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Un jardin
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 Article publié le 27 décembre 2020.

oOo

Tu vois, cette eau croupie, mais c’est le parfait miroir pour moi et mes semblables ! En doutais-tu ?

J’y marche des heures au cœur d’un désert froid comme une limace, pas même peuplé de quelques fantoches errants. Rien ne pleure ni ne ricane alentour, mais c’est n’est pas encore le silence que j’appelle de mes vœux.

J’avance, oublieux du froid qui, je le sens, cède peu à peu la place à une de ces chaleurs humides et pénétrantes, de celle qui règne dans une serre chaude.

On devine çà et là que jadis il y eut ici un jardin, un vaste jardin d’ornement. Il dort à présent, ronces à l’appui de mon dire.

Quelques allées se dessinent par-ci par-là, mais c’est à peu près tout.

La luxuriance du lieu est tout à fait prodigieuse ; elle suscite de fait le doute quant à son authenticité, en revanche, sa provenance est claire comme de l’eau de roche : des humains y ont imprimé leurs marques, désormais désuètes et froides.

Déshérence.

L’extrême variété des essences présentes dans ce fouillis végétal est comme une suspension de la respiration ; on y étouffe comme dans une jungle sous la discordante richesse d’un lieu ensauvagé abandonné par l’homme, et j’ai vérifié mille et mille fois, tu peux m’en croire, aucune femme ne s’est pointée à l’horizon de ce monde confus pour en relever le défi.

Ce jardin ensauvagé est un formidable conglomérat d’ambitions déchues.

J’y vois la marque d’un abandon qui va bien au-delà de l’humaine condition qui tenta d’y séjourner en ordonnant un espace à la française. Les proportions harmonieuses ont complètement disparu ; on ne fait qu’en supputer l’existence. C’est en se souvenant des jours heureux qu’il faut s’y frayer un chemin à coup de serpe, et tant pis pour les lianes entremêlées qui tombent sous les coups.

Prends par exemple ce rosier devenu gigantesque. Il s’enroule, comme tu vois, autour d’un if rabougri, certes encore droit comme un i, mais sans panache ni attache. La Méditerranée est loin, et ses côtes, son air vif et tempétueux, tout cela ne s’accorde plus avec ce lieu désolé.

Il y a bien cette Pomone d’albâtre perdue dans ce qui semble être un résidu de bosquet envahi par des lianes grosses comme des poignets d’enfant, mais ce ne sont pas les yeux figés de la déesse qui éveilleront la moindre étincelle de saveur dans ce bric à braque conçu par quelques humains et devenu ce cloaque de verdure à ciel ouvert. Les propriétaires, en tous cas, avaient des goûts classiques ou du moins aimaient un certain classicisme.

Tu vois, mes eaux sont riches de promesses, en dépit du fait qu’il est impossible de s’y désaltérer. Ce lieu en déshérence appelle la hache et les bulldozers, mais rien ne s’y passe encore que ces mots désolés.

 

Jean-Michel Guyot

8 novembre 2020

 

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