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 Article publié le 14 octobre 2015.

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fatigue bonne et salutaire qui est le bon sol où planer d’un seul aigle le vitrail de l’âme où mettre les entrailles des bonnes couleurs de la vie cernées par le bon plomb de la légèreté pesante jusqu’à terre la crinière en feu des naseaux au garrot le plomb aux veines d’or comme dans l’athanor l’électre le fourneau ou le Cheirokmeta l’épée se fait plus vague le glaive plus flot Scamandre de leur sang couché de tout leur long celui qui est rivage de l’un et celui rivage de l’autre avec entre les deux la chaleur bouclier recevant les zéphyrs de la peau nue de l’autre bronze entrechoqué de rosée musicale comme les flopées bouclées et crêpelées chantantes des vaguelettes du Scamandre le leur s’évaporant entre leurs omoplates leurs cuisses leurs aines le sternum leurs cils mouillant les draps salopés du sol où germent les pliures de leur épopée la couronne en feu des postérieurs mouillés par les décontractions contractions de la croupe en suée du coursier des pensées à la chose au bout des doigts poissés par les images floues de la pensée perdue à peine éternuée mais caressant l’éternité à sa crinière buvant ses paroles tues jusqu’à plus soif la souille dans la soue des ongles du ciel bas endeuillant vivement l’instant de dégainer sa lance son carquois le larynx engainant la pouillerie du temps chaque instant souvenir fleurissant en poussière offrant ses monuments funéraires vivants et souillés d’un pur sang d’une pure salive bue dans la savane de la soif des deux à l’oasis des plaies placées en embuscade sur leur guérison divine et maquerelle grande ourse charriot et les harnais tancés par la tirade longue et étirée du ciel qu’éborgne l’hôtel sans autel de leurs coups savourés jusqu’à ce rien sonore gong bronzant d’un rien l’épitaphe de naître à quelque ruse armée d’une aile de colombe efficace effilée d’un geignement d’étoile filant prétantaine le naseau pointé sur le garrot des rênes l’un disant ma reine du cuir de sa langue mal utilisée qui est le glaive épris de sa lame brisée au rivage de l’autre mu par le baiser des ronces tumultueuses du divin combat au confront des agneaux des mots que l’autre égorge de son

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  Les déboires sexuels d’Achille par Patrick Cintas

Tinbad nous signale que ce récit de Gilbert Bourson ne peut figurer dans sa collection fiction car « il part d’un fait mythique » : les déboires sexuels d’Achille. Ce texte devient donc une « épopée » ou plus justement un « chant ».

Publiant ce texte fabuleux dans la RALM en octobre 2015 (vous y êtes), j’avais considéré que cet Achille est un autre. Aussi avais-je cru à une histoire : celle-ci commence en cours, comme une tragédie racinienne (avec ce que cela suppose de passion) ou à l’instar de celle que jeta en pâture notre Claude Simon national.

Pourtant, voici que je reviens sur mes considérations héritées (je n’en doute pas) d’une de ces interminables conversations que Gilbert et moi avons pris l’habitude d’entretenir en dehors des jardins de Pomone.

Phases est un effet un chant, comme extrait d’une Iliade relue et surtout rejouée sur le fil de l’âge et du temps. Faut-il chercher ailleurs dans la colossale rubrique de Gilbert Bourson les autres chants de cette… aventure ?

L’œuvre entière de cet auteur (et interprète) est contenue dans un seul élan scripturaire. Revient-on ainsi à la notion de roman (Ulysses) ? Est-ce le tout qui conseille le roman plutôt que le chant ? Comme le compositeur dépose de la musique sur les mots (ou le contraire), c’est de la poésie que Gilbert Bourson dépose sur son histoire. Que celle-ci se joue au théâtre (comme cela arriva) ou dans une collection éditoriale (espérons dans les meilleures librairies).

Texte court (de la longueur d’un Cid ou d’une Phèdre), il se présente d’un trait, sans ponctuation ni saut de ligne ni de page. Nous voilà invités, le temps d’une soirée (ou d’une matinée), à lire le tout sans actes et à tomber nez à nez avec la fin à la dernière page, puisqu’elle n’a pas lieu. En cas de fatigue ou de doute sur notre capacité à apprécier les bienfaits de l’impatience sur l’attente, on fera lire ce chant par une voix de synthèse, féminine ou autre selon son idiosyncrasie en matière d’écoute. Hortense, par exemple.

Voilà un texte (heureusement court) qui se prête à une lecture à la Vico : une première pour prendre la mesure, une seconde pour en situer les actes (avec une précision de l’ordre de l’année-lumière toutefois) et une troisième pour se poser la question (et y répondre) de savoir à quoi il sert. Car l’art doit servir à quelque chose, comme au Mexique. Je ne saurais trop vous conseiller de vous armer d’un crayon et de la gomme qui va avec. Ne vous fiez d’ailleurs pas aux chapitres ici proposés : je ne me souviens même plus si cette mise en scènes est de Bourson ou de moi… En tout cas, j’ai fait ce que je vous conseille de faire.

Bien sûr, une fois assumées ces considérations de forme et de temps, le contenu hautement sexuel de l’objet prendra toute la place. Ce n’est pas qu’il ne saute pas aux yeux dès la première secousse, mais l’aspect tellurique des coups de reins mettra en sueur le moindre comédien chargé de porter cette histoire à l’écran ou sur la scène. Cette beauté héritée de Sade, Gilbert Bourson nous en éclaire quelques parcelles jusque-là inexplorées. Il y met le paquet. Ne ménageant pas la citation, l’allusion, la révision ni l’invention verbale où les mots, ou plutôt leurs fonctions, se télescopent avec autant de talent que la machine à coudre et la table de dissection, sauf que la machine en question relève des mécanismes de la turgescence et la table du lit et de ses draps ou de ses herbes folles. D’où la nécessité (peut-être) d’un seul souffle et (n’exagérons rien) la dimension tragique (dans le sens théâtral) de cette verve ni fictive ni vraisemblable. La poésie née d’un chant se distingue toujours du chant imité de la poésie.

Patrick Cintas.

 


  Belle lecture de ‘Phases’ par Gilbert Bourson

Merci Patrick pour ta belle lecture de ‘Phases’. J’ai écrit ce truc sans chapitres ni décrochements d’aucunes sortes. Une fois le premier mot lu, la phrase toujours déjà commencée doit se dérouler sans entracte ni pause jusqu’à son impossible fin ; nul coït qui, comme dit Beckett, nous baiserait par son final mesquin. Tragédie ou comédie, peut-être aussi vaudeville. Le théâtre est ici aussi plat que le bord de la falaise qui n’est que la scène où l’on joue le roi Lear. C’est un texte sadien pris dans l’interminable question du désir non pas attrapé par la queue, mais bien par son talon d’Achille le bouillant, foulant notre occident. Et quant aux comédiens qui pourraient s’y coller ils seraient dans l’obligation de haleter, selon les survenues des brouillards Olympiens, ces divins capitons. Merci également pour avoir accueilli ce texte dans la RALM il y a des années en croyant que l’Achille était un personnage du texte en question, alors qu’il est le texte talonnant l’auteur, lequel est à la fois les deux belligérants Achéens et Troyens, le glaive entre les doigts de rose de l’Aurore de son écriture.


 

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