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MARTEAU SANS MAÎTRE (LE -)
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 Article publié le 29 janvier 2017.

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p>Il n’y a pas d’accès direct à l’oeuvre. Le Marteau sans maître est un poème, une oeuvre musicale, une oeuvre picturale, et ces prolongements méritent qu’on s’y attarde. Les deux oeuvres qui empruntent son titre au livre de Char exploitent deux aspects qui s’y combinent. Vieira da Silva prend Le Marteau sans maître dans l’oeuvre de Char ; Pierre Boulez prend René Char comme un aboutissement du surréalisme. Chez le musicien en effet l’exploitation des poèmes de Char s’inscrit dans une même ligne que les références à Artaud et à André Breton. Du surréalisme, comme de Char, le compositeur reprend la tension contradictoire. Comme Artaud, il prétend « organiser le chaos ».

La relation du poème à l’oeuvre musicale est complexe et indirecte. Les trois poèmes sur lesquels s’appuie Boulez (Bel Edifice et les pressentiments, Bourreaux de solitude, L’Artisanat furieux) retiennent du livre une forme versifiée et brève. Ils ont cet avantage de recréer un Marteau sans maître miniature, qui laisse une grande place à l’initiative proprement musicale. Très soucieux de faire apparaître le poème dans l’oeuvre, à des points où la musique s’éloigne derrière la voix, qui se déploie presque solitairement, le musicien a privilégié un développement musical autonome par rapport à la restitution de l’oeuvre poétique. Dans l’adaptation du Visage nuptial, au contraire, la structure du cycle de poèmes a déterminé la structure de la composition musicale. Mais le chant, mélismatique, y perd les paroles dans les courbes de la mélodie, que complexifie jusqu’au brouillage le chant choral. Le rapport entre le poétique et le musical est ainsi continuellement un rapport d’antagonisme, que Pierre Boulez a exploité pareillement dans son Portrait de Mallarmé. Sans doute Le Marteau sans maître, parce que le langage poétique y est particulièrement irréductible à aucune émotion musicale connue, marque-t-il un nouveau type de rapport texte-musique, très éloigné en tout cas de l’expressivité romantique. Chacun des trois poèmes sélectionnés engendre une série de pièces musicales qui forment autant de « cycles » qu’il y a de poèmes. Le format de la pièce musicale épouse celui du poème, pour se prolonger dans un ordre proprement musical. Ainsi les cycles, dans la composition, s’imbriquent-ils les uns dans les autres. L’agencement mélodique, la combinaison des instruments qui obéit à une stricte chaîne, fondée sur les affinités de chacun des instruments, les uns par rapport aux autres, le choix d’une poésie non de permutations mais d’invention, convergent pour faire de cette oeuvre une des plus manifestes réussites du sérialisme.

L ’oeuvre de Maria Helena Vieira da Silva, intitulée Marteau sans maître, et datée de 1967, est moins importante en ce qu’elle ne coïncide pas avec l’une des plus éclatantes réussites de cette grande peintre. C’est un dessin de petit format, exécuté à l’encre de chine et représentant une bibliothèque où apparaissent les titres de plusieurs ouvrages de René Char : Claire, Pauvreté et privilège, Lettera amorosa, et parmi eux, Le Marteau sans maître, dont le titre (et c’est le seul) déborde du volume. Les bouquins sont étroitement comprimés les uns contre les autres, et forment des rectangle irréguliers. La confrontation des tranches de volumes et de la couverture du dernier d’entre eux, à droite, produit une perspective fausse, que la dispersion des rectangles et lignes poursuivent de morceler. C’est la beauté d’une oeuvre pleine de crevasses optiques. Les oeuvres de Char et de Vieira da Silva sont très liées, et se nourrissent d’échos réciproques, parmi lesquels la bibliothèque tient une position centrale. Chez rené Char, un message, la bibliothèque est en feu, souvenir de la résistance. Chez Vieira da Silva, une bibliothèque organique, qui fluctue au gré des toiles, dont la représentation se confond avec celle des villes, rejoignant le jeu d’échecs et la mosaïque... et enfin se mêle au branchage d’un arbre, par un système fatal d’attraction et de motivation. Le langage de Vieira da Silva qui est celui de quelques formes approfondies, que font varier perspectives et densités, mobiles chez elle, joue sur ces réductions géométriques d’éléments de figuration pour soumettre au réel un formalisme premier dans le regard. Son Marteau sans maître appartient à ces constructions secondaires qui rendent explicites les développements des « grandes » Bibliothèques de Vieira da Silva. Mais elle désigne également un point d’impact.

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