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Cette année-là, c'était la mode du houx
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 Article publié le 14 février 2009.

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Cette année-là
c’était la mode du houx

 Alors, avec mon père, on est grimpé en bagnole - l’Alpha 159 blanche - et on est parti en couper dans les bois. Adieu sapin ; welcome houx. Je ne sais pas trop où ma mère avait choppé cette info, peut-être bien dans Femme Actuelle, style, cancer, ascendant vierge : un puissant désir de houx vous stimulera jusqu’au 25… Et ouais ! N’empêche, trois avantages. Trois avantages qu’elle avait lus à haute voix, le doigt au plafond :

 - Moins encombrant, foin des pluies d’épines, et puis, pensez-y les gars, les boules rouges ont rendu l’âme l’hivers dernier…

 Que voulez-vous répondre à ça ?

 Ses longs cheveux blonds qui lui tombaient jusqu’aux fesses, sa taille de guêpe, son petit sourire, son petit clin d’œil, son pull rouge, trois, quatre nouveau poèmes qui traînaient sur la table du salon… Mon père et moi, plantés debout, cheveux en batailles, comme statufiés dans la démonstration…

 Alors, on est grimpé en bagnole.

 L’Alpha 159 blanche.

 Je n’étais pas certain que le père Noël soit très jouasse de cette affaire - 15 000 bornes en traîneau pour tomber sur trois branches de houx… j’allais en faire les frais, sûr ! - mais mon père, il a simplement caresser sa moustache et monté le volume de l’autoradio. C’était Johnny qui chantait : Excusez-moi de ne pas être américain / Anglais de Liverpool / Et même pas canadien / Excusez-moi encore de chanter toujours du rock’n roll… Et ses doigts de mécano ont commencé à tapoter le volant… Je suis un rockeur maudit / Ouais, c’est la haine d’être né à Paris… 

 Alors, avec mon père, on a coupé du houx.

 N’empêche, cette année-là, on a été drôlement emmerdé avec les guirlandes.

 On a accroché ça un peu partout, au dessus des portes, autour des cadres, et que je t’en suspende 3, 4 au lustre maison de brune, 2 apôtres sur la télé, un troisième sur la chaîne hifi, des vaches, des chèvres, des ânes, ça arrivait de partout, de l’Est, de l’Ouest, ça remontait du Bengale jusqu’à la pointe du Raz, du soleil levant jusqu’au couchant, et ma mère, des ampoules pleins les doigts, n’était pas loin de crier victoire, elle chantait comme en 14, mais le soir, comme ça, d’un seul, elle a fait sa moue, s’est refermée sur elle-même, sa tristesse des soleils blancs, ses grands plongeons au cœur de l’existence, personne ne savait alors sur quelles eaux noires elle naviguait, ni quand, elle reviendrait,

 Alors, avec mon père, on est parti nettoyer le coffre de l’Alpha 159.

 Bilan :

 Au petit matin du 25, il y avait, au pied du houx, un bicrosse rouge et un nouvel album de Tintin. Pour mon père, un pull et un portefeuille en cuir. Ma mère, un truc rouge et noir en dentelle qui les a beaucoup fait rire, et un livre d’Ernest Hemingway, Pour Qui Sonne Le Glas.

 Avant de tout remballer - on n’était pas du genre à s’étendre - on a regardé une dernière fois le petit Jésus couché dans son morceau de coton et sous ses trois branches de houx.

 Et puis ma mère a dit :

 - Noël au houx, hibou ! C’est bien fini, les gars.

 

Sebastien Ayreault

ayreault.s@gmail.com

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