécessairement restreint, si grand que puisse être le succès d’estime voire le franc succès voire même la gloire dont jouit tel ou tel écrivain, journaliste, porte-parole d’une cause lambda, homme politique ou public, adulé par les uns, raillé par les autres, porté au nu ou vilipendé, peu importe, car toujours investi d’une autorité sacralisante et sacralisée.

Sacralisanteparce que sacralisée et non l’inverse.

Mettons définitivement un terme au jeu de la poule et de l’œuf en la matière en affirmant ceci : toute autorité provient d’une institution qui s’est imposée par la force à un moment donné de l’histoire. Une hiérarchie s’est imposée puis a imposé une myriade d’autorités qui ruissellent du sommet vers sa base plus ou moins large et assurée. La sacralité s’origine dans une violence faite à d’autres possibles négligés, bafoués, tués dans l’œuf, annihilés.

Il n’en va pas autrement lorsque d’autorité nous optons pour telle ou telle formule qui appelle d’autres formules jusqu’à produire une voix singulière qui se fraye un chemin dans le maquis des possibles à chanter.

Chanter quoi et comment et dans quel registre au juste ? telle est la question.

Les pertes sont immenses, les repentirs nombreux, mais il faut avancer. On n’avance qu’au prix de sacrifices énormes ; ce sont des hécatombes de mots qui jonchent, invisibles, le sol meuble de notre Dit.

Le plus souvent, je m’efforce d’aller droit au but que je me garde bien de confondre avec l’essentiel ; celui-ci nomadise sans cesse, va de lieu en lieu sans jamais rester en place plus que quelques jours ou quelques heures.

Sans feu ni lieu, mais non sans foi ni loi, la pensée. 

La paresse des méandres, aussi, a son charme ; lente à venir, presque insoutenable, la rivière méandreuse suit son cours jusqu’à son terme qui la voit se perdre dans plus grand qu’elle.

La perte de concentration est presque toujours due à des imprévus, des événements considérables ou futiles qui viennent perturber le clair ordonnancement auquel se livre la pensée. Nous voilà interrompus pour telle ou telle raison : un téléphone qui sonne, une course urgente à faire, un souci qui nous embrouille l’esprit, une nouvelle accablante, un dénouement heureux, que sais-je encore ?

Dans le texte en cours d’élaboration court toujours un espoir et un seul : en finir en beauté. L’achèvement est presque sûr, mais le parcours n’est pas de tout repos. Impossible de savoir quelle allure, tant au sens dynamique qu’au sens phénoménal de ce terme, aurait pris le texte, si…

Ce tiraillement continuel entre un essentiel ressenti comme présent partout et nulle part, introuvable parce qu’omniprésent - le rayonnement du vrai dans la simplicité des jours - et un but que la pensée se choisit, au moins provisoirement, au cœur d’un vaste donné tantôt éruptif tantôt elliptique à souhait mais toujours soumis à la dure réalité, implacable et froide, d’une approche de l’infini par définition asymptotique : voilà bien le champ des possibles dans lequel baigne et s’ébroue une sensibilité qui ose faire la part belle aux sensations de tous ordres, aux impressions diffuses ou confuses et aux sentiments les plus divers, la porosité-même de l’être dans et par le langage qui instruit toute pensée soucieuse de ne rien négliger de ce centaure qui va et vient de ci, de là, frappe du sabot le sol poussiéreux, caracole en tête de nos préoccupations, fait constamment volte-face pour nous narguer, piaffe et se cabre, fait mine d’être docile pour mieux nous apprivoiser et ensuite, à cheval que nous sommes sur notre dada, nous désarçonner au moment où nous pensions enfin tenir les rênes et être ainsi en mesure de maitriser la course du fougueux quadrupède au torse et à la tête d’homme, dans l’espoir assez vain, il faut le reconnaître, de vaincre la mort qui nous devance toujours quoi que nous disions, fassions, ressentions.

La pensée qui ne cesse de courir après son ombre, mais voilà bien le champ de bataille fantomatique où se confrontent plus qu’ils ne s’affrontent l’il y a qui murmure dans les coulisses de nos pensées futiles ou profondes, tristes ou gaies et la forme simple ou éblouissante, ramassée ou ample, qu’il faut bien se résoudre à donner à ce flux de données omniprésent mais fuyant qui nous met en demeure de répondre au défi qu’il nous lance de trouver la forme adéquate qui fera taire son incessant babil, réponse que l’on sait à tout le moins provisoire, imparfaite, bancale et incomplète mais qui tranquillise pour quelques heures l’esprit qui s’adonne à la patience du langage qui répond en son entier de la totalité introuvable de l’être.

Mais il ne saurait être question de s’arrêter en si bon chemin après une bonne nuit de sommeil. Reprenons la route, ami, de bon cœur en cette belle matinée ensoleillée !

Nous poursuivons notre route dans l’espoir de mettre un point final à la scène qui se joue depuis des temps obscurs, mais en art il n’y a que des touches finales qui renvoient les unes aux autres dans l’infini des rapports possibles qu’il nous faut soutenir, sauf à sombrer dans le mutisme désabusé ou le cynisme bavard. 

Rester muet devant l’horreur puis coi est de l’ordre du possible, et là se joue tout le tragique d’existences broyées par d’autres existences, comme aussi bien tomber dans une logorrhée que personne n’écoute.

Enfermement de soi en soi dans un quant à soi énigmatique qui inquiète vivement ceux qui ne peuvent comprendre faute d’avoir vu et regardé l’horreur en face et qui tentent de porter secours en parlant à celui ou celle qui s’est fermé à toute communication verbale.

Vifs éclats de paroles qui éclaboussent les étrangers, les fait reculer, les fait fuir.

A une pensée courte mais ferme sur ses bases, brute de pomme, décisoire mais jamais dérisoire car une vie s’y joue, s’y parle, s’y affirme, n’opposer qu’une autre vision des choses de la vie paraît bien dérisoire, infructueux, vain en un mot.

On peut en discuter à n’en plus finir. Laissons l’infini de côté. Nous ne sommes que dans des finitudes qui s’appellent, se repoussent, souvent même s’affrontent, avant même que ne se fasse sentir une quelconque idéologie latente ou manifeste, déclarée ou subreptice voire inconsciente.

Une grande naïveté est propre au Dire qui anime tout un chacun. Nous sommes en lui à sa merci. Il est le danger-même qui nous tient sous sa domination, tant que nous faisons mine de l’ignorer. Sortir du Dire par le Dit, c’est imposer silence au ressassement éternel ; voilà qui impose de beaucoup en dire pour ne pas avoir à se dédire ; voilà qui, forçant le respect, impose à qui accepte la charge d’une telle tâche, ingrate mais jamais stérile, de répondre devant tous et toutes de ce qu’il a formulé. Une palinodie est toujours possible, mais nous devons nous efforcer d’écrire, sans regret ni remords, pour tous, même si nous savons fort bien que bien peu entendrons.

,avantmême que ne se fasse sentir une quelconque idéologie latente ou manifeste, déclarée ou subreptice voire inconsciente, écrivais-je à l’instant.

Ceci idéalement, bien sûr, car enfin l’idéologie imbibe, corrode et ronge toute pensée qui se croit instinctive, spontanée, libre de tous liens au monde des hommes passé et présent, qu’elle soit riante ou pleurnicharde, qu’elle se voit et se veuille solaire ou crépusculaire.

D’aucuns, plus retors, affichent leurs convictions, se réclament d’une tradition, la défendent bec et ongles, creusent et creusent des arguments empruntés au passé du monde et tentent de les remettre au goût du jour. Ceci dans tous les domaines de la vie sociale et politique, l’art, le souci esthétique des formes n’étant jamais oubliés quand on se place sur le terrain des idées dans une perspective gramscienne.

Devant le tribunal de la vie, pas moyen de se pourvoir en cassation ; définitif, sans appel, le jugement tranche dans le vif des nerfs et des vies en jeu. Il flotte dans l’air, où que l’on aille, un air de déjà vu-déjà entendu qui, certes, incline à une compréhension mutuelle quasi instantanée, mais enfin la question des questions reste posée, sans que cette dernière ne trouve une réponse ferme et définitive, et ce tant que l’on s’en tient au bavardage.

Nous ondoyons dans l’aléa et le contingent qui dessinent-redessinent tous deux des combinaisons d’intérêts fluctuants, divergents-convergents, sans jamais qu’un accord plein et entier ne parvienne à s’imposer, et ce dans un espace interhumain soumis à la nécessité qui découle de ce conglomérat d’aléas et de contingences auquel rien ni personne n’échappe, pas même les dieux, pas même les nations si fières de leur héritage.

Comment vivre en bonne intelligence avec son prochain ? son semblable ? son frère ? une amitié entre les peuples - mais lesquels ? - est-elle seulement possible ? mais qu’est-ce cela, un peuple ?

Comment accepter pratiquement le dynamisme inhérent au fait que le prochain s’avère être constamment le plus lointain ? sûr de ses droits, ferme sur les principes, acharné à nous rabaisser, nous humilier, nous nuire ou nous asservir ?

Jeter des ponts, construire des passerelles, renverser des barrières mentales, combattre des préjugés imbéciles vivement ancrés dans les pensées les plus charnelles et les plus terre à terre au moment même où elles clament leur attachement à quelque transcendance tombée d’on ne sait quel ciel, oui, pourquoi pas ?

A la mort sans phrases qui rejette toute théâtralisation du tragique de la vie peut correspondre le désir de mener une vie sans phrases qui se contente d’exister, mais, oh paradoxe, même celui ou celle qui désire ne pas s’étendre sur quelque sujet que ce soit ou pire se répandre en propos justificateurs sanctifiant l’existence ou la maudissant, peu importe au fond, a recours au malheur des mots pour dire qu’il se refuse catégoriquement à développer une pensée qu’il juge inutile et stérile, voire néfaste et délétère, dont il estime de fait, a minima, qu’elle est pour le moins déplacée, pensée encore mais qui avorte au moment de naître.

Une pensée qui en rabat, se refuse à exister autrement qu’à l’état larvaire, persuadée qu’elle est de trouver de plus beaux papillons ailleurs que dans son propre jardin, mais pour butiner quelles fleurs et au bénéfice de qui ? Une vie sans pensée n’est certes pas une vie par procuration, même si, clairement, d’autres se chargent pour vous d’avoir cure de ce qui se trame dans le vaste monde des idées.

Persuadée ou convaincue, disais-je, la question reste posée.

Langage commun à tous, à la merci de tous les usages possibles et imaginables, pauvre de toi !...

Mais il y a les œuvres, me dires-vous, celle qu’on écrit dans la fièvre ou la ferveur, celle qu’on lit dans l’ennui ou dans l’enthousiasme.

Une œuvre - hélas ? - n’est jamais qu’une œuvre, quelle qu’en soit l’ampleur et la profondeur. Il est si facile et si commode de l’ignorer ou si commun d’ignorer qu’on en ignore l’existence. On ne reprendra pas ici le débat sur une école laïque et républicaine digne de ce nom…

Une curiosité insatiable peut nous animer ; l’angoisse, sa digne compagne, aiguillonne, entrave ou relance nos avancées en terre inconnue, c’est selon.

D’aucuns, non contents d’apporter de l’eau à leur moulin, fournissent le froment avec la farine duquel certains feront leur pain quotidien parce que le plaisir de pétrir une belle pâte blonde ou brune donne de la joie.

Me voilà dans un beau pétrin !

J’ai beau dire, j’ai beau faire, je puis m’ébaubir ou en être consterné, je ne sors jamais de moi-même que pour y être renvoyé par autrui, assigné à résidence que je suis, escargot dans sa coquille, jamais aussi heureux que lorsqu’il pleut à verse.

Il pleut doucement sur la ville.

 

 

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