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En ce temps-là le charbon était devenu aussi précieux et rare que des pépites d'or et j'écrivais dans un grenier où la neige, en tombant par les fentes du toit, devenait bleue.
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De ses épaules larges, contre l’ombre qui danse sur le mur, il tient la place où les autres têtes passeraient.
L’instrument est une guitare dont les notes ne vont pas assez haut.
Personne n’entend rien, pourtant ses doigts pincent les cordes ; il joue et ses pieds battent sans cesse la mesure.
Un œil fermé, l’autre perdu derrière le rideau plissé, quand l’air s’étale et que la foule danse, tout le monde danse, tout le monde crie et enfin deux bras blancs sortis des fumées de sa pipe lui entourent le cou.
Dans le fond les danseurs arrêtés regardent le tapis.
Lire Peter H. BEAMAN - Strange Immediate : Poetic Experience in Pierre Reverdy
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Sommaire du mois
Les tentatives d'explication sont vouées d'avance à l'échec — si ce n'est à la malédiction.
Jacques Bens à propos de Boris Vian.
4
LA PLUIE
de Gilbert Bourson
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Diffuseurs... ! Communicants... !
Rassemblez vos membres... !
Après la camelote de la « rentrée »
Voici un roman digne de ce nom... !
moderne... ! bien écrit... ! SENSÉ... !
Et surtout INTÉRESSANT... !
Et vous, lecteurs, régalez-vous... !
L'offre de lecture libre est valable jusqu'à Noël... !
Ensuite, on imprime... !
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LA PLUIE
©jean-claude cintas
Un roman de Gilbert Bourson
en lecture libre
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À propos de la « pluie »
La pluie m‘a toujours évoqué l’écriture. Peut-être faut- il y ajouter le É majuscule à cause du déluge qui est la matrice de mon livre. Le premier chapitre est l’embarquement dans l’arche, c’est-à-dire le couloir de l’immeuble qui s’appellera plus tard « la maison de pluie ». Les deux sexes de l’espèce humaine y sont embarqués. La pluie au dehors redouble comme la fiction qui oblige ce couple tout à fait occasionnel à passer d’une rencontre à l’autre, d’une brèche à l’autre, d’un palier à l’autre, construisant eux-mêmes l’Arche de leur rencontre. L’homme a semble-t-il laissé derrière lui, femme, enfants, ami « invité ». Le terme invité laisse supposer qu’il était à table et qu’il a dû quitter sa petite compagnie inopinément, ou peut-être sous l’injonction d’un quelconque désir. La femme semble l’attendre dit-il et sans doute il savait aller au devant d’elle. Le lecteur pourra s’écrire son histoire d’amour, car l’auteur, si je puis dire, ne se mouillera pas tout au long de cette histoire de pluie, quant au degré de sentiments que les protagonistes éprouvent l’un pour l’autre, encore que l’homme fasse part de son peu d’attirance pour cette femme au tout début du chapitre. On peut penser que l’homme veut se mentir à lui-même. Il se laisse entrainer par la femme comme Adam au paradis terrestre. Concomitance ici entre le paradis terrestre et l’Arche. Ici l’arche qui est la maison de pluie sera leur paradis, duquel à la fin du livre, ils seront expulsés par l’ange qu’ils rencontrent dans la maison, et qui semble tour à tour une statue ou une figurine découpée dans du carton. « Un ange à découper avec son socle à plat marqué d’un pointillé et à l’intérieur les mots : PLIEZ ICI »
Leur déambulation les transporte malgré eux dans une série d’aventures qui les effraient ou les mettent dans un état hypnotique propre à les rapprocher ou au contraire à les éloigner l’un de l’autre. Ils semblent se déplacer comme en rêve. On pense évidemment à « l’auteur de leurs jours » qui plane au dessus d’eux comme un grand aigle dans un hall immense évoqué comme une sorte de construction du XIX° siècle au cours du chapitre, sorte de verrière, mariage de la technique et de l’art du Paris des marchands, capitale du XIX° siècle qu’affectionnait Walter Benjamin. L’homme suit la femme comme à regret, mais c’est ce regret qui colore son attirance grandissante pour la femme. Cette attirance, il n’en comprend pas la nature et elle l’inquiète. Elle sent la pluie, elle est la pluie, rentrée avec lui dans ce qui était sensé les en protéger, en tout cas l’homme croyait-il chercher cette protection.
On se déguise ses propres désirs comme on se colle de fausses moustaches. L’homme au couteau rencontré dans l’escalier du début et qui raconte son enfance, révèle la sienne à l’homme du couple et taillera les brèches par lesquelles ce couple devra passer. Ce couteau est dit « inoubliable » comme le seront les multiples coupures de leur parcours. » C’est la main, tout d’abord, que l’homme et la femme aperçoivent. La main sur le mur, puis une tête vient, les épaules, tout le corps, puis rien ».
C’est ainsi qu’apparaît l’homme à moustaches. C’est d’abord l’obscurité puis à nouveau la lumière. Et c’est l’apparition du corps entier de l’homme à moustaches. C’est l’apparition du corps sexué, du corps brandi avec sa pilosité indécente et sa capacité de pénétrer le corps de l’autre. En l’occurrence celui de la femme évoqué par la lune. Plus précisément le clair de lune en opposition à la nuit de la moustache de l’homme au couteau, sa moustache en paillasson, qui jouera un rôle important dans les chapitres suivants, notamment dans le chapitre « Le congrès », où ils devront s’essuyer les pieds sur le paillasson pour pénétrer dans le congrès où ils se connaitront au sens biblique du terme. L’homme en particulier craint l’homme au couteau « pas couper le quiqui » La femme et l’homme se chamaillent souvent. La femme mord son compagnon à la lèvre avant l’apparition du moustachu. Leurs rapports d’ailleurs sont donnés à voir par le moustachu qui brandit son couteau en leur disant : « voyez ces lueurs sur la lame » et tout de suite après : « L’homme et la femme regrettaient la pluie »
De brèche en brèche la sexualité obscurcit leurs rapports et tous les lieux qu’ils rencontrent ainsi que les personnages avec lesquels ils se trouvent confrontés ne sont que des découvertes de cette fatalité qui les attire l’un vers l’autre. J’ai souvent pensé aux couples de Kafka qui ne sont toujours qu’en asymptote lors de leur tentative de rapports sexuels. Le costaud chapeauté les place dans l’image d’eux-mêmes en jongleurs. Le jardinier lui aussi moustachu, (tout prépare le paillasson paradisiaque du congrès), les arrose avec de l’ironie, laquelle ne les rassure pas.
La rencontre avec l’ange en contemplation devant un plan, celui de la création, c’est-à-dire celui du labyrinthe dans lequel sont engagés nos deux « héros », les confronte à l’ambigüité de la lumière, qui a « un bourdonnement noir et jaune ». En effet, une mouche bourdonne dans la main de l’ange, qui mélange la luminosité à la noirceur. La lumière est aussi comme une nécrose, une manifestation de la mort, un bruit continu comme celui de la pluie, comme celui de l’écriture : « La mouche quelque part voyage dans son coude, jusqu’à la pliure… » L’ange abrite la mouche qui éclaire « la boite aux lettres » « creusant le bois de la table » où l’ange est accoudé. De même que sur le plan est indiqué que : » Vous êtes ici », aussi bien nos deux héros que le lecteur qui les suit. L’écriture est évoquée par la figure de cet ange qui est tout aussi bien l’écrivain que le lecteur. De l’ange à l’aigle voici le plan dévoilé : c’est du parquet. Et plus loin : « c’est grand, c’est désert… » À propos de la femme : « Sa jupe est blanche comme ses dents » comme la baleine de Melville, comme la fameuse page blanche de Mallarmé. À propos toujours de l’écriture et de son sexe, investissant cette blancheur : « Le corsage de sa compagne est couleur d’une taie sur l’œil de Tirésias » le devin androgyne de la mythologie Grecque. Notre couple évoquant peut-être l’androgyne primordial du banquet de Platon et des Pythagoriciens. De la même manière : « l’homme fit tressauter le Silver de son rire, qui fit voler son perroquet couleur de forêt sur l’épaule de la femme » et voici convoqués le psittacisme qui condamne toute parole, la pliure de la pluie, la verticalité et les rigoles de l’horizontalité, le chapeau du costaud, des bords desquels dégouline du sable celui des paroles provoquées par les images, le chapeau du jardinier d’où dégoutte l’eau de l’arrosage pour faire pousser la beauté florale d’une idylle. Pour ce qui a trait à la perméabilité de leurs attouchements amoureux, les vêtements de pluie n’arrêtent pas de leur tomber sur les talons ou de revêtir in extremis leurs épaules selon le bon vouloir des corps et leur plus ou moins de disposition à « mouiller ». D’un bordel à une bibliothèque, nos deux héros traversent la maison de pluie qui semble être interminable, en écrivant leur aventure, passant la brèche tête bèche, lisant ce qu’ils écrivent, écrivant ce qu’ils lisent, passant d’un couloir à un palier, d’une pièce à un escalier.
Chacune de leurs étapes les met en conflit. Ce premier chapitre est comme la construction de la maison de pluie dont la dernière pièce est le vestiaire où congressent les imperméables de tous les jours de pluie. Ils ôtent leurs imperméables et se connaissent enfin, se voient nus, font l’amour et : « Pratiquent la brèche » et la femme dit qu’elle a perdu la voix comme on dit qu’on reste sans voix.
Le second chapitre intitulé la pluie, met en cause cette dernière, dans la perte de voix de la chanteuse, cependant la pluie elle-même est chanteuse. Ne chante-t- elle pas sa perte de voix, n’est-elle pas la voix même du silence ? J’ai utilisé quelques éléments de la vie de Maria Malibran comme précédemment, j’avais été interpelé par «
La pluie sur les boulevards » le poème d’Audiberti, un des plus grands poèmes du xx° siècle.
L’homme et la femme dialoguent. Cantatrice, elle lui raconte comment elle a perdu la voix à cause d’un rendez-vous, en fait un mauvais tour ourdit par son père abusif, à Venise. Le froid est cause de cette aphonie mais bien davantage, l’attente et la déception. L’homme du début est confronté à cette blessure de la femme dans le froid du vestiaire qui est comme le lieu de l’écriture où la voix reste en souffrance. C’est ce que j’appelle la parole tue sous le texte. J’ai voulu donner à la femme une identité, celle d’une aventure. Un père abusif, une mère extravertie, une scène familiale, donc, théâtrale, entre la comédie et le mélodrame. Le lecteur cherche toujours le pourquoi et la raison de tel comportement d’un personnage, j’ai voulu le satisfaire. Cette histoire en vaut bien une autre, tout y est, la pluie, le froid, la déception amoureuse (le chien remplaçant l’homme attendu, ajoute le grotesque, corse l’ironie de la fiction éclairant le personnage de la femme). L’homme restera toujours sans identité. J’ai monté ce chapitre au théâtre sous le titre « Venise aphone ». Cette pièce avait lieu dans un vestiaire qui tout aussi bien évoquait une loge de théâtre. À tout texte préexiste un théâtre, lequel est en souffrance sous le texte.
Le grand chapitre intitulé « Le miroir de Venise » est constitué d’une seule longue phrase (plusieurs pages) sorte de monologue « ensemencé » par la locution « vous ne m’écoutez pas. J’avais lu un article de Benveniste sur Saussure et sur sa découverte des anagrammes dans le texte Latin, sorte de rime généralisée où un mot, voire un syntagme entier se faisait « entendre » dans le corps du texte. Dans ce chapitre, l’homme passe de l’endormissement au réveil en passant par le sommeil profond alors que la femme le secoue en lui répétant, « mais vous ne m’écoutez pas », le dormeur entend, disons, la poussière de cette phrase tout au long de son rêve-monologue, aussi bien que l’écrivain cherche à sortir le lecteur de cette longue digression qui laisse la femme soliloquer dans le froid. La fin du monologue de l’homme « dégrade » le discours jusqu’au sursaut du réveil. La langue s’étant décomposée en une sorte de soupe de phonèmes comme les pâtes enfantines en forme d’alphabet. J’ai voulu ce chapitre le plus musical possible, c’est comme une promenade en gondole et comme une évocation de celle de Liszt anticipant la mort de Wagner. On sent bien sûr l’influence de Joyce, (ne pas oublier que ce roman est très ancien pour moi). À le relire, je suis assez content de ces quelques pages qui me semblent assez performantes.
Suit un chapitre « La pluie », qui est celui des allégories, dessinées sur la glace par la patineuse qui est elle-même l’allégorie de l’écriture. Chaque arabesque convoque du savoir : mythologie, philosophie, figures bibliques, cabalistiques, poétiques etc.…ainsi que les figures de rhétoriques, L’ours évoqué un peu plus loin est le livre. On sait que l’ours en langage de typographe a plusieurs acceptions essentiellement il désigne argotiquement l’ensemble d’un texte de même qu’ourser signifie bavarder abondamment. Le « Congrès » se prépare pour les deux héros. Quant à l’ours il décline son identité : « L’ours à la beauté mâle d’une tour mauresque, patine le clapotis de son débarquement où s’est coulé le sens de sa menstruation » Bien sûr un autre argot se fait entendre ici, qui n’est pas de corporation, et qui fait allusion aux menstrues de l’héroïne. Ne dit-on pas en effet d’une femme qu’elle va « avoir ses ours », de même on dit que les anglais « débarquent ». Lucien de Samosate est également cité dans ce chapitre, notamment avec l’histoire « Véridique » de l’hippomirrmèque, sorte de fourmi géante de même que seront évoquées différentes chimères du même.
Le dernier chapitre s’intitule « Le congrès » (congresser, signale Borgès, est le terme ancien qui désignait la copulation). Il est mon préféré. Les deux personnages sont invités à s’essuyer les pieds sur un paillasson (mot qui rappelle Pallas ou Palasse la Minerve des Romains qui était la déesse de l’éloquence et qu’on trouve dans l’argot des typographes pour désigner un bavardage ennuyeux. Ce terme s’employant toujours au féminin : une palasse) et se faisant ils disparaissent dans les fibres et pénètrent au congrès sous forme d’une poussière de phonèmes afin de se répandre dans la nature qui se met à copuler de concert. Nous nous retrouvons dans le paradis terrestre où tout prend langue avec tout. Le rêve est réel le réel est rêve les arbres arbrent , les fleurs fleurent, les eaux les oiseaux les arches jouissent, nos deux se rencontrent il ne pleut plus : ils mirent leurs imperméables sur leurs bras, se sourirent, se prirent à la lettre mis au pied du mur.
Que dire d’autre sur cet ours déjà ancien ? Il me semble que ça tient et qu’une lecture naïve peut-être agréable, dépaysante, semée d’inquiétante étrangeté et que ça danse. Ce dernier chapitre est une fête où la langue s’en donne à cœur joie.

- Gilbert Bourson - La Pluie - roman
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Édito
PATRICK CINTAS Un puits dû au silence
Cicada's fictions
à Françoise Hán * (Le double remonté du puits précédé de Lettre à Brigilte Gyr - Brémond) et Brigitte Gyr (Lettre à mon double au fond du puits - Brémond) et à Serge Meitinger (Un puits de haut silence - Chasseur abstrait).
* Le prochain nº de la RAL,M sera consacré à Françoise Hán et à son dernier livre édité chez Jacques Brémond.
Signalons que Serge Pey participe à DreamTime - Temps du rêve, grottes, art contemporain & transhistoire dans la grotte du Mas-d’Azil en terre d’Ariège et aux Abattoirs à Toulouse.

- El Indalo - Cueva de los Letreros - Velez Blanco
Dans une de ses nouvelles intitulée La Chambre d’Amour, dont l’action devrait se situer quelque part dans le paléolithique supérieur, Jean de Vermort a donné la définition du décor littéraire. L’anecdote qui fait le fil d’Ariane de cette nouvelle est simple : une jeune fille est amenée par son père dans une autre tribu dont elle doit épouser un des membres les plus notoires. Cette tribu est la gardienne d’une grotte sacrée dans laquelle on célèbre régulièrement une cérémonie au cours de laquelle on s’étonne de l’avancement des travaux de peinture qu’un artiste est chargé d’exécuter. Chaque jour, on dépose la nourriture qui lui est destinée à la dernière limite connue de son œuvre. On s’interdit bien sûr de jeter un coup d’œil sur l’œuvre en marche sous peine de mort d’ailleurs. L’artiste est entré un jour dans la grotte pour y peindre son œuvre et depuis, on ne l’a plus revu. Il a même renoncé aux femmes, ce qui en étonne plusieurs. Il mange copieusement tous les jours et chaque année sans doute, à la même époque, la tribu gardienne reçoit les autres tribus du même peuple et tout ce monde entre dans la grotte pour y admirer les œuvres nouvelles. L’artiste ne se montre pas. La jeune fille qui est venue pour se faire épouser est la seule à se poser la question : comment devient-on artiste ? Autrement dit, qui va succéder à celui-ci qui mourra bien un jour. Elle va vite comprendre comment est assurée l’éternité de l’artiste unique.
Le soir même des noces, son homme disparaît. Elle le cherche chez les autres femmes, se querelle, les pères en viennent presque aux mains. Elle a alors l’idée d’aller jeter un coup d’œil à la grotte. En effet, son jeune époux lui a beaucoup parlé de peinture, d’art, de pensée, etc. C’est peut-être d’ailleurs tout l’amour qu’il lui a donné. Elle entre dans la grotte avec le sentiment que son époux cherche à violer le secret des nouvelles peintures. Elle se trompe un peu. Arrivée à la limite autorisée, elle rencontre le cadavre de l’artiste dont le cœur est traversé par un couteau à l’aspect rituel. Elle revient dans la tribu, informe tout le monde, et on se tait. Le moment venu, on entre dans la grotte ; quelqu’un s’arrête devant le cadavre de l’artiste et prend le couteau qu’il donne à une espèce de sorcier ; dans le couloir qui s’ouvre devant eux, ils découvrent la continuation des peintures. La jeune épousée est félicitée : son jeune époux fait du bon travail. En contrepoint, la jeune fille se livre à une débauche de sexe. Le couteau rituel est dans chacune de ses paroles.
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Auteur du mois
STÉPHANE PUCHEU
NOUVELLISTE
« Toute fiction, par nature, est abstraite. Mais celle qui met en relief une histoire avec des personnages enracinés dans une chronologie linéaire peut être qualifiée de figurative. Au contraire, celle qui pose tout le temps la question de la confrontation entre le narrateur et le monde — cette aspérité qui engendre la subjectivité — est forcément abstraite. Car on ne sait jamais, à l'avance, quel sera le déroulement du texte, non plus que son issue. Le narrateur ou l'individu, le « je » est constamment engagé dans une problématique qui prendra une forme déterminée au cours de laquelle la langue et l'imagination seront les moyens d'arriver à produire du sens. »
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Sélection du mois
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Isla Negra nº 295 - Papirando Nº 18 - Alcazaba Nº 29
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Nº 75 - septembre 2011 - Commencement de la fin - Roland Nadaus
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Nº 9 - La poésie, déesse cachée du désir quand le silence se brise.
Nº 8 - Tractatus ologicus.
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Actor - Le livre des lectures documentées - de Patrick Cintas
Il n’y a rien d’autre à faire, pour commencer, que de s’expliquer du mieux qu’on peut. Ainsi, la matière initiale est soumise à des contraintes venant de l’extérieur comme de l’intérieur. Qu’il y ait des lois à cela n’est pas impossible. Est-il toujours assez tard pour s’en inquiéter ? Les premiers personnages sont nés dans des récits de lecture.[...] Ceci est donc la narration de faits, vrais et imaginaires, à opposer aux choses — faits soumis à l’étude de leur déformation et de leur écoulement sous l’effet des contraintes de l’existence. On peut appeler ces faits de la poésie.
Gor Ur - Le Gorille Urinant - de Patrick Cintas
Les lecteurs d’ ANAÏS K. connaissent déjà GOR UR, le Gorille Urinant. Le voici de nouveau dans un contexte bien différent, celui d’un feuilleton. La littérature en prend un coup, sans doute, mais le ton y est. L’Urine divine est toujours en lutte contre le Métal gothique. Et l’inspecteur Frank Chercos suit les pistes, épaulé par la Sibylle et l’astronaute John Cicada. La parodie grotesque de ce Monde continue sur le ton du récit le plus vernaculaire qui soit, en proie à l’infantilisation de l’Homme plus destiné à arracher les pattes de l’insecte qu’à en envisager la cohabitation émerveillée d’un côté comme de l’autre. Ici, peu de schizophrènes, beaucoup de paranos et surtout énormément de cons. Les prévisions de cyberespace et autres uchronies de la technologie sont tombées en désuétude : l’existence de l’Homme se continue en dehors des grands récits qui forment autant de possibilités d’Histoire : la Philosophie, la Poésie, la Poétique. Avec ce roman obstiné, Patrick Cintas décrit la gangue politico-religieuse qui écrase ou réduit celle ou celui qui se définit d’abord par la pratique d’un art. Art conçu comme l’antipode exact du jeu et par conséquent proposition d’une redéfinition du Travail. Hélas, Gor Ur sort toujours vainqueur de ces joutes et son Urine jaillit alors comme l’eau bénite des doigts trop enclins à la fabrication du Bonheur au détriment de l’explosion de la Joie.
Robert Vitton - Thaumaturgie vernaculaire
L’existence serait composée de miracles, prodiges du quotidien, phénomènes sujets à émerveillement, et cela n’aurait de cesse si les mots continuaient d’appartenir à une langue propice à la poésie parce qu’elle est toujours en quête de l’heure dérobée, concept purement poétique dont Robert VITTON, poète et prosateur, est l’inventeur. La particularité de l’homme tiendrait à la proximité de cette langue, à sa familiarité, et à la multiplicité des détails de l’heure. En vers ou en prose, c’est bien l’existence qui est cernée dans un chant poétique continûment inventeur de ses découvertes que le poète ne cherche pas à posséder tant il a conscience d’être possédé par elles.
Serge Meitinger - Autoscannographie
Nous n’avons que notre corps, mais son monde - le nôtre - ne s’arrête pas à la surface de l’épiderme. Nous n’y sommes pas enfermés comme en une outre chaude et molle ou en une cuirasse bardée de muscles. Sans cesse nous rayonnons et recevons les impulsions de tout le dehors, proche et lointain, dans toutes les gammes sensibles, conscientes, inconscientes, préconscientes comme si notre peau était tambour et tamis, interface diaphane et protecteur à la fois. Nos sens sont des émetteurs, des vecteurs et des récepteurs ; notre esprit un convecteur, ordonnateur et disséminateur. De fait un halo nous entoure et forme notre avant-corps, une aura qui nous rend sensibles à ce qui est et à autrui. Ainsi nous pouvons appréhender le monde en ses qualités propres, les autres en leur singularité sans avoir à toucher ni à être touchés. En avant des corps, les avant-corps se connaissent et s’éprouvent ; si ces derniers ne se conviennent pas, les choses et les êtres, les corps et les esprits ne communieront jamais et iront même jusqu’au rejet. Socialement et culturellement, certaines lois dites de « proxémique » règlent une bonne part de ces rapports (possibles et souhaitables) et les tolérances sont variables selon les latitudes, les cultures et les groupes sociaux. Plus intimement l’on parlera d’aimantations et de « tropismes » : des polarisations, parfois infinitésimales et affectant tous les sens à la fois, nous situent par rapport à tel ou tel autre, telle ou telle réalité plus ou moins prochaine. Et si nous ne pouvons pas « les sentir » c’est que quelques-unes des particules sensibles et olfactives émises en leurs avant-corps nous répugnent particulièrement. S.M.
Pascal LERAY - Une sériographie
Tant que l’oeuvre de Pascal Leray demeurait inédite à cause d’un monde éditorial voué au commerce et à ses usages, on ne pouvait guère en mesurer l’ampleur qu’en se rendant sur l’Internet pour explorer les "forums" où cet excellent écrivain allait jusqu’à manger de l’homme. Puis il se mit à développer dans la RAL,M une activité créatrice originale et d’une exceptionnelle maîtrise. Depuis peu, Le chasseur abstrait a entrepris de publier ces livres tous hors du commun et surtout capables d’explorer le langage sous toutes ses formes : roman, poésie, théâtre, musique, chant, peinture, critique, etc. Un pareil effort sur le Monde est autre chose qu’une simple palette. C’est une oeuvre. Et comme cet homme sait jouer de son visage et de son rire, ces textes proposent une sérieuse physionomie de la littérature avec des échappées d’un humour parfaitement ravigotant.
RAL,M & L’ANCRAGE : L’étranger
Voici donc un ticket aller simple. Nous ne garantissons pas les retours. C’est notre première et dernière exigence. Ramer à la force du poignet. Audaces fortuna juvat. L’idée d’un tel rapprochement, un précédent entre deux revues des deux côtés de l’Atlantique, peut sembler étrange. Et bien justement. Nous traitons ici de l’étrange, de l’étranger. (Victor Grauer et Patrick Cintas opteront pour l’idée d’Aliens.)
De sorte que le moment ne pouvait pas être plus propice à l’aventure. ¡La aventura comienza con el hombre !
Peu à peu l’oiseau n’a pas fait que son nid ; il s’installe tout doucement. La collaboration avec la RAL,M nous a tous rajeunis. L’Ancrage a vu le jour il y a de cela quatre années et la RAL,M a un an ; tandis qu’aujourd’hui RAL,M & ANCRAGE ensemble, le temps d’une escale sont en train de naître sous vos yeux. On a toute la vie pour apprendre. Nacer Khelouz.
BRUITS de Valérie Constantin
Les lecteurs de la RAL,M ont pu explorer depuis plusieurs années l’univers pictural de Valérie Constantin qui exerce son influence sur l’esthétique de cette revue et des ouvrages publiés par Le chasseur abstrait. Les « bruits » constituent une partie seulement de son œuvre plastique, mais ils ont une importance nouvelle. Ce sont ces « bruits » qui forment en ce moment l’essentiel du contenu proposé par l’artiste aux internautes. Exposition qu’on peut visiter sur son site :
valerieconstantin.ral-m.com
Les bruits y sont déclinés en trois mouvements ou phases qu’il convient de commenter. Une unité s’en dégage, uniquement plastique, avec ce que cela impose de retentissements intérieurs.
SPIRALE de Margo Ohayon
Ce nouveau spleen, ce mal de la vacance, cet exil le projettent dans des terres glaciales aux tonalités froides que cernent maints régions forestières, où des futaies d’indifférence s’étalent à perte de vue, n’offrant pour tout bruissement qu’un silence d’une profondeur tellurique, angoissant par son éloignement des frontières supportables de la perception humaine. Il entend jusqu’à la surdité. Le silence lui crève les tympans. Il apprend à reconnaître ce réel sans altruisme d’une matérialité incontournable, qui dresse devant son envergure de fourmi les murailles d’un monde géant souterrain, citadelle fortifiée d’un envers. Le retour de vagues prêt à l’immerger durant ce rêve reflue pour venir se mettre à niveau du rivage, la chaleur l’immobilise en un bien-être soudainement. Les souffles viennent à lui en sens inverse.
Les poètes du chasseur abstrait
Poésie... « projet d’ordre esthétique consistant à mettre en question toute représentation du réel effectif et de faire accomplir à la langue, jusque là médiatrice entre exprimable et exprimé, un saut radical qui la fait changer de statut à l’intérieur de son propre code », écrit Gilbert Bourson à propos de Rimbaud.
Pour Jacques Roubaud, « la poésie s’adresse particulièrement à ceux qui la reçoivent [...] elle n’a pas une intention de récit ou de pensée. »
On n’en finit pas de gloser sur la pertinence des propos et du propos. Certes, mais la poésie ne peut pas se passer de commentaires. Sans eux, elle perd non pas son sens, mais le sens de ses chemins. Entre autres, ceux que nous empruntons ici, au coeur même du catalogue du Chasseur abstrait.
Notez l’adresse Internet de cette page spéciale car la liste s’allonge au fil du temps.
poetes.ral-m.com
Les narrateurs du Chasseur abstrait
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Espaces d'auteurs
Espace de Patrick Cintas
Patrick Cintas dirige la RAL,M depuis avril 2004.
Espace de Valérie CONSTANTIN
La peinture nous force au silence pour nous rendre capable d’entendre sa rumeur. La poésie propose sa rumeur pour nous rendre sensibles aux couleurs du silence.
Michel Butor
Side effects de Nacer KHELOUZ
Le théâtre de ma souffrance d’humain est d’abord un théâtre, c’est-à-dire un spectacle. Et comme tel, j’exige de lui qu’il aille au-delà du supplice.
Lèvres du silence de Marie SAGAIE-DOUVE
Née en 1949, j’appartiens à la génération du baby-boom. Issue d’une famille qui allie l’aristocratie à la paysannerie, laquelle évolue vers la bourgeoisie, j’hérite d’une culture où la liberté de penser se heurte aux dogmes d’une religion, dont les interdits rythment les gestes quotidiens. Au centre se noie mon désir.
Lettres vagabondes de Benoît PIVERT
Lettres vagabondes... comme une imagination capricieuse et paresseuse, comme les zigzags du désir qui s’envole et retombe, imprévisibles comme ces rencontres que l’on fait au hasard des chemins de traverse de la littérature. Lettres d’ici et d’ailleurs. Lettres libres comme l’air d’un vagabond solitaire en quête de sens.
Línea de sombra de Oscar PORTELA
Literatura. Filosofía. Cine...
Né dans la province de Corrientes (Argentine) en 1950.
Important écrivain argentin, il a publié de nombreux livres de poésie : Senderos en el Bosque, Los Nuevos Asilos, Memorial de Corrientes, La Memoria de Láquesis, etc) et d’essais sur la pensée philosophique contemporaine comme Nietzsche sonámbulo del día. Ses livres sont publiés en Espagne, au Mexique, Venezuela, Paraguay. Il est aussi critique de
cinéma et compositeur.
Interlope de Andy VÉROL
Créé en 1997, Interlope était un projet à l’initiative d’Arturo B. Vidal, 6Mic et Andy Vérol. Revue confidentielle papier, Interlope ne vécut que deux numéros avant de croupir dans l’oubli.
C’est en 2007 qu’Andy Vérol décide de reprendre l’initiative, avec une façon toute artisanale de fabriquer cette revue devenue, depuis, post-culturelle… Les années 2000 ont révélé l’inutilité des combats, des luttes. Tout est « révolution » ou « révolutionnaire ». Les nouvelles technologies, une « révolution ». Le pouvoir d’achat, une « lutte ». Si l’on dit du mal des patrons, on est taxé de « réactionnaire ». Si l’on fait remarquer la vie misérable de 80% de l’Humanité, on passe une page pub.
Interlope est la revue de ceux qui considèrent l’Occident comme un espace prédateur, un pays pour les dominants, tels les zombies dans les films de Romero, poussant leurs caddies, de façon mécanique, dans des centres commerciaux rutilants, derniers espaces de communication, de savoir-faire, de bien-être, de labeur et de spiritualité…
Interlope laisse donc la place aux écrits de ceux qui considèrent un suicide violent et vomitif, comme un acte de libération ultime… Ou peut-être l’écriture. L’alcool. Les drogues. Le sexe sans limite… L’abstinence… La dépendance à tout autre chose qu’à l’économie, la morale et l’idée d’un possible…
Produire du sens de Stéphane Pucheu
C’est à la fin des années 1970 qu’il devient lecteur, de par l’intérêt de ses parents pour le livre. " On n’est pas sérieux quand on a huit ans " . Dès cet âge, les romans d’aventure, ceux de Jack London ( " Croc-Blanc " ), Rosny l’aîné ( " La Guerre du Feu " ) et Michel Peyramaure ( " La Vallée des Mammouths " ) notamment vont développer son imagination et lui apprendre à connaître l’homme. Puis, adolescent, la tragédie grecque et les romans policiers seront ses principaux univers, à travers les oeuvres de Sophocle ( " Antigone " ), d’Euripide et d’Agatha Christie, une période au cours de laquelle il découvre le théâtre contemporain avec Cocteau ( " L’Aigle à deux Têtes " ) qui marquera sa mémoire. Quelques années plus tard, il abordera avec passion les grands classiques du XVIIIe et XIXe siècles comme Laclos, Stendhal ou Flaubert. La littérature contemporaine s’impose, en parallèle, avec Gide, Proust, Mauriac, Saint-Exupéry ou encore Sartre et Camus. Les écrivains américains ont aussi leur place dans son parcours de lecteur éclectique et exigeant, tels que Henry James, John Steinbeck, Hemingway ou Charles Bukowski. L’un des auteurs les plus récents et importants - disparu l’année dernière - est sans nul doute Alain Robbe-Grillet dont il admire le style, la pugnacité et la liberté de ton, un écrivain à ses yeux incontournable.
En résumé, un ensemble de lectures classiques et modernes, académiques et originales dont certaines, comme Molière ou La Fontaine, conservent toute la puissance de leur singularité. A la fois proche du XVIIe siècle - le siècle de la révolution formelle - et du XXIe, marqué par l’impact toujours aussi grand du Nouveau Roman, c’est de cette manière qu’il s’accorde avec la littérature et le temps.
Chantpoésie de Jean-Claude CINTAS
L’inconnu sans ami de Jean-Michel GUYOT
L’impuissance de toute littérature, le dégoût qu’elle inspire, et dans le même temps la nécessité d’écrire et de travailler, voilà l’arc bandé par Georges Bataille et quelques autres.
Entre tous, Bataille aura permis de décocher quelques flèches vénéneuses qui ont volé loin.
Elles n’ont pas encore touché leur cible. Elles vibrent dans la solitude des œuvres.
Mais les œuvres, qui s’en soucie ?
J’aurai écrit pour rejoindre les autres, avec souvent l’espoir de changer un peu la donne, avec l’ambition de dévier le malheur vers des eaux plus claires.
Je n’y suis pas entièrement parvenu.
Le malheur est coriace. Il est vrai qu’il a de nombreux alliés et qu’il sait trouver des appuis jusque chez ceux et celles qu’il tourmente…
Restent - subsistent ? - alors des textes, nombreux, très nombreux, comme des graines de bonheur pas encore germées que je dissémine au hasard de ma vie.
Pas seulement.
Mes textes - c’est tout ce que je leur souhaite - ne sont pas que des traces laissées dans la neige ou la boue, ce sont avant tout des signes d’amitié lancé à l’inconnu sans ami, mais - c’est pure merveille - de signe en signe, ce n’est pas un nouvel amour qui est né dans l’écheveau du temps, mais un amour nouveau, et c’est bien ainsi.
Espace de Santiago MONTOBBIO
Santiago Montobbio est né en 1966, et les premiers poèmes de Hospital de Inocentes datent de 1985. La jeunesse du poète a de quoi nous surprendre, tellement sa culture, la maturité tranquille de sa vision et la robuste limpidité de sa langue témoignent d’un tempérament d’homme et d’écrivain très affirmé.
D’emblée, la parenté de la poésie de Montobbio et de celle de certains de ses grands prédécesseurs espagnols, Alberti et Machado en particulier, nous frappe. A partir d’images simples, empruntées au quotidien et à la nature, il évoque le “sentiment tragique de la vie” qu’Unamuno plaçait au fond de l’âme espagnole, ou ce “passage éphémère” que Cecil Day Lewis citait comme “le thème poétique par excellence”. Les fantômes du vent, les “eaux orphelines” “un amour, une ombre, un oubli” sont les symboles favoris de cette poésie du passage, comme les vies qui “passent comme rien”, sans bruit, avec simplicité, dans le silence.
Jean-Luc Breton
Espace de Serge MEITINGER
Espace de Gilbert BOURSON
Espace de Françoise HÁN
Affectivité nourrie de Cécilia AMBU
Je suis née le 5 Juillet 1976. Je n’ai pas choisi de vivre, mais personne n’a choisi de vivre…
Espace de Pascal LERAY
Le zinc de Robert VITTON
Le comptoir d’un café est le parlement du peuple.
Honoré de BALZAC
Je tisse, je m’escrime dans ce vingt-et-unième siècle comme je l’ai fait dans le vingtième et comme je le ferai dans le trentième. La succession des jours, des ans, des époques nous offre des traces, des indices, des signes, des trouvailles, des énigmes, des clefs, des outils, et par conséquent des langages. L’évidence même, j’ai à ma disposition toutes les modernités révélées. J’ai à ma disposition les onomatopées caverneuses, les plaintes et les cris gutturaux, les grommellements et les gueulements caserniers, les accents des tours babéliques des banlieues, les verbiages salonnards, les babillages commerciaux et industriels, les incantations des fées féodales de la Finance, les anônnements bâtés, entravés de la main-d’œuvre, les ricanements édentés de la Misère… J’ai à ma disposition, dis-je, tous les langages tirés de la nuit, des cendres, de la poussière, des fosses des temps. Ce qui me fait croire que le bipède omnivore, avec ou sans plume, cocalisé, duffel-coatisé, basketisé, bigophonisé, walkmanipulé, en quelque sorte équipé pour recevoir la connaissance, devrait tirer avantage des évolutions dues aux grands chantiers de la Science et de l’Art. J’ai à ma disposition les archaïsmes, les barbarismes, les maniérismes… Les mots, des mots, mes mots… Un personnage est d’abord du texte, constatait Louis Jouvet. J’ai posé mes mots, j’ai rencontré des mots, j’ai désigné, taillé, forgé, déformé, inventé les mots. Un personnage est fait de mots c’est à dire d’idées, de paysages, de lieux, de souvenirs, de personnages.. Au fil de mes relectures, je suis devenu – peut-être redevenu - tous ces personnages, tous les personnages que ces personnages portent en eux. Je n’ai pas toujours eu la maîtrise des entretiens intérieurs, des demandes, des réponses, des questions, des réparties, des ripostes, des afflux, des tourbillons… J’ai travaillé les sons et les sens jusqu’à l’ivresse de la profondeur, interrompant, détournant le courant paisible ou rythmé de l’écriture. J’ai profité sans restriction des aparté, des silences, des rebondissements, du grotesque, du burlesque, du pathétique, de mes réminiscences. Le décor… J’avais en mémoire ce conseil d’Ernest
Hemingway : Quand on a quelque chose de difficile à faire dire à un personnage,
surtout le faire boire.
La spirale de Margo OHAYON
Ce nouveau spleen, ce mal de la vacance, cet exil le projettent dans des terres glaciales aux tonalités froides que cernent maints régions forestières, où des futaies d’indifférence s’étalent à perte de vue, n’offrant pour tout bruissement qu’un silence d’une profondeur tellurique, angoissant par son éloignement des frontières supportables de la perception humaine. Il entend jusqu’à la surdité. Le silence lui crève les tympans. Il apprend à reconnaître ce réel sans altruisme d’une matérialité incontournable, qui dresse devant son envergure de fourmi les murailles d’un monde géant souterrain, citadelle fortifiée d’un envers. Le retour de vagues prêt à l’immerger durant ce rêve reflue pour venir se mettre à niveau du rivage, la chaleur l’immobilise en un bien-être soudainement. Les souffles viennent à lui en sens inverse.
Atelier de traduction de Marta CYWINSKA
Les amoureux sont d’éternels traducteurs. Ils viennent après pour être avant, ils promettent avant pour trahir après. Ils promettent des images aux mots et des mots aux femmes qu’ils n’aiment plus. Je les accuse, mais je n’ose pas les conseiller. Pétales de roses, princes charmants, déclarations à l’aube et au crépuscule en face d’abréviations et l’emploi des anglicismes.
Mais en même temps, les traducteurs sont toujours mes chevaliers ; ils ont toujours ma confiance en poésie et en prose, comme d’ailleurs en art et en musique. Peut-être suis-je trop naïve en meublant mon coeur d’étagères pleines de poèmes que personne n’osera jamais traduire ?
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Depuis quelques semaines déjà, la RAL,M livre des goruriennes sans avoir expliqué ni comment ni pourquoi. Le pourquoi restera sans réponse, puisqu’il appartient à l’idiosyncrasie du lecteur (idiot/cin[glé]/crazy). Comment ? Eh bien parce que. Parce qu’un lecteur particulièrement attentionné (à mon égard) m’a renvoyé les trois volumes publiés sans un mot d’explication et qu’il en a (au cours de combien de lectures) surligné maints passages pour des raisons qui ne s’expliquent pas plus ni mieux. J’ai d’abord songé à des espèces de morelliennes [...]
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Ces auteurs ont bien voulu animer des espaces plus proches de leurs préoccupations que le sommaire de la RAL,M toujours un peu généraliste.
Cette zone éditoriale est aussi le lieu des sites personnels. Ceux de Patrick Cintas et de Valérie Constantin sont connus depuis des années et évoluent constamment. Pascal Leray est au travail.
En marge de la littérature des nations et de celle des peuples, voici une littérature plus modestement composée et assumée, ce que Ferdinand Cheval appelle le « travail d’un seul homme ».
Les lecteurs de la RAL,M ont pu explorer depuis plusieurs années l’univers pictural de Valérie Constantin qui exerce son influence sur l’esthétique de cette revue et des ouvrages publiés par Le chasseur abstrait.
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