Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Forum] [Contact e-mail]
ESPACES D'AUTEURS
Ces auteurs ont bien
voulu animer des
espaces plus proches de
leurs préoccupations
que le sommaire de la
RAL,M toujours un peu
généraliste.
Otrofictif 16
Navigation
[E-mail]
 Article publié le 17 mai 2014.

oOo

alors monsieur qui n’avez rien dit

quand madame a commis sur ma personne

une violence indigne de la poésie

que vous étiez venu chercher dans la rue

le roman doit-il reculer devant la poésie ?

 

Nina. Nina. Nina.

 

« Viens. C’est par là. »

 

La grosse écriture anguleuse de Nina. J’étreignais son message.

 

Lucienne est/était une salope.

 

 Toi aussi tu es une salope.

 

Elsie n’est pas une salope.

 

 Elsie. Lucienne (Justine/Juliette). Nina.

 

En montant l’escalier, j’essayai de penser avec le cerveau de Paterson. Un cerveau conçu pour penser à la place des autres. De qui étais-je le jouet ? Que savait le cerveau d’Elsie ? Elsie m’a toujours précédé. Oui. Oui. Elle est là avant moi. Qui est Nina ?

 

Téléphone à Elsie. Dis-lui.

 

« Je vais t’expliquer la salope que c’était ! »

 

Elle ouvre un dossier. « Voilà. » « Lis. »

 

Nina. Qu’est-ce que tu fais avec cette femme ? J’étais avec Maman sur la plage. Qui je vois ? Lucienne. Au bras de qui ? Devine. Heureusement, Maman n’a rien vu. Elle t’aurait arraché les yeux. Non mais qu’est-ce que tu fais avec Lucienne. La poufiasse ! Comment si je la connais ! Des amis d’enfance, oui, tu parles ! Tu m’expliqueras ce que tu faisais avec cette traînée. Oui. Oui. J’attends tes explications. Après, tu te débrouilles avec Maman. Elle t’arrachera les yeux.

 

les gens font de la poésie sans le savoir.

ce qu’ils font sans arrêt c’est de la poésie.

des montages improvisés aux compositions :

les mieux réfléchies : la poésie surnage :

comme le meilleur du bouillon : poésie

assez transparente pour que le roman

apparaisse encore sous les lignes noires :

d’une poésie faite pour dire, redire et naître

une bonne fois pour toute au monde qui :

charrie les romans de nos existences.

 

LUCIENNE B. CONDAMNÉE À 2 ANS AVEC SURSIS POUR SON IMPLICATION DANS LE MEURTRE DE GÉRÔME Z. FRANCK B. EST TOUJOURS EN FUITE. DEMANDEZ PLUS DE DÉTAILS À VOTRE JOURNALISTE PRÉFÉRÉ. ON PEUT L’APPELER AU

 

sans le savoir c’est vite dit monsieur

moi quand je fais de la poésie je ne fais pas

autre chose : ne me dites pas que vous agissez

en poète quand vous dites ce genre de truc :

la délation est la fin d’un poème destiné

à mettre de l’ordre où le chaos s’est introduit

au moment où on s’y attendait le moins :

votre dame m’a sacrément amoché monsieur :

vous serez bien aimable de soigner cette blessure :

je sais bien que vous n’êtes pas responsable :

de ce que votre dame fait subir aux pauvres :

que nous sommes : vous et moi plus pauvres :

l’un que l’autre :

 

LUCIENNE B. A DISPARU. ELLE A LAISSÉ SON APPARTEMENT VIDE MAIS A PAYÉ SON LOYER ET TOUTES SES DETTES. EST-ELLE EN CAVALE AVEC FRANCK B. ? NOUS LE SERONS BIENTÔT DANS LE PROCHAIN NUMÉRO DE NOTRE

 

Le clodo nous avait suivis. « Ne me dis pas que c’est lui ! » fit Nina en vidant son verre. Qu’est-ce qu’il sait ? pensai-je aussitôt.

 

« Elle ouvrit et il s’engouffra dans cette brèche. Elle se mit à hurler comme s’il était en train de la violer. Je dus lui mettre la main sur la bouche et lui tordre le bras. Immobile devant mon verre qu’il ne touchait pas, le clodo avait l’air tranquille de celui qui sait exactement ce qu’il va faire maintenant que c’est à lui de jouer. »

 

ON A APERÇU LUCIENNE B. AUX BRAS D’UN INCONNU. QUE FAIT LA POLICE ? SI VOUS AVEZ DES CHOSES À DIRE QUI NE PEUVENT PAS RESTER SECRÈTES VOTRE JOURNALISTE PRÉFÉRÉ EST LÀ POUR 

 

pense vite. pourquoi t’a-t-elle amené ici. tu ne savais rien. tu ne te renseignes jamais assez. tu la suivais comme un petit. elle savait ce qu’elle faisait. il ne te reste plus qu’à en parler à paterson. tu vas avoir l’air con. tu a déjà l’air con. tu as l’air tellement con qu’il te croit sur parole. franck b. qui est franck b. b. sur sa porte. son nom. b. paterson a déjà fait la relation. il se sert de toi. écoutons ce qu’a à dire ce clodo. il saigne. soignons-le.

 

1. Nina cessa de crier. Le clodo prit place en face de mon verre, sans y toucher. Il attendait un signe. « Je vais vous soigner d’abord, » dis-je en relâchant Nina qui rua.

 

Répétez.

 

2. Je crois que Nina avait cessé de crier. Le clodo en voulait au contenu de mon verre, un excellent cognac. Je lui ai proposé de soigner sa blessure, mais il a refusé et a avalé le cognac sans ma permission.

 

C’est mieux. Plus vrai. Mais…

 

3. Nina n’avait pas crié. Je crois qu’elle s’amusait. Le clodo me demanda s’il pouvait boire un coup avant de subir le choc des soins que Nina s’apprêtait à lui faire subir […]

 

Vous ne serez jamais poète.

 

monsieur me permettra de critiquer

je ne dis pas que c’est mauvais mauvais

mais en attendant que votre dame revienne

parmi nous : puis-je vous demander

si ce verre sera de trop ou si au contraire

il n’existe déjà plus ni pour vous ni pour moi :

 

la poésie est une maladie du langage.

le poète est un malade de lui-même.

il s’empoisonne avec sa propre substance.

et voulez-vous que je vous dise monsieur :

eh bien ça chante : monsieur : voilà comment :

les mots se mettent à chanter plus que de raison :

situez le sens un poil à côté de son sens :

un rien suffit à faire de la poésie : voilà :

le secret que j’ai découvert sur le trottoir :

monsieur dont la dame ne supporte pas :

l’odeur : des clodos : l’odeur : du phénol :

 

« J’ai vu monsieur avec madame… je veux dire l’autre dame… alors j’ai pensé… et puis j’ai revu monsieur avec cette autre dame et je suis dit…

— J’aurais peut-être mieux fait de le tuer, » dit Nina en riant.

 

Un commentaire, une critique...?
modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides. Servez-vous de la barre d'outils ci-dessous pour la mise en forme.

Retour à la RALM Revue d'Art et de Littérature, Musique - Espaces d'auteurs [Contact e-mail]
2004/2019 Revue d'art et de littérature, musique

publiée par Patrick Cintas - 12, rue du docteur Sérié - 09270 Mazères - France

Copyrights: - Le site: © Patrick CINTAS (webmaster). - Textes, images, musiques: © Les auteurs

 

- Dépôt légal: ISSN 2274-0457 -