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D'une folle énergie - Hommage à Pascal Leray
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 Article publié le 26 mars 2017.

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Cette écriture a la densité d’un souffle.

C’est un bloc de granit en expansion qui s’auto-vaporise, une boule d’énergies multicolores qui dévale sans autre but que son mouvement d’expansion continue et qui transmute tout ce qui se présente sur son passage, créant ainsi une différence plus que ténue entre ses parages et sa rage créatrice.

Le propos qui s’en dégage n’a en soi rien de meurtrier, bien qu’il soit de bout en bout vif et tranchant, le vif en lui n’arrondissant en rien les angles du donné universel mais donnant à chaque particule en mouvement une sorte de sagesse grave qui en pondère la mortelle présence virevoltante.

Et particule instable comme il se doit, autotélique, une et multiple, dialoguant, correspondant, réfutant, combattant et soutenant dans le même temps exalté de la recherche incessante d’une synthèse impossible le point d’équilibre nécessaire à son projet.

J’admire ainsi la profondeur qui se dégage dans les parages de ce bloc mi solide mi gazeux, comme si de l’un à l’autre et de l’autre à l’un se jouait, l’espace d’une différence intime qui en annule les pôles magnétiques, la création abrupte et constamment réitérée d’une sphère impossible à circonscrire que j’appelle multivers.

C’est que l’auteur verse allègrement aussi bien dans le récit énigmatique que dans la poésie elliptique, l’essai court que le roman d’ampleur. Il amplifie des résonances, les décompose en les faisant passer par le prisme aigu de sa plume acérée trempée dans l’encre vive de l’informatique dernier cri.

On sent ainsi que la pensée rapide — cet éclair vif-argent qui découle d’une contemplation amusée du monde — se joue des obstacles matériels, flirte avec les éléments à part égale et combine dans le texte-alambic des éléments, des ingrédients, des substances et des mouvements qui, loin de s’annuler, s’exaltent mutuellement sans jamais vouloir déboucher, semble-t-il, sur un tout figé, qui se verrait attribué par on ne sait quelle autorité transcendante un statut d’existant multiple à vocation universelle, un étant, hélas, rien qu’un étant de plus qui susciterait admiration ou rejet, adhésion ou moquerie.

Tout au contraire, la puissance de l’il y a, antérieure à toute considération ontologique fermée, à toute distinction entre être et étant, trouve par là à s’exprimer à travers des singularités phrastiques, des formules choc, des fusées au sens baudelairien, des entités théoriques mouvantes, des hypothèses poussées à l’extrême de leur potentiel cognitif et narratif, comme si la pensée s’acharnait à deviser avec un néant qu’elle sait inaccessible, savoir indu puisque non justifié par une connaissance préalable basée sur un constat factuel.

Rien n’échappe à son mouvement brownien qui n’a pour seule limite que le néant introuvable. Le néant n’est dès lors que l’espace qui sépare deux existants, deux entités, deux personnes qui devisent dans la fièvre, s’interpellent aimablement ou rudement, néant constamment renouvelé et rehaussé par l’ampleur hallucinée du propos-monde qui s’en dégage.

Il s’agit en somme de vivre les faits, même les plus anciens, les plus éloignés dans le temps, les plus enfouis sous la calotte glaciaire du bon sens devenu nerveux et désormais durablement enclin aux tourments du doute le plus ouvert qui soit sur l’espace aléatoire de la découverte multiforme.

Le temps joue en faveur d’une approche aussi patiente.

Une pensée qui part à la découverte de sa propre initiative crée ainsi un mouvement singulier capable d’absorber toute l’énergie environnante en la transformant en une source de chaleur qui vient réchauffer les intuitions les plus froides, les plus stables. Rien ni personne n’en sort indemne. Le renouvellement opéré modifie l’agencement, l’ordre donné et reçu par les traditions, dérange le flux informationnel déversé par les autorités en place, petites et grandes.

La patience, dans cette démarche quasi hallucinée, n’a d’autre objet qu’elle-même, confrontée qu’elle est de facto à l’abîme du divers dont il lui faut s’extraire pour faire la lumière, toute la lumière sur les lumières intermittentes du monde.

Le clin d’œil, ainsi, mime le monde ouvert-fermé, refermé aussitôt qu’ouvert.

Et de clin en clin, le regard incline à ouvrir les yeux sur tout ce qui incline à faire la lumière sur tout ce qui se présente à nous ici et maintenant. Cette écriture se joue du tout, bondissant d’un tout à l’autre, bouleversant du tout au tout la totalité ainsi fracturée et renvoyée aux calendes grecques d’un temps révolu.

Il faut pour cela une oreille diabolique qui cherche dans les moindres détails à faire surgir l’insolite au cœur du mal-être et du bien-être que nous avons tous en partage dans ce monde qui est le nôtre au même instant.

Habiter l’insolite sans être hanté par lui, maintenir à distance l’insolite dans ce qu’il est, sans le réduire à n’être qu’une modalité d’être de plus dont on s’approprie la puissance, c’est à cela qu’une pensée honnête, méticuleuseet quasi obsessionnelle s’astreint en toute bonne foi dans les pages riantes et les pages convulsives que cet auteur nous livre semaine après semaine pour notre grand bonheur.

 

Jean-Michel Guyot

12 mars 2017

 


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